Il y a dix ans, Ilan Halimi fut enlevé, torturé, assassiné parce qu’il était Juif.

Je me souviens des cris de désespoir sur des forums de discussion face aux réactions d’internautes qui suivirent celles des policiers incrédules, des tribunaux compréhensifs, de mes confrères complaisants insistant sur l’aspect crapuleux, relevant quasiment du droit commun, d’une banalité sans exception et sans nom.

Je me souviens des dénégations écoeurantes auxquelles il fallait faire face. Faire face était déjà considéré comme une geste raciste, voire fasciste.

Comment pouvait-on qualifier un crime antisémite de crime antisémite ? L’antisémitisme n’existait que dans nos psychés dérangées. Le crime, c’était l’existence de l’État d’Israël. Pas la vie brisée d’un jeune homme, de sa famille, de ses proches.

Le 11 février, j’étais invitée par le Collectif Haverim à une célébration lumineuse et tendre dans le parc qui porte le nom d’Ilan, dans le 12e arrondissement de Paris. Ilan signifie Arbre. Dans le froid et la nuit, dans ce froid et cette nuit qui l’ont emporté, nous étions quelques-uns, plus de dix, plus de cent, à penser à lui. Cette chanson d’Aznavour était l’une des siennes. Ilan aura toujours 20 ans.

Et la dénégation perdure.

Hier encore.