Un communiqué du président du Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ) saluant l’appel du Parlement fédéral à reconnaître un « Etat de Palestine » a provoqué l’émoi légitime de nombreux membres de la communauté juive de notre pays.

En cause certes, la nature pour le moins controversée de cette caution d’un centre communautaire juif bruxellois au rehaussement du statut politique d’une entité sans frontières ni direction unifiée où prétendent œuvrer au bien commun du peuple palestinien une organisation terroriste toute entière vouée à l’éradication de l’ennemi sioniste et une autre, modérée celle-là nous dit-on, coupable pourtant d’incitation systématique à la haine et à la violence antisémites et engagée dans une inlassable Intifada diplomatique contre l’Etat juif, et le peu surprenant satisfecit que lui a publiquement réservé le PS.

En cause aussi, en cause surtout, le fait que cet appel du Législateur à l’Exécutif est dramatique dans son essence en ce qu’il annonce l’abandon des Juifs belges par l’ensemble d’une classe politique incurablement brouillée avec le consensus sur tout autre sujet.

Parce que, autre fait « remarquable », l’initiative parlementaire de cet appel à la trahison des Juifs provient de la majorité de droite et de centre-droit, et son destinataire (la coalition gouvernementale) est l’expression de cette majorité conservatrice.

Nul ne pense sérieusement que cette invitation lancée par le Parlement fédéral au gouvernement soit de nature à faciliter une quelconque solution politique satisfaisante entre Juifs et Arabes là-bas. C’est pourquoi, nul ne pense sérieusement non plus que le gouvernement se hâtera de répondre à cette invitation.

Mais une étape à la lourde charge symbolique aura été irrémédiablement franchie.

Et nombreux sont ceux qui y voient déjà une caresse indécente dans le sens du poil de la communauté musulmane ici et, donc, un encouragement tacite à l’expression la plus radicale de la diabolisation de l’Etat-nation du peuple juif dans nos rues et de ceux qui, dans un isolement croissant, s’entêteraient encore à l’assurer publiquement de leur pleine solidarité ou à afficher leur identité.

A la différence de la France où c’est le PS qui était le moteur d’une semblable résolution destinée accessoirement à calmer ses « frondeurs » et, principalement, à récupérer un électorat musulman mécontent de la prétendue posture pro-israélienne (???) de François Hollande pendant la dernière agression du Hamas en juillet et août, l’ambition des partis de droite et de centre-droit au pouvoir en Belgique est de faire entendre à la large et influente communauté musulmane qu’ils sont, à l’avenir, aussi méritants et « dignes » de ses suffrages que le PS, Ecolo, le PTB et leurs clones néerlandophones aujourd’hui.

Cet appel apparaît ainsi sous les traits d’une manœuvre politicienne des partis de droite et de centre-droit bien décidés à brouiller les lignes en coupant l’herbe sous le pied de l’opposition prétendument progressiste sur un terrain – la « Cause palestinienne » – dont elle était jusque là la championne incontestée, et à préempter dès à présent une plus grande proportion du vote musulman en échange du lâchage d’Israël et des Juifs qui lui témoignent très largement soutien et solidarité.

En somme, un calcul politicien déshonorant payé dès aujourd’hui en monnaie israélienne (là-bas) et juive (ici) pour engranger de nouveaux votes musulmans demain, et un alignement grégaire peu glorieux sur les agendas aussi sordides d’autres parlements européens au nom d’une même morale dévoyée.

C’est ainsi que, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite désormais, on abandonne aujourd’hui les Juifs et qu’on les condamne à une marginalisation et à un isolement silencieux dans un unanimisme émouvant.

Et quand viendront les prochains crimes antisémites, on dira bien, la main sur le cœur et la mine contrite, que la haine des Juifs est un cancer qui attaque gravement nos valeurs et le « vivre ensemble », mais bien peu s’obligeront aussi à en identifier le primitif…

Comme l’écrit Shmuel Trigano dans sa dernière livraison (« L’ultime offense du Parti socialiste français ») sur le vote de l’Assemblée nationale:
« …. le réflexe moutonnier des Parlements européens, le fait que rien ne justifie aujourd’hui une telle démarche, l’invocation grandiloquente de la morale confirment ce carrefour du destin où l’Europe sera jugée pour un abandon des Juifs qui rappelle 1940…car il est clair que le diktat que l’Europe veut imposer à Israël le conduirait dans une impasse mortelle face à un ennemi résolu à l’abattre. »

Et ceci aussi: « La note de Pascal Boniface au PS de 2001, qui prônait clairement l’abandon des Juifs, a bien été entendue. ».

Une note hélas aussi bien entendue par la droite et le centre-droit en Belgique désormais…

Plus que jamais, la question légitime du droit des Palestiniens à un Etat pose en réalité celle du droit des Juifs à affirmer et légitimer le leur.

Juifs !, à bon entendeur…

Isaac Franco