En tout premier lieu, une remarque préliminaire s’impose : lorsque nous parlons de l’Iran, nous ne visons que ses dirigeants actuels et non point le citoyen iranien lambda, qui est généralement jeune, éduqué et pratiquement acquis aux valeurs de notre socio-culture/ Tant d’Iraniens, vivant aux USA, notamment en Californie, ont des sentiments positifs à l’égard de l’Occident et même d’Israël qu’ils aident parfois dans des opérations spéciales, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières de leur pays.

Cette remarque s’impose car on dit souvent l’Iran sans préciser que ce qui pose problème, c’est le régime actuel, le régime des Mollahs qui a saisi le pouvoir, bourre les urnes, se lance dans des aventures terroristes et militaires et porte gravement atteinte à la réputation de ce pays et à sa population. Aujourd’hui, dès que vous prononcez le mot Iran ou iranien, vous buttez sur la méfiance, voire l’hostilité de votre interlocuteur.

On l’a maintes fois souligné : ce pays a une jeunesse intelligente, diplômée, y compris les jeunes filles, une jeunesse qui veut vivre libre, à la mode occidentale mais que les ayatollas au pouvoir briment pour leur impose un autre style de vie. Ce sont ces mêmes religieux, qui sévissent depuis près de quarante ans et déforment la vocation de l’ancienne civilisation perse.

C’est une vieille nation qu’on a laissé tomber (sombrer) dans l’escarcelle de Khomeyni et de ses adeptes, à cause de la lâcheté de l’Occident (USA en tête du temps de Jimmy Carter ) qui l’a conduit à abandonner tout un peuple à la tyrannie religieuse d’un islam fanatisé.

Tel est l’arrière-plan de ce conflit avec l’Iran des Ayatollas et dont plus personne ne parle aujourd’hui. On va peut-être croire que je verse dans le paradoxe ou l’oxymore en tenant un tel discours, mais au fond, si l’Iran vivait sous un régime démocratique, nous n’aurions pas eu tous ces problèmes, et notamment dans le domaine de la prolifération nucléaire…

Mais voilà, l’ADN du régime le pousse à se conduire de manière illibérale à l’intérieur des frontières et agressive à l’extérieur. Pourquoi avoir lancé ce programme d’arme nucléaire alors que personne ne menaçait ce régime sinon lui-même et par lui-même ? Pourquoi s’être mis en contravention avec les règles internationales ? Tout simplement parce que la nature de ce régime le lui commandait. Ainsi et pas autrement.

Ce que vient de décider le président Trump était prévisible et vise, disons le honnêtement, la chute du régime. Le président US a dit vouloir imposer des sanctions économiques au plus haut niveau (highest level) afin de hâter la chute de ce régime qui empoisonne les relations internationales, pas uniquement au Proche et au Moyen Orient, mais dans le monde entier.

L’accord jadis signé par B. Obama était franchement mauvais, déséquilibré et l’équivalent d’un marché de dupes. Avec cet esprit munichois qui le caractérisait, comme d’ailleurs les Démocrates des USA, l’ancien président US a repoussé les délais, remis à plus tard un problème que son successeur doit à présent régler. Ce n’est pas une attitude très courageuse.

La caducité de l’accord va poser de graves problèmes socio-économiques aux maîtres actuels de l’Iran qui font face à un dilemme : le régime est divisé entre des partisans d’une diplomatie trompeuse, aguichante, d’une part, et des partisans d’un militarisme dangereux, soucieux de provoquer des guerres afin de se maintenir au pouvoir.

Un seul facteur ou acteur dans le pays peut nous sortir de cette mauvaise passe ; le peuple iranien auquel le président US en a appelé dans son allocution hier soir. Ce peuple qui a vécu durant des décennies avec toutes ces sanctions économiques des USA et de l’ONU n’en peut plus et voudrait bien que cela cesse. Comment faire ? En se soulevant contre le régime, mais voilà celui-ci ne restera pas l’arme au pied et commettra un carnage pour se maintenir.

A l’heure actuelle, personne ne songe à l’intervention militaire. Mais les Européens se trompent s’ils pensent être assez forts pour battre en brèche la puissance US, qui impose les sanctions. D’un autre côté, comment et que peuvent faire de grandes sociétés comme Airbus ou Total qui sont désormais présentes sur le sol iranien ? Trump ne cédera pas et nous avons tous en mémoire les amendes infligées aux récalcitrants européens qui sont passés outre… Trump leur accorde un répit de quelques mois pour couper tout lien avec le régime de Téhéran.

Il n’existe pas de front européen uni ; en dépit des discours de circonstance qui osent prétendre le contraire… Qui est suffisamment fort pour isoler les USA ? Toutes les transactions commerciales se font en dollars, très rares sont celles qui se font en Euros… Or, même les Chinois ont d’énormes réserves de la monnaie américaine…

Et ils ne vont tout de même pas lutter contre leur propres intérêts. Par ailleurs, ils soutiennent le rapprochement avec la Corée du nord, ce qui ne se serait jamais fait sans leur approbation. L’Iran va donc se retrouver seul face aux USA , à l’Arabie Saoudite et à Israël.

A part quelques gesticulations verbales, l’Europe ne pourra rien faire. Elle n’a pas d’armée commune et la personne qui la représente au niveau de la politique extérieure n’a qu’une valeur ornementale reconnue.

En fait, tous les regards se tournent vers Téhéran : que vont faire les Ayatollas dont la survie est en jeu ? Ils devront procéder à de déchirantes révisions de leur action politique. Car, ce n’est pas uniquement leur programme nucléaire militaire qui est en cause, mais bien ce qu’il est convenu d’appeler leurs manœuvres déstabilisatrices dans toute la région : Liban, Yémen, Syrie, Irak, Gaza… Donald Trump s’est trop engagé pour reculer. Il est évident qu’il recherche la chute du régime iranien actuel.

Il y a sûrement, dans les allées du pouvoir, des gens désireux de vivre en paix avec tous leurs voisins, mais il y a aussi, l’aile la plus dure du régime qui sait que tout changement, toute amorce politique réduirait à néant leurs privilèges et même leur survie… Imaginez les procès qui seront intentés aux hauts dignitaires du régime si celui-ci venait à s’effondrer…

Mais qui sait ? Disons avec humour qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise !