L’on pense tout savoir sur la Shoah. Des milliers de films, de documentaires, de livres et d’articles ont documenté cette sombre page de notre histoire commune. Plus de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout a été dit. Ou presque.

Car le hasard a voulu qu’un jour de 1940, le destin de 1 600 Juifs fuyant la persécution nazie en Europe, se mêle à celui des habitants d’une île perdue au milieu de l’océan Indien : l’île Maurice. De cette rencontre improbable, poignante, peu de traces subsistent encore aujourd’hui.

Si ce chapitre de l’histoire de l’île est aujourd’hui encore méconnu des Mauriciens eux-mêmes, c’est parce qu’il n’en est fait mention dans aucun manuel scolaire. Mais il ne faut pas s’y tromper, ce qui pourrait passer pour un « oubli » n’en est pas vraiment un. Il résulte davantage d’un dessein de la classe politique locale, qui ne souhaite pas se mettre à dos un électorat musulman qui lui ferait payer dans les urnes toute « faiblesse » à l’égard d’Israël. L’île Maurice n’entretient d’ailleurs aucune relation diplomatique avec l’Etat hébreux, dont elle ne reconnaît pas la légitimité.

Il a fallu toute la détermination de la petite communauté juive de l’île pour que cet épisode ne soit pas définitivement effacé des mémoires. Un difficile devoir de mémoire qui n’est pas sans obstacle puisque les gouvernements successifs ont toujours refusé d’être partie prenante dans des projets visant à faire connaître ce sombre épisode de l’île.

Résultat : le seul musée dédié à la détention des déportés juifs sur l’île, ainsi que l’entretien des deux cimetières juifs sont financés et assurés par quelques volontaires, déterminés à poursuivre ce difficile travail de mémoire.

Pour en savoir davantage sur les circonstances qui ont mené ces 1 600 réfugiés juifs sur l’île, il faut se référer au livre de Geneviève Pitot qui a raconté leur histoire dans « Le Shekel mauricien ». L’auteure y relate comment, à peine arrivés en Terre Promise, Eretz Israël, ces réfugiés furent déportés à Maurice par ordre du gouvernement britannique pour
« immigration illégale » en Palestine, puis incarcérés à la prison de Beau-Bassin, située sur l’île, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette histoire, solidement documentée, témoigne du manque de compréhension de l’autorité britannique pour le drame vécu par ces réfugiés hommes, femmes et enfants, qui furent déportés puis détenus de force afin de dissuader les autres réfugiés juifs de suivre leur exemple. Mais une fois arrivés sur l’île, ils y trouvèrent une population amicale, chaleureuse, qui les accueillit avec leur sourire. Jusqu’à leur départ, à la fin de la guerre, ces réfugiés durent compter sur la générosité d’un peuple qui fut touché par les moments difficiles qu’ils traversaient.

Aujourd’hui encore, cette histoire est grandement méconnue de la plupart des Mauriciens, pour qui la Seconde Guerre mondiale n’est qu’un événement qui a eu lieu très loin de leur île natale. Il faudra sans doute attendre encore longtemps avant que les manuels d’histoire n’évoquent un jour le périple de ces réfugiés juifs jusqu’à l’île Maurice.