A l’occasion de la sortie de la version acoustique de « Les Enfants d’Israël », sept ans après la première version adaptée de « Le Sable d’Israël » – chanson trop longtemps oubliée de Serge Gainsbourg -, Shmoolik revient ici accompagné de Saadya à la Slide et aux choeurs.

Le clip vidéo est tourné à la Art’Drenaline Factory, l’atelier de l’artiste-peintre  Dan Groover – qui participa sept ans plus tôt au décor scénique du premier clip, avec un Graffiti en hommage à Gainsbourg – dans un univers artistique qui parle, du son aux images, d’Israël.

SaHaD : Bonjour Saadya et Shmoolik ! Qui écrit vos textes aujourd’hui ?

Shmoolik : La majeure partie du morceau ce sont des parties rappées, j’écris donc mes parties rap, Saadya écrit ses parties qui sont le chant au travers les refrains, et on emboîte tout ça !

SaHaD : Et la poésie, ça vous parle ? Vous avez un poème ou un poète préféré, qui pourrait vous inspirer ?

Saadya : Mon grand-père a écrit un recueil de poèmes, « Poussière d’âmes ». Je ne suis pas extrêmement poésie mais c’est vrai que ce recueil m’évoque beaucoup de choses.

Shmoolik : Ado, j’adorais écrire des poèmes sur les choses qui me touchaient ; en vérité, je commençais à faire des rimes, tout simplement. Ma mère m’a souvent écrit des textes et elle a elle-même souvent écrit des poèmes, et parce qu’on a grandi en France, l’enseignement nous a sensibilisé à la poésie. Après les poètes, moi j’ai envie de te dire La Fontaine, et puis c’est tout. On vient d’un endroit où la culture n’était pas vraiment accès sur ce genre de choses, on était plus accès sur des trucs anglo-saxons, une culture éphémère. On est allés vers autre chose. Mais c’est d’ailleurs pour ça que le rap m’a beaucoup plu, c’était de la poésie

SaHaD : Et vos paroles, vos chansons, elles parlent beaucoup du rapport à la terre, du rapport au retour aussi ; quel est l’apport, selon vous, de l’Art dans la société ? Est-ce que l’Art doit-il jouer un rôle à part entière face à la politique ou à l’engagement que l’on peut avoir ?

Saadya : Ca dépend de quel type d’engagement ! Je sais que pour ma part, je me suis souvent posé la question dans le cadre de la musique pour que véritablement ça ait une place à part entière, de quel rôle ça pouvait jouer ? Je pense qu’utiliser la musique dans un certain sens, ça peut être un vecteur pour réunifier et pouvoir amener des gens à pouvoir se poser des questions, et notamment sur le retour à la terre ! Car on est issus de l’Alya. Et si des chansons ou des thèmes peuvent faire raisonner des choses intérieures chez certaines personnes et que ça peut leur donner envie de passer le pas comme nous on l’a passé, alors on aura – pour ma part en tout cas – rempli une bonne part de mission et utiliser la musique à bon escient.

shmoolik-et-saadya_Jerusalem

SaHaD : Et le fait de faire ici de la musique, de continuer et de progresser dans votre art, ici en Israël, et en même temps de chanter en français, est-ce que vous pensez que l’artiste a quelque part la mission d’être engagé, doit être engagé ?

Shmoolik : « Comment faire du rap sans prendre position ? » Le rap c’est en soi une musique engagée, où il faut pointer du doigt sur certaines choses. Alors c’est vrai, dans un premier temps, c’était pointé sur la société, en réaction d’une colère chez certaines communautés, eux-mêmes en contact avec l’art, et la musique plus particulièrement. Je pense surtout au peuple noir américain, à partir des années 1950-1960, ils se sont battus et ont obtenu des choses, et le rap c’était pour eux une manière de leur donner la parole. Avec le temps, ça s’est “démocratisé”. Aujourd’hui, le Hip-Hop ça ne touche plus forcément le Bronx et Brooklyn, il y a du Hip-Hop en Espagne, en Suisse, en Pologne, en Chine, en France bien évidemment, en Israël où la scène est formidable, elle est juste excellente ; à Tel-Aviv il se passe des choses extraordinaires dans le milieu Hip-Hop, surtout au niveau production ! On vit dans une époque où musicalement le Hip-Hop c’est l’art qui mature aujourd’hui, c’est l’art avec lequel on peut développer des choses, au jour d’aujourd’hui on rappe sur de la guitare Slide, je veux dire on est complétement…

Saadya : Libres !

Shmoolik : Libre ! Mais il ne faut pas que l’art nous mente. Moi, je l’appelle « l’Art me ment ». Il faut que ce soit un art qui dégage une vérité.

SaHaD : Tu places le rapport entre « Emouna » et « Omanout », qui en hébreu à la même racine…

Shmoolik : Ouais, la « Emouna » c’est la foi, donc c’est la vérité.

Saadya : Le « Emet ». On peut utiliser l’artistique comme une sorte de couverture, et au contraire « un message qui part du cœur, rentre dans le cœur », on a une sorte de liberté, on fait de la musique par passion, on n’a pas de pression particulière, de résultat ou autre. Il y a eu des époques où je me sentais moins libre, parce que justement une pression financière, une pression commerciale, des gens qui étaient derrière avec une vision qui n’était pas forcément celle que j’avais, et c’est vrai qu’aujourd’hui, en montant en Israël, j’ai ce sentiment d’une ouverture, d’une soif  de revenir à des choses essentielles, sortir des choses de soi, et c’est vrai qu’en musique – et en général – j’ai envie d’être sincère, sans beaucoup d’artifices, juste de faire partager notre passion.

SaHaD : Donc le fait de vivre dans cette partie du monde, ça entraîne forcément à une inspiration nouvelle ?

Shmoolik & Saadya : Ah ouais !

Shmoolik : Quand tu sors de chez toi le matin, que tu prends ta voiture pour aller travailler et que tu montes sur Jérusalem, tu es toujours sublimé, bien que ça fasse quinze ans que tu vois ce paysage là. Alors que quand on habitait à Sarcelle, on ne s’extasiait pas à chaque fois qu’on voyait les tours, on était plutôt dans un état d’esprit où l’on voulait se barrer. On voulait tous partir de Sarcelles. J’ai écrit une chanson à l’époque, « En haut de ma tour », une ôde à ma ville que j’aimais, mais dans la chanson je rêvais de prendre un avion et de partir loin, et je l’ai fait. Tandis qu’en Israël quand je suis face aux collines de Judée, je ne m’en lasse pas. Cette fraternité impalpable, même entre les gens qui ne s’aiment pas !

Saadya : Moi, ce qui me surprend ici, c’est que l’on ne sent jamais seul. Je peux être à deux heures du matin dans un bus, dans la rue, j’ai le sentiment d’être enveloppé, de ne jamais seul. Le métissage, les gens sont différents, c’est multiculturel. Il y a une énergie débordante. Ca ne s’arrête jamais. Et quand on rentre dans la spirale du mouvement on a le sentiment que le temps est extensible. Ici, c’est très vivifiant. En une journée, j’arrive à faire des choses qu’à Paris j’avais arrêté de faire ou que le temps ne me permettait pas de faire. Après, il faut juste faire le tri pour pas que ça ne déborde. Mais il y a un sentiment de Liberté. Tout est possible, tout est ouvert.

SaHaD : Qu’est-ce que pour vous l’art juif ? L’art israélien contemporain se dissocie-t-il de ses racines antiques ou, au contraire, il retrouve un art traditionnel qui se renouvèle ?

Saadya : Je ne connais pas assez bien l’art israélien, mais par contre, on a une histoire, une mémoire collective.

Shmoolik : Après en Israël, les artistes qui évoluent et qui arrivent à de bonnes choses aujourd’hui, ils sont surtout dans la région de Tel-Aviv, où il y a une émergence importante. A Jérusalem, ça reste quelque chose de totalement mystique. La jeune créativité de Tel-Aviv va plutôt s’influencer de ce qui se passe dans le monde entier et essayer de faire mieux. Donc on perd un peu le côté « roots » de ce qu’est l’art juif. Par contre, je remarque qu’il y a des artistes juifs qui ne sont pas en Israël, mais plutôt en France et surtout aux Etats-Unis, et qui développe leur musique en s’influençant justement des racines du judaïsme.

Cette collaboration détonnante entre Rap & Slide du chanteur et du musicien, s’insère dans le projet #RAS de Shmoolik collaborant avec différents artistes sur des compositions originales qu’il compose lui-même.

Quant à Saadya au parcours musical qui remonte à la France, et fraîchement débarqué en Israël, renoue avec la musique pour notre grand plaisir !

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Shmoolik & Saadya with SaHaD