Le Premier ministre Tunisien Mr Youssef Chahed s’est récemment rendu en France. Il a rencontré les plus importants dirigeants politiques et économiques du Pays. Il a à juste titre attiré leur attention sur la nécéssité d’aider la Tunisie à se relever. C’est effectivement essentiel, car, et Mr Chahed l’a très bien dit : la Tunisie est la frontière méditerranéenne la plus importante en terme de sécurité et de lutte contre Daech.

Mais il y a pire : la situation économique en Tunisie est tendue – le secteur touristique est gravement sinistré, la chute vertigineuse du dinar fragilise le commerce extérieur, le chômage des jeunes atteint des proportions tout à fait dramatiques, l’inflation rend la vie des Tunisiens extrêmement difficile, les impayés de factures d’électricité et d’eau et les coupures qui les accompagnent rendent le quotidien des Tunisiens de plus en plus pénible.

De très nombreuses familles ne parviennent plus à acheter chaussures ou vêtements pour leurs enfants et dans les campagnes autour de kairouan notamment il n’est pas rare de voir des enfants de 10 ans parcourir à pied les 10 kilomètres qui les séparent d’une école froide et sans sanitaires.

C’est à l’aulne de cet état de fait qu’il faut prendre en compte la visite et les demandes de Mr Chahed.
Celui-ci fait des efforts tout à fait louables pour lutter contre la corruption. Il a également acté des projets de diminution du nombre des fonctionnaires dans les prochaines années.

Les administrations fiscales reçoivent des consignes claires pour faire rentrer l’impôt. Les gouvernorats sont pressurisés pour obtenir que les villes soient nettoyées par des services de ramassage des ordures encadrés. Les investisseurs étrangers sont motivés par des incitations fiscales diverses. Mr Chahed fait ce qu’il peut dans un contexte difficile et avec une population qu’il n’est pas facile de gérer.

Les attentats qui ont secoué l’Europe et la Tunisie fragilisent encore un peu plus la situation. Le raidissement des Européens vis-à-vis de l’accueil des populations du Maghreb compliquent encore également la tâche du chef du gouvernement : car les jeunes Tunisiens qui rêvent de l’Europe et de tous temps espèrent s’y construire un avenir meilleur sont désormais privés de cet espoir.

A l’intérieur du pays – c’est la crise et à l’extérieur les portes se referment.

L’arrivée au pouvoir en Angleterre, aux USA et peut-être en France bientôt de majorités très à droite, ayant inscrit au fronton de leur projet le rejet de l’immigration, le rétablissement de la double peine, les expulsions massives, le durcissement des conditions d’octroi des titres de voyage et de séjour, verrouille encore un peu plus la situation.

Les Maghrébins déjà largement stigmatisés par les comportements criminels de dingues avides de notoriété sur le dos d’un islam complètement dénaturé, se voient promettre d’être encore plus rejetés, exclus, et pour finir reclus dans ce qu’on leur promet : la misère et le désespoir.

Qu’on se souvienne qu’en décembre 2010 il n’a fallu qu’une allumette pour allumer l’incendie qui ravagea la maison Ben Ali. Une allumette. Une boite d’allumettes en contient plus d’une. Prenons garde à ce que d’autres allumettes ici ou là ne soient à leur tour grattées et viennent enflammer le pays.

C’est pour cela qu’il faut aider Mr Chahed. Il est sans doute la dernière chance de la Tunisie. Formé à « la Française » il est imbibé de notre culture, il est un interlocuteur crédible, courageux et n’est pas concerné par les luttes intestines partisanes des vieux dinosaures de la politique Tunisienne. S’il obtient l’aide massive dont la Tunisie a besoin pour faire face à tous ces défis, c’est également l’Europe qui s’y retrouvera.

De la protection plus efficace des frontières, à la criminalisation des « passeurs » de bateaux de migrants, en passant par le soutien à la consommation et la lutte contre la corruption massive, tout est lié. Un pays ou un douanier s’achète avec 100 dt n’est pas un pays sûr.

Un pays ou un policier avec 40 dt peut vous créer une procédure de toutes pièces, n’est pas rassurant pour les investisseurs ou pour les citoyens. Un pays ou un passeur de « migrants » peut envoyer à Lampedusa des milliers de candidats à « l’éldorado européen » sans risquer autre chose que 6 mois voire 2 ans de prison, et quand bien même il y aurait des morts et il y en a toujours, n’est pas un pays sûr et fiable.

les Français, les Italiens ou les Maltais originaires de Tunisie ont souvent la larme à l’oeil quand il évoquent leur pays d’origine. Et c’est bien normal. Les histoires familiales, les souvenirs d’enfance, la vie quotidienne ont façonné un socle commun qui, quelles qu’aient pu être ensuite les divisions, les rancunes et les malentendus, demeurent dans la mémoire collective.

Aujourd’hui, nous aurions bien besoin en Tunisie de retrouver ces Français, juifs ou non juifs, Italiens et Maltais, pour qu’ils viennent avec nous se retrousser les manches pour aider les Tunisiens à sauver leur pays du chaos. Les Gouvernements doivent aider Mr Chahed.

Mais individuellement on peut aussi agir : l’Europe connaît le chômage et la crise, différemment mais comme la Tunisie. Que des jeunes diplômés Européens viennent ici investir, créer, développer avec les Tunisiens des projets porteurs pour tous. Tout le monde s’y retrouvera : les jeunes Européens en panne économiquement mais disposant quelquefois d’un peu de capital, et d’une solide formation et les jeunes Tunisiens bien formés, courageux, volontaires et prêts à tout pour s’en sortir.

Seuls les Européens ne s’en sortiront pas.

Seuls les Arabes du Maghreb ne peuvent nourrir aucun espoir. La mondialisation de l’économie, du savoir de la culture et des médias est sans retour possible. Quoi qu’en disent les partisans du retour à l’ordre ancien. C’est ensemble que ça se joue et c’est pour cela qu’il faut aider Mr Chahed.