Ils ont tué Mahomet.

Le massacre perpétré au siège du journal satirique Charlie Hebdo, à Paris, a tué deux fois : une première fois les victimes ; une seconde fois le Prophète au nom duquel les terroristes prétendaient agir.

Ces derniers prétendaient en effet (et ils l’ont crié) venger Mahomet. Le venger pour quel crime commis contre lui ? Celui qui, depuis quelques années, a consisté, de la part de journalistes de divers pays, à tourner en dérision, non pas le fondateur de l’islam, mais ceux qui, en son nom, commettent des atrocités contre leur prochain, musulman ou pas.

En vérité, ces hommes de plume, ou plutôt de fusain ou de feutre, en dénonçant par leurs dessins souvent pleins de candeur les excès d’une certaine lecture de la charia musulmane, défendaient la véritable image de Mahomet.

Mais de cela, les extrémistes de l’islam n’ont cure, car cette satire, dont ils ne comprennent pas la finalité, est à leurs yeux une insulte à la personne du Prophète.

Pourtant Aristophane (au 5ème siècle avant l’ère chrétienne) disait déjà : « La satire contre les méchants n’a rien d’odieux ; elle est, aux yeux de tout homme sage, un hommage à la vertu » [Les Cavaliers, 424]

Ainsi, nos caricaturistes de Charlie Hebdo ne faisaient, au travers de leurs dessins parfois insolents mais jamais méchants, que dessiner en creux les contours d’un islam humaniste.

Leurs assassins, en les massacrant, ont donné le total contre-exemple de ce que peut/doit être la religion dont ils se réclament en accompagnant leurs meurtres du désormais fameux Allahou Akbar, Allah est le plus fort !

Je n’écris volontairement pas « Dieu est le plus fort » parce que je ne crois pas que c’est en Son Nom qu’ils ont agi. Ils l’ont fait au nom d’une divinité quelconque, un dieu assoiffé de sang humain, une de ces idoles de l’Antiquité à laquelle il fallait sacrifier des êtres humains, une sorte de Moloch sur l’autel duquel on égorgeait les jeunes enfants.

Ce faisant, ils n’ont pas fait que tuer douze êtres innocents et en blesser grièvement d’autres au moyen d’un arsenal quasiment militaire. Ils ont également tué Mahomet, ce prophète du Dieu-Un qui prônait une religion fraternelle et juste.

Ils ont prétexté les pseudo-injures contre son image, qu’ils croient déceler dans les dessins de journaux satiriques, pour établir le règne de leur terreur sur une société démocratique qui autorise la libre expression.

Boileau, grand écrivain français s’il en est, énonçait, dans son Art Poétique (Chant II) : « Je veux dans la satire un esprit de candeur ». C’était au 17ème siècle, mais ça vaut aussi pour aujourd’hui. Ceux qui ont épouvanté notre pays ce matin en le frappant dans la personne de ses journalistes et de ses policiers, n’ont aucune valeur en commun avec nous. Ils n’en ont d’ailleurs aucune, je veux le croire, avec l’islam authentique.

À ce propos, je voudrais réitérer ici un souhait que j’ai maintes fois exprimé, celui de voir se dresser comme un seul homme tout ce que la communauté musulmane de France compte d’imams, de maîtres, de penseurs, de guides spirituels, pour dire – crier – haut et fort leur désaveu absolu et sans équivoque d’une certaine approche et pratique de l’islam, celle-là même qui aboutit aux horreurs auxquelles nous assistons depuis quelques décennies, mais plus particulièrement ces dernières années en France et dans le reste du monde.

Il me semble que si le pape Pie XII avait dénoncé de façon claire et autoritaire le nazisme et ses suppôts (dont beaucoup se réclamaient du christianisme), la Shoah aurait pu être évitée. Faute de quoi, ce n’est que tardivement que certains évêques et cardinaux courageux ont condamné les déportations, mais c’était déjà souvent trop tard.

L’islam n’a pas, comme le catholicisme, une autorité centrale incontestée. Il n’empêche que si les prêches des imams condamnaient de façon claire et solennelle les horribles actes des islamistes (ou supposés tels), le recrutement pour leur accomplissement, comme pour le djihad (autre dévoiement de la religion authentique), serait plus difficile à mettre en œuvre.

Une immense responsabilité repose sur les épaules des guides de la nombreuse communauté musulmane de France. C’est dans leur aptitude à assumer cette responsabilité qu’on reconnaîtra, ou pas, leur légitimité à représenter et à guider leurs coreligionnaires.

Ils doivent se mobiliser pour cette cause prioritaire qui est l’enseignement d’un islam authentique, intégré aux valeurs de la République parce que fidèle à celles du Coran. Ils nous trouveront alors à leurs côtés pour les accompagner et les soutenir.