J’aurais pu gloser sur le bombardement de l’hôpital de Kunduz par l’Armée américaine (vingt deux morts), vite disparu de l’actualité. Une simple « erreur » (a mistake) pour l’administration américaine, dont le porte-parole sut en revanche fustiger avec l’émotion qu’il convient la « force excessive » déployée par Israël pour empêcher ses citoyens d’être poignardés……

J’aurais pu m’attarder sur la déclaration de Mahmoud Abbas sur le jeune garçon « assassiné » par les Israéliens (les Israéliens, tueurs d’enfants, ce grand classique…) qui continue sa convalescence, après avoir poignardé un  autre garçon qui, lutte contre la mort dans le même hôpital. Pas un mensonge, dit Ahmed Tibi, aussi une simple « erreur»  de Mahmoud Abbas, « l’homme de paix »  qui accumule en arabe les discours de haine. Une « erreur» qui reflète bien la « réalité du contexte », donc une vérité, aurait ajouté Charles Enderlin, s’il avait encore été en charge….

J’aurais pu m’étonner que les tueurs soient désormais des victimes et que le crime absolu, symbole de l’inhumanité israélienne, soit le refus de rendre les corps à leur famille.

J’aurais pu hésiter sur le terme à employer quand des prêcheurs rappellent à leurs ouailles que les Juifs sont des cousins des singes, des chiens ou des porcs. Il doit y avoir là plusieurs écoles zoologiques, car les dénominations varient d’un prêcheur à l’autre….. Est-ce du racisme ou une théorie de la diversité animale?

En tout cas je n’ai pas lu les intellectuels israélophobes s’inquiéter de cette dérive langagière, eux qui qualifient de racistes les penseurs qui osent ne pas critiquer systématiquement l’Etat d’Israël.

Les intellectuels ont dans notre pays un prestige particulier. Or ils ne sont pas que de purs esprits voués à la recherche de la vérité. Ils chassent en meute. Depuis longtemps une meute dominante  a  l’hégémonie de la « bien pensance ». Elle a produit quelques grandes figures, mais aussi de petits maitres, qui ont tenté de réduire leurs opposants au silence en les qualifiant de fascistes, colonialistes, suppôts de l’impérialisme américain ou sionistes.

Ces arbitres moraux ont encensé Staline, Mao, Castro et les khmers rouges. Ils ont voué aux gémonies Albert Camus, Raymond Aron, l’historien de la Révolution François Furet et le sinologue Simon Leys. Mais ce sont ces derniers qui ont prouvé que l’esprit totalitaire et ses crimes pouvaient se tapir sous les plus belles maximes et qui ont essayé de nous ouvrir les yeux.

Aujourd’hui, les héritiers spirituels de l’idéologie hégémonique ont peur de perdre leur magistère. Pour le garder ils ont ajouté un chiffon rouge (vert?) à leur palette d’anathèmes: l’islamophobie. Le mot est d’autant plus efficace que nul ne sait comment le définir, et chacun peut donc en être accusé.

Pour dégommer leurs ennemis, des méthodes éprouvées: répétition d’un qualificatif stigmatisant (« raciste », « réactionnaire » ou « sioniste »), car « il n’y a pas de fumée sans feu » puis retournement victimaire qui accusera la cible de « terrorisme intellectuel ».

Cela frappe, après Finkielkraut et Taguieff, l’historien Georges Bensoussan, spécialiste de la Shoah et de l’antisémitisme contemporain, qui a dit, en pensant à ces enfants qui dans les écoles ont refusé la minute de silence après les attentats de janvier, qu’il n’y aurait pas d’intégration tant qu’on ne serait pas débarrassé de « cet antisémitisme atavique qui est tu comme un secret ».

Or la vulgate impose de dire que « la France issue de la diversité n’est pas plus antisémite que la moyenne ». Peu importe qu’il suffise d’une promenade de dix minutes kippa sur la tête là où se concentrent ces jeunes « issus de la diversité » pour voir ce qu’il en est.

Si la vérité va contre ce qu’il convient de penser, il faut changer la vérité. C’est ainsi qu’un petit monde encore très influent considère que le paléo-stalinien Badiou et le gazamaniaque Stéphane Hessel sont les phares intellectuels de notre époque et que leurs opposants méritent d’être réduits au silence. Vous pensiez que « intellectuel » était incompatible avec chasse aux sorcières ?

RIchard Prasquier