L’entreprise Israélienne des implantations en Cisjordanie est à l’ordre du jour. En fait, elle est en permanence à l’ordre du jour depuis 1967.

La nouveauté est que la communauté internationale en a ras-le-bol des jeux à cache-cache des gouvernements d’Israël, de leur mauvaise foi quant à l’application d’accords signés et agréés, de l’inaptitude d’Israël à voir au-delà de petits intérêts, souvent négligeables, et par là, porter atteinte à l’autorité de l’ONU, aux intérêts des pays industrialisés, à la stabilité des pays arabes dits modérés et à l’ensemble économique du Moyen-Orient, empêchant par un état de guerre latent un développement économique intensif de la région.

Telle est l’image il me semble, que le Quartet colporte et que le président des Etats-Unis sous-entend. Cela ne signifie nullement que les adeptes de cette interprétation soient des mécréants à la solde anti-israélienne ou pire des antisémites.

Cela veut dire que les implantations en Cisjordanie n’éclairent pas de leur propre vérité la rétine de la majorité de ceux qui ont une opinion sur le Moyen Orient et ses conflits.

Je donne le nom de Cisjordanie aux territoires occupés parce que le nom donné en Israël à ces territoires, Judée et Samarie, bien qu’exact selon l’historique biblique, a des résonnances d’annexion et le terme Palestine, est encore fort loin d’être un terme descriptif accepté par les parties en présence.

Quelle est donc cette vérité éclatante, dont la brillance rend enthousiastes colons et votants?

L’on peut, en bref, résumer les arguments des tenants de la colonisation selon les points suivants :

1. Des arguments d’ordre de sécurité / défense. Les frontières d’Israël de 1967 ne sont pas défendables.

2. Des arguments de real-politique. Les Arabes en 1967 se sont engagés dans une entreprise de destruction de l’Etat d’ Israël. Ils ont perdu la guerre. Il leur faut donc payer une partie des pots cassés.

3. Des arguments d’ordre religieux. La Judée et la Samarie sont l’essence même de la terre promise de la Bible.

4. Des arguments d’ordre mystique. Il existe un rapport mystique, incompréhensible logiquement, entre le peuple juif (Israël), la loi de Moïse (Torah) et la terre d’Israël (Eretz Israël).

5. Des arguments d’ordre politique. Il n’y a pas de raison à ce que le peuple juif voit en Tel Aviv un espace national légitime et ne considère pas Shekhem et Bet Lehem comme une partie intégrale de cet espace.

6. Des arguments d’ordre messianique. Le retour du peuple juif au bercail, limité actuellement, généralisé dans le futur, exige une expansion au-delà des frontières de 1967.

7. Des arguments d’ordre économique. Un Etat Palestinien en Judée et Samarie n’est pas viable économiquement.

8. Des arguments idéologiques – Les Palestiniens et les pays arabes ne sont pas prêts à reconnaître une souveraineté juive quelconque en cette partie du monde. Retourner les territoires occupés, c’est ajouter de l’eau au moulin de la destruction d’Israël souhaitée par les Palestiniens et les états arabes.

L’ensemble de cette argumentation a conduit gouvernements de gauche et de droite à ensemencer la Cisjordanie d’implantations selon une répartition bizarre, incompréhensible à la lorgnette de chacun des arguments avancés.

L’entreprise coloniale est un ensemble biscornu de carrés de tissus de couleurs et de formes informes dont on ne peut tailler un habit quelconque et qui sont incapables de cacher ce qu’il est bon de cacher sous un habit.

Actuellement il y a près de 130 implantations au-delà des frontières de 1967 auxquelles il faut ajouter une centaine d’installations « Far-West » (installations illégales).

Au cœur de ces implantations/installations vit une population de 280,000 colons, citoyens de l’Etat d’Israël, jouissant de tous les droits de citoyen que la démocratie israélienne offre et en premier lieu, des droits politiques. En Cisjordanie vit une population de 2.5 millions de non juifs n’ayant aucun accès à ces droits.

Cette entreprise est une atteinte profonde aux valeurs fondamentales de la démocratie de ce pays, pensons que cette colonisation larvée est une tache morale aux traditions et aux valeurs religieuses du judaïsme telles qu’elles se sont ancrées dans la conscience juive pendant 2,000 ans, nous refusons de voir en cette colonisation un éthos pionnier, soutenons que toutes ces implantations / installations sont une atteinte à la dignité de nos voisins palestiniens, réaffirmons que la déclaration des droits de l’homme ne signifie pas la déclaration des droits des juifs et rejetons toute attitude/conduite/politique qui porte atteinte à notre sens universel de justice.

Tous les arguments avancés ci-dessus sont la conséquence d’une incompréhension fondamentale de la signification du retour (incroyable et fabuleux) du peuple juif en ce coin de terre, en Israël.

Le sionisme a été (et est encore) une entreprise politique dont le but a été de créer une souveraineté pour un peuple qui se définit comme juif et qui n’a jamais accepté ou reconnu son élimination physique et politique de cette terre sur laquelle il a exercé une souveraineté pendant 1,500 ans.

La création de l’Etat d’Israël est avant toute chose la reconquête d’une souveraineté (politique) du peuple juif, ce que certains nomment un retour dans l’histoire du peuple juif.

Une souveraineté c’est le droit que s’adjuge une communauté d’autogérer ses affaires, de légiférer et de gouverner sur un territoire défini.

Une souveraineté est reconnue ou une souveraineté est dite légitime quand elle est acceptée par d’autres souverainetés qui lui reconnaissent le droit de légiférer et de gouverner sur un territoire défini. Ainsi une légitimité est la reconnaissance par la communauté internationale d’une souveraineté. Cette légitimité d’Israël n’a été contesté que par les pays arabes depuis 1948 et, de nos jours, même cette contestation est en train de rendre l’âme. On peut dire que le sionisme a réussi son projet et l’autonomie d’action politique redore à nouveau le blason du peuple juif.

Qu’a donc de commun le projet sioniste avec l’entreprise coloniale en Cisjordanie? Pas grand-chose si ce n’est rien. Tout simplement les responsables politiques en Israël n’ont pas compris que le dessein sioniste n’était pas la reconquête de Canaan mais la reconquête d’une souveraineté juive. A partir de là tous les arguments avancés pour justifier la colonisation font figure d’arguments dérisoires.

Faut-il faire payer aux arabes d’avoir voulu éliminer Israël en 1967? Nos dirigeants ne sont pas encore des Staline et le Jourdain n’est pas l’Oder-Ness. La Judée et la Samarie sont au cœur de l’historique d’Israël? Le peuple juif a vécu 2,000 ans avec un cœur historique qui avait cessé de battre. Ce qui lui a manqué était une autonomie politique. Les territoires occupés sont la Terre Promise de la Bible?

C’est vrai mais ce qui légitime une autonomie politique c’est la reconnaissance d’une souveraineté par la communauté internationale.
Remettre en question cette donnée c’est remettre en question la légitimité de l’établissement d’Israël. Il y a des liens mystiques entre peuple loi et terre?

Cela n’engage que ceux qui sont à même de déceler les voies de ce mysticisme. La politique n’est pas du domaine du mystique.

Pourquoi Tel-Aviv et pas Jéricho? Pour la simple raison que nous avons reconquis une souveraineté. Les temps messianiques sont proches et vient le moment où le peuple juif se réunira en son ensemble sur la terre d’Israël? Si le messie frappe à nos portes il se chargera de loger comme il se doit les masses qui frappent à nos portes.

La Palestine dans ses frontières résiduelles n’est pas une entité économique viable? Avons-nous la charge d’éduquer, d’instruire et de diriger les palestiniens? Si 2.5 millions de palestiniens veulent une autonomie politique ce n’est pas aux israéliens de juger de l’intelligence de leur choix.

Il ne reste dans tout cet étalage de ratiocinations que deux arguments d’un poids quelconque:

1. Les frontières de 1967 ne sont pas défendables.

2. Les arabes n’accepteront jamais une entité politique non islamique dans la région.

La réponse au premier argument est que la bataille diplomatique menée actuellement porte sur quelques kilomètres carrés le long des frontières de 1967. Militairement personne n’avance plus l’argument que la Cisjordanie en son entier est nécessaire à la sécurité de l’Etat d »Israël.

Si telle est la situation à quoi sert donc le plan de colonisation? Il est bon de rappeler aussi que de hautes autorités militaires déclarent qu’il n’y a aucun rapport entre sécurité, colonisation et territoire. La sécurité est de l’ordre de relations paisibles entre voisins. La colonisation, elle, crée des relations impossibles avec les voisins.

Le second argument sous entend qu’il est inutile de rechercher des voies d’accord ou de paix avec les voisins arabes. La conséquence? Il faut leur briser l’échine, faire des états voisins des états tampons, et si possible des protectorats. L’absurde de la conséquence témoigne de l’absurde des prémisses.

La lecture maladroite de la réalité sioniste et géopolitique d’Israël a mis dans le pétrin l’Etat, ses citoyens, ses institutions et ses projets. Le tout est lamentablement hypothéqué par cet effort irresponsable de tenir et maintenir implantations et installations reconnues aujourd’hui comme un pitoyable agrégat d’erreurs politiques. Le prix élevé de ces erreurs est pénible en termes économiques, humains et moraux.

La perspective économique

L’une des absurdités parmi les plus incompréhensibles du projet de colonisation est le coût phénoménal, en investissements directs et indirects de l’Etat, en Cisjordanie. Les sommes investies sont astronomiques et cela sans prendre en ligne de compte les dépenses de sécurité à la charge du ministère de la défense. Les sommes allouées au projet depuis 1967 (au-delà des dépenses moyennes per capita, dépenses « régulières » de l’Etat) tournent autour de la somme modique de 100 milliards de Shekels (20 milliards d’euros).

Ces dépenses, tant des gouvernements de gauche que de droite, couvrent les frais d’infrastructure (routes, canalisations, électricité, téléphone…), les subventions au logement, les réductions d’impôts sur le revenu, les subventions à l’éducation (jardins d’enfants, écoles, salaire des enseignants, transports…), les subvention aux entreprises privées industrielles et artisanales, le support massif aux localités, le financement direct et indirect d’achats de terres palestiniennes et autres dépenses les unes plus farfelues que les autres.

Cela signifie que toutes les dépenses du projet de colonisation en vue d’une annexion, n’ont été autre chose que de l’argent jeté par les fenêtres ou pour le dire autrement des dépenses farfelues d’une politique farfelue et d’une gestion encore plus farfelue.

En fait le mot farfelu n’est pas à sa place. Un farfelu n’est généralement pas nuisible. En termes économiques il faut comprendre les alternatives auxquelles ces dépenses auraient pu répondre.

De quoi pleurer, quand on est conscient de l’importance de la recherche scientifique et technologique pour Israël, recherche aux budgets amincis d’année en année, quand la majorité des salaires en Israël se contente d’un SMIG de 700 euros, quand le salaire des enseignants est parmi les plus bas si ce n’est le plus bas comparé aux salaires de la zone euro, quand les services des autorités locales se détériorent et ne répondent que partiellement aux besoins des populations, quand les allocations familiales diminuent de 50% en moins de 5 ans, quand les populations juives orthodoxes ou les populations arabes d’ Israël ne sont pas loin de la pauvreté, quand on ne trouve rien de mieux pour équilibrer les budgets gouvernementaux que de réduire l’assurance-vieillesse, quand les populations à faible revenus ne peuvent se permettre l’achat de médicaments même subventionnés, quand les handicapés physiques et psychiques sont obligés tous les deux ans de faire grève devant le ministère des finances pour défendre leurs maigres subventions, quand certaines populations souffrent de la faim de temps à autre, quand on ne trouve pas de budgets pour construire une ligne de chemin de fer qui relierait la capitale de l’Etat au reste du pays, quand des routes essentielles au développement du pays ne sont que des projets enterrés dans des tiroirs et ainsi de suite.

Ce n’est pas là une situation farfelue, c’est là le visage de la tristesse même, tristesse qui se meut en laideur quand on prend en considération les coûts humains du projet.

La perspective humaine

Pouvions-nous éviter cinq guerres depuis 1967? Etait-il possible de trouver un modus vivendi avec les voisins arabes au lieu d’exacerber ces relations par un projet de colonisation aberrant? Seuls les enfants et les sots sont doués du don de prophétie dit le Talmud. Laissons là le passé. Les erreurs de nos politiques sont au cœur du drame humain qui se joue sous nos yeux.

Les populations juives de Gaza ont été arraché de leurs maisons, champs, villages et entreprises. Des projets de vie ont été sapés, des amitiés, des voisinages à jamais effacés, des garderies d’enfants détruites, une agriculture florissante, originale et riche enterrée sous des tonnes de béton et de poussière. C’est là le prix humain d’une colonisation insensée et à courte vue.

C’est le prix que devront payer des dizaines de milliers de colons en Cisjordanie trompés (et volontairement dans l’erreur) par un leadership incompétent et populiste. C’est aussi cette politique qui a développé chez certains colons (gens fort respectable sous plusieurs points de vue) des conduites d’« outlaws », de hors la loi, gens qui refusent le principe démocratique de la majorité et s’y opposent parfois en œuvrant contre les forces de l’ordre et contre les autorités légales du pays. Une génération entière, née dans les territoires occupés sont des citoyens sous condition.

Le gouvernement n’est reconnu comme tel, qu’en tant qu’il encourage, développe et renforce les implantations en Cisjordanie. En toute autre situation le gouvernement fait face à une violence verbale des plus acerbes, gouvernement traître à la cause nationale, traître au peuple juif, traître au judaïsme. Et les traîtres ont un sort bien défini dans la conscience d’extrémistes qui ne veulent rendre de comptes qu’à leur propre noyau.

Ceci est l’apport humain de la colonisation aux populations juives de Cisjordanie. Le prix est beaucoup plus élevé chez les palestiniens. De leur point de vue la colonisation est avant tout la négation de leurs droits politiques fondamentaux et plus largement, de leurs droits humains tels que les droits d’autogestion et de libre mouvement des populations et des produits.

Des centaines de barrages militaires fourmillent en Cisjordanie. Visiter un voisin, faire des achats, aller à l’hôpital, retirer un permis, mener ses enfants à l’école et ad infinitum sont autant d’odyssées qui font des palestiniens des enragés au mieux des éclopés psychiques.

La honte, les vexations, les humiliations, l’absence de droits politiques, l’indécence de certains colons, la mauvaise foi des autorités en place créent chez les palestiniens, qu’on le veuille ou pas, une qualité humaine rébarbative. L’image du palestinien malhonnête, sournois, filou, insolent, violent et autres qualités de haute voltige, ne sont souvent, quand on les rencontre que les accouchements d’une colonisation maladive.

Israéliens de la colonisation et palestiniens de l’occupation sont les deux faces d’un désastre moral qui dure depuis 40 ans dans cet espace restreint du Moyen Orient.

La perspective morale

Elle se résume pour les israéliens en un terme. Notre présence en Cisjordanie est celle d’une occupation. Notre armée est une armée d’occupation et nos civils en Cisjordanie sont des colons avec toutes les charges et décharges émotionnelles que cela comporte. Il y a eu certaines colonisations qui ont eu quelques moments « positifs », comme par exemple d’ouvrir les avenues de la science, de la technologie et de l’organisation aux populations « indigènes ».

En Cisjordanie on voie très peu de ces aspects « positifs » en fait pas du tout. L’alternative à la présence israélienne en termes économiques, culturels éducatifs et autres présente de meilleures ouvertures aux populations locales.

En tant qu’occupant il s’est développé, ce qu’il se développe nécessairement dans toute occupation, la négation de l’autre, sa déshumanisation et son objectivisation, à savoir que l' »indigène » en place est transformé en objet utile à la réalisation de projets auxquels il n’a pas part. L’humanité des palestiniens est un concept virtuel auprès de beaucoup d’israéliens. Le palestinien c’est l’ennemi, c’est l’opposant c’est celui qui cherche ma ruine.

La conscience que les palestiniens sont aussi des pères et des mères de famille qu’ils ont à charge de nourrir, loger et habiller est très estompée chez beaucoup de nos citoyens juifs.

Le sens moral universel de liberté, d’humanité, du respect de l’autre, sens moral auquel les juifs du monde moderne ont pris une part non négligeable, n’a que peu de prise lorsqu’il s’agit de palestiniens. Bien sûr en état de guerre, quand il s’agit de tuer ou de tomber au champ de bataille on ne peut se saisir de la Bible en place d’épée. Mais depuis 40 ans qui peut affirmer que nous sommes sur un champ de bataille ininterrompu. La vision du palestinien comme ennemi perpétuel est une logique d’habitudes acquises et la conséquence d’une fainéantise intellectuelle certaine.

La colonisation en Cisjordanie est un facteur certain de l’émoussement du sens moral des israéliens juifs (face aux palestiniens). Cette colonisation ne se voit pas comme une colonie d’intrus venus civiliser les indigènes en place mais considère les indigènes comme des intrus au cœur du champ moral d’un judaïsme dit messianique.

Il est tout à fait normal pour des dizaines de milliers de colons que les palestiniens soient expropriés, qu’ils ne puissent utiliser librement les routes qui sillonnent la Cisjordanie, qu’ils ne puissent commercer librement avec Israël, les pays voisins ou à l’intérieur de la Cisjordanie même. Si cela ne dépendait que des colons un couvre-feu permanent serait établi pour les palestiniens. S’approprier des terres, des réserves d’eau, des longueurs d’onde, exploiter un travail bon marché sans être entravé de charges sociales ou limité par des lois rébarbatives sur la « sécurité de l’emploi » est une conduite « morale » dans la vision névrotique de la colonisation.

Nous sommes tout simplement face à une inversion des valeurs morales et humaines qui fondent toute civilisation. Etre aveugle aux droits des autres c’est être handicapé psychiquement, c’est entretenir une infirmité morale. Nous payons très cher en Israël l’entêtement à vouloir faire débarquer le messie avant son heure, car c’est au nom d’un messianisme, atteint de cécité, que la colonisation en Cisjordanie justifie la négation des droits humains essentiels, qui sont une trivialité dans le monde moderne, aux palestiniens.

Cet état de chose ne s’est pas créé en un jour, et la part des palestiniens à ce processus n’est pas négligeable. En premier lieu leur choix délibéré de brandir la terreur comme arme de combat national, a mis les palestiniens au ban des sociétés dites civilisées. Plus qu’un combat de libération, le leadership palestinien a mené une bataille d’enragés.

La « résistance » palestinienne avait (a) comme but de rendre furieux les israéliens, de donner libre cours à des sentiments de vengeance, de haine, de créer le chaos au cœur de la société israélienne, d’y semer le désarroi, d’envenimer des relations. Tout cet ensemble a été le choix conscient d’Arafat et de ses acolytes. Si les israéliens font étalage de déclarations (et ce n’est pas peu) où ils annoncent fermement leur respect de la vie et de la dignité humaine, les palestiniens font eux, étalage de leurs « shahidim » c’est-à-dire de leurs martyrs, ce qui pour les israéliens signifie des envoyés de la mort, dont le but est d’assassiner hommes, femmes, enfants et vieillards indistinctement. Entre les deux la bonne conscience n’hésite pas.

Pour nous, israéliens de gauche, le plus grand ennemi des palestiniens est leur terrorisme. Pendant près de 30 ans la moitié de la population d’Israël a eu des sympathies pour les aspirations nationales des palestiniens. La seconde intifada, celle d’Arafat, gérée non par des groupuscules terroristes, mais par une autorité centrale, avec l’appui d’un pouvoir ayant tous les cachets de légitimité, a affaibli toutes les sympathies que la cause palestinienne pouvait rencontrer auprès des israéliens.

Aujourd’hui, en Israël, on rencontre deux types de politique « populaire ». La première englobe une population dite de droite, obnubilée par un nationalisme teinté de religiosité, mal comprise et mal placée, la seconde, une population indifférente au sort humain et politique des palestiniens. Les palestiniens ont perdu leur meilleur allié en perdant la gauche d’Israël.

En plus de leur terrorisme virulent, les palestiniens ont, à ce jour, géré lamentablement leur « politique ». Leur extrémisme, leurs divisions, leur gestion, leur système de gouvernement et la corruption généralisée de leurs élites ont fait que, comme a dit Abba Eban, « les palestiniens n’ont jamais manqué l’occasion de manquer l’occasion ».

Le support inconditionnel des pays arabes, l’anticolonialisme de bon ton de certains courants de gauche en Europe et dans les pays dits du Tiers-Monde, la couverture donnée par les médias « au drame palestinien » (le terrorisme pleurnichard est excellent pour le rating) ont entraîné les palestiniens à une lecture dyslexique de la réalité géopolitique de la région. Pour les palestiniens, l’entité politique d’Israël est virtuelle, fictive, intenable à long terme.

Pour eux, le sentiment national juif n’est qu’un nuage sans racines. Les israéliens sont des croisés de passage, un ramassis de pauvres gens trompés par la propagande sioniste, bras armé d’intérêts puissants et secrets. C’est une entité sans assises culturelles, qu’avec un peu de chance et beaucoup de crimes on peut effacer de la carte des nations. Les palestiniens aussi, n’ont pas compris la puissance de la souveraineté retrouvée pour un peuple qui n’y a jamais renoncé.

Les voies d’une paix potentielle, passent, qu’on le veuille ou pas, par l’arrêt des fornications israéliennes en Cisjordanie. Le grand argument du nationalisme israélien, à savoir, le retour d’un peuple à sa terre ancestrale, se résume aujourd’hui à une bataille diplomatique, qui frise presque le ridicule et qui vise à conserver, sous la souveraineté d’Israël, une bande de territoire de quelques km². Humainement et pour ne pas arracher des dizaines et des centaines de milliers de colons à leur milieu, il serait souhaitable que cela fusse conclu en accord avec les palestiniens.

C’est ce résidu, quelques km², qui va rester de ce messianisme honteusement rattaché au chariot de la colonisation. Je crois qu’il faut le dire et le répéter, les implantations israéliennes en Cisjordanie sont un non sens absolu. Tant qu’il ne sera pas porté un arrêt radical à la colonisation rampante actuelle, le bateau d’Israël continuera à naviguer avec, à ses flancs, des ancres non remontées.

Nous francophones, sionistes de gauche en Israël, déclarons et répétons: « La colonisation de la Cisjordanie depuis 1967 est une atteinte à la personnalité morale de l’Etat d’ Israël et à celle, parallèle, du peuple juif ».