La nouvelle est tombée le 20 octobre dernier: le boycott des produits israéliens est illégal en France! En effet, deux arrêts de la Cour de Cassation ont confirmé la condamnation par la cour d’appel de Colmar de 14 militants du mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) à 28 000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles et chacun à une amende de 1 000 euros avec sursis.

La nouvelle n’a pas manqué de faire le tour des médias ainsi que, bien évidemment, celui des réseaux sociaux. On a pu voir du côté pro-israélien en général une grande satisfaction alors que du côté pro-palestinien ou plutôt, n’ayons pas peur des mots, anti-sioniste ou anti-israélien, on criait au scandale, à la dictature, au « favoritisme » ou encore à l’atteinte à la liberté d’expression.

La situation étant posée, je me permettrai en guise d’introduction de préciser quelques points qui me semblent fondamentaux:

Le boycott d’Israël, des produits israéliens de quelque forme que ce soit, est insupportable. Il est le reflet des différents boycotts antisémites qui ont pu avoir lieu dans le passé. En plus d’être d’une bêtise sans égal, il est le symbole d’une imposture intellectuelle rarement atteinte dans l’Histoire.

Devant ce dernier, il est normal de vouloir le supprimer, l’annihiler, car il a un potentiel de dégâts sur Israël qu’il ne faudrait pas sous-estimer. Soit dit en passant, sous-estimer en règle générale la bêtise humaine dont on a là un échantillon serait une grave erreur.

De plus, le boycott est d’autant plus absurde que si les boycotteurs étaient véritablement fidèles à leurs pseudo « idéaux », boycotter des produits israéliens serait équivalent pour eux à un quasi retour à l’âge de pierre.

Enfin, la destruction ou dégradation de n’importe quel bien d’autrui doit être sanctionnée quoi qu’il arrive.

Ceci étant dit, le la justice française me semble avoir tout faux dans cette histoire, pour plusieurs raisons.

La première d’entre elles, et pas des moindres, est que cette loi ne changera quasi rien. L’interdiction, la prohibition, n’a jamais engendré que des actions en sous-marin, clandestines et souvent plus destructrices qu’autre chose. Comme la prohibition d’alcool aux États Unis au début du siècle dernier, comme la guerre actuelle contre la drogue qui est d’ores et déjà perdue.

Toujours du point de vue juridique, un jugement sur une chose pareille relève d’un manque de courage et d’intelligence. C’est utiliser l’Etat au lieu de son cerveau pour résoudre ses problèmes.

Plutôt que d’avoir recours à un tribunal qui, au nom de la jurisprudence de ce jugement, pourra se retourner contre les défenseurs d’Israël in fine, ce fameux « retour de bâton », il serait plus intelligent et valorisant de trouver des solutions pour améliorer l’image des produits israéliens, faire du lobbying auprès des industriels et des consommateurs, utiliser finalement les mêmes armes que le BDS mais mieux qu’eux. Ce jugement est pour le camp des partisans d’Israël une façon de sortir, provisoirement, de ce « conflit » par le trou de la serrure de la petite porte.

Pour en revenir sur l’aspect d’atteinte à la liberté d’expression: de ce point de vue là, si jamais les militants du BDS se bornent à dire « boycott des produits israéliens parce qu’on n’aime pas la politique israélienne », pas plus, alors oui les empêcher de dire cela relève d’une atteinte à la liberté d’expression.

Si jamais ces derniers décident de crier « Israël génocidaire » ou « mort aux juifs », il s’agirait dans le premier cas d’une diffamation, passible de poursuites prévues par la loi depuis un certain temps et dans l’autre d’une incitation à la haine qui est déjà également passible de poursuites. Finalement, cette loi n’apporte rien, voire donne de l’eau au moulin des ennemis d’Israël.

Alors certes, ils n’en ont pas besoin et trouveront toujours une excuse pour hurler au scandale dès qu’Israël bougera le moindre petit doigt, mais ce n’est pas une raison pour les aider pour autant.

Enfin, la critique de « favoritisme » est désormais objectivement recevable.
En effet, un ami juriste me rappelait récemment que des appels publics au boycott de la Chine lors des Jeux Olympiques de 2008 (on se souvient des clowneries de Daniel Cohn-Bendit au Parlement Européen sur le sujet) sans que cela ne soit réprimandé par un quelconque juge français.

Certes, il est objectivement plus difficile de condamner des propos véridiques sur le géant chinois communiste totalitaire que des propos sur un petit territoire, unique réelle démocratie de la région proche-orientale. Cependant, cela a pour conséquence de donner, à nouveau, des arguments plutôt valables (pour une fois) aux adversaire de l’Etat juif. Tout compte fait, on se retrouve dans une situation qui est peut-être pire que précédemment, avec des actions qui seront désormais clandestines et potentiellement incontrôlables.

On peut noter également une certaine ironie dans la directive européenne qui devrait, selon toute vraisemblance, être votée prochainement. Ladite directive impose un étiquetage spécial des produits israéliens issus des implantations et du Golan occupé par Israël.

Finalement, le boycott des produits israéliens en France est interdit pour les individus, mais totalement permis pour l’Etat. C’est l’inverse qui eût été préférable.