Ils l’ont fait !

Bon, je comprends les 339 députés de l’Assemblée Nationale qui ont voté le 2 décembre pour la « proposition de résolution portant sur la reconnaissance de l’État de Palestine (Art. 34-1 de la Constitution) ».

Au milieu de la grisaille ambiante, tant intérieure qu’extérieure, ils se sont dit que c’était l’occasion, enfin, de poser un acte positif pour mettre fin à l’un des nombreux conflits qui encombrent l’actualité internationale.

Et chacun de ces 339 élus de la République, en parfaite connaissance du dossier moyen-oriental (bien sûr), en son âme et conscience, la main sur le cœur, s’est rallié à la généreuse proposition du groupe socialiste qui présente l’avantage de ne pas trop s’engager, pas même de contraindre le gouvernement, et de faire avancer résolument les choses dans le bon sens. A défaut de bon sens, au moins dans la bonne direction, puisqu’ils sont censés être sensés, nos parlementaires.

J’imagine qu’ils (elles) ont dû aller se coucher hier soir avec la conscience du devoir accompli.

Et pour pas très cher, juste un clic sur un bouton électronique ! Et avec ça, on a fait avancer l’histoire avec un grand H, ou peut-être une grande hache, comme disait le regretté Georges Pérec.

Ceux qui ont dû se réjouir de ce vote « historique » de l’Assemblée Nationale du pays des Droits de l’homme, ce sont ces hommes cagoulés qui manient si bien la hache et d’autres armes blanches lorsqu’ils s’en prennent courageusement à des fidèles en prière dans une synagogue de Jérusalem.

Sans aucun doute, leur cause a été bien servie par nos élus, et ils peuvent espérer le temps pas trop lointain où ils siégeront à l’ONU, parfaitement légitimés dans leurs méthodes quelque peu primitives.

Primitives mais modernes quand même : je pense à un autre homme regretté, André Chouraqui, qui, lors d’une conférence qu’il donnait sur la Bible (qu’il connaissait si bien pour l’avoir traduite en français, ainsi que les Evangiles et le Coran), avait ainsi interprété la prophétie d’Isaïe (2:4) : « Martelant leurs épées, ils en feront des socs [de charrue] ; de leurs lances, ils feront des serpes » : eh ! bien, il est à craindre qu’alors, les hommes se battront à coups de socs de charrue et de serpes !

Car je crains que l’angélisme, vrai ou feint, de nos 339 députés ne se heurte à cette dure réalité, à savoir que ce n’est ni par des votes de résolutions, ni par des déclarations bien intentionnées que les conflits entre nations peuvent se résoudre, si ces nations elles-mêmes ne sont pas directement engagées dans un véritable processus de paix.

Et c’est par là que le vote du 2 décembre pèche. Il a entendu régler une bonne fois pour toutes un problème plus que centenaire par le vote d’une résolution sans s’être assuré que les principaux intéressés sont partie prenante d’une vision simpliste des choses.

Parler du peuple palestinien comme s’il était souverain et parfaitement libre de ses décisions, dirigé par des gouvernants honnêtes et prêts à la négociation, est une erreur profonde.

Tout le monde sait que c’est le Hamas qui dirige la politique des Palestiniens et que Mahmoud Abbas est, au meilleur des cas, son otage.

Tout le monde sait que la charte de ce parti comporte la destruction de l’Etat d’Israël et qu’il est considéré par les nations occidentales comme une organisation terroriste.

Certes, la paix se fait toujours entre des ennemis et non des amis, mais à la condition qu’ils soient prêts à accepter des compromis. Comment négocier avec un gouvernement qui veut votre destruction totale et qui le montre par ses agissements constants ?

Comment imaginer court-circuiter ces négociations en imposant de l’extérieur une paix factice et non acceptée par l’une des deux parties ? Comment ceux des parlementaires français qui ont voté en faveur de la résolution ont-ils pu croire un instant que leur vote infléchirait en quoi que ce soit la détermination du Hamas à détruire Israël ?

Dans la parasha de cette semaine, Vayishlah, on assiste à la
« réconciliation » entre Jacob et Esaü au terme de 20 années de haine.

Et pourtant, chacun va repartir de son côté sans que Jacob (qui connaît les vraies intentions d’Esaü) accepte de cheminer avec lui. Rashi nous dit même que lorsqu’Esaü embrassa son frère, il voulait en réalité le mordre et que la nuque de Jacob se transforma en marbre sur lequel les dents d’Esaü se cassèrent.

Si je rappelle ici ce texte et cette exégèse naïve, c’est pour dire que les choses ne sont pas si simples que cela, et qu’à vouloir les réduire artificiellement, on risque de les détériorer plutôt que les arranger.

L’amour, l’amitié ou la paix ne se décrètent pas. Ils doivent s’imposer à la raison et au cœur. Je crains que le vote de cette semaine n’ait été qu’un coup d’épée dans l’eau, en souhaitant qu’il n’ait pas été perçu par nos amis israéliens comme un coup de poignard dans le dos.

Shabbath Shalom,  à tous et à chacun. Bien amicalement,

Daniel Farhi.