Le président de la République française, Emmanuel Macron, a reçu son homologue turc Erdogan.

Lors de la conférence de presse commune aux deux chefs d’Etats, Macron a annoncé avoir évoqué avec Erdogan des sujets relatifs à la Turquie (liberté de la Presse, incarcération de magistrats, d’avocats, de journalistes et de citoyens opposés à la majorité présidentielle turque)

Ignorant les usages des conférences de presse des régimes démocratiques qui interdisent les questionnés à s’en prendre à la personnalité des questionnants, Erdogan s’est cru autorisé à tutoyer et rudoyer un journaliste français qui lui posait une question qui lui semblait visiblement et auditivement déplaisante. Notons l’absence de solidarité des journalistes et de Macron à l’égard du journaliste français ainsi isolé.

Erdogan s’est employé à donner des leçons de morale à Israël, aux Etats-Unis d’Amérique, à l’Union européenne (UE). S’agissant de cette dernière, il a regretté que la Turquie n’y soit toujours pas admise sans toutefois procéder des raisons qui en sont les causes et qui relèvent du respect des principes démocratiques de l’UE.

N’ont été évoqués ni le blocus turc contre la république d’Arménie qui dure depuis plus de trente ans, ni les tirs ciblés de l’armée turque contre les civils kurdes en Iraq, ni la situation des minorités nationales (Assyro-Chaldéens, Arméniens, Grecs, etc), religieuses, sexuelles ni même les atteintes à la séparation des pouvoirs constitutionnels.

Recevant voici peu le Premier ministre israélien Netanyahou, Macron lui demandait de «faire un geste courageux à l’égard des Palestiniens» en oubliant la kyrielle de ces gestes déjà accomplis par la partie israélienne. Il regrettait la «colonisation» et les «territoires occupés» par Israël de territoires acquis lors de conflits subis et gagnés par Israël contre l’ennemi et qui ne sauraient par conséquent être ainsi qualifiés.

Rien de tel à l’égard d’Erdogan au sujet de Chypre ! Démocratie parlementaire et insulaire membre de l’UE, la république de Chypre subit depuis 1974 l’occupation militaire et civile turque dans la partie Nord (34% de son territoire) et une politique maritime turque de blocus et de fait accompli sur les eaux territoriales chypriotes comprenant les gisements méthaniers et pétroliers.

La Turquie occupe ainsi une partie du territoire de l’UE. A l’égard de Chypre, Macron a manqué à son devoir de solidarité. Illégitimes et inexactes s’agissant d’Israël, les expressions «faire un geste courageux», «colonisation», «territoires occupés» utilisées par Macron dans son dialogue avec Netanyahou relevaient de la réalité turque à l’égard de la république de Chypre.

Mais la façon de Macron inopportunément utilisée à l’égard d’Israël avait disparu alors qu’elle aurait dû se manifester à cette occasion à l’encontre de la Turquie.

La franchise et la familiarité (emploi des prénoms) ouvertement affichées par le président français lors de rencontres avec d’autres chefs exécutifs (Trump, May, Poutine, Netanyahou) ont laissé la place à une franchise plus occultée avec Erdogan (emploi de la formule «président») au détriment de l’exactitude diplomatique, de la solidarité européenne et de la libre expression.