Il n’est pas facile d’aborder la question de la présence des Eglises chrétiennes en Terre d’Israël. Le sujet est sensible, délicat ou paisible et pacifiant selon les humeurs et les personnes, les groupes et les structures existantes.

Il faut en convenir. Le christianisme existe de droit dans l’Etat d’Israël. Rien ne pourra jamais supprimer cette réalité. Elle s’est imposée comme une série d’institutions qui se sont séparées les unes des autres au cours de siècles où la haine et l’altérité ont prévalu sur le commandement de l’amour divin et celui d’aimer son prochain voire ses ennemis… selon les traditions et les interprétations scripturaires ou sémantiques.

Je le rappelle souvent : le spécialiste israélien de la société druze, Nissim Danah,  fut nommé voici plusieurs années en charge des communautés chrétiennes à Jérusalem. Juif pieux, il avait accepté cette tâche à laquelle il était peu préparé. Il soulignait souvent que, pendant la guerre d’Indépendance en 1948, alors que les positions israéliennes étaient incertaines et changeaient au fil des heures, le gouvernement de Tel Aviv tenait à prévenir chaque communauté chrétienne que les forces israéliennes garantiraient pleinement les droits des Eglises sur son territoire et assureraient leur protection.

Les chefs des Eglises locales n’y crurent pas. Dès 1948 – et même auparavant – ils prirent la responsabilité, souvent irréfléchie et presqu’impulsive – d’appeler leurs fidèles à quitter leurs maisons, à fuir et à attendre qu’Israël s’écroule comme entité en germe pour revenir dans un temps proche… La même injonction eut lieu en 1967, ce qui causa des drames effroyables au sein de nombreuses familles chrétiennes.

Il est un fait que ni le judaïsme ni l’islam ne peuvent nier : le christianisme existe. Il faut en prendre conscience, au-delà des profits que tant Israéliens, Palestiniens, Jordaniens et toutes les nations du monde peuvent tirer de cette manne souvent bien plus épaisse que celle qui tomba dans le désert pour nourrir les Hébreux.

Drôle de Carême 2018 ! La situation est  assez invraisemblable si l’on consent à voir dans les quarante jours de jeûne et de retour à Dieu une vraie dimension de mouvement spirituel. Il s’agit d’une tradition qui s’enracine dans les tribulations des fils d’Israël dans le Sinaï au sortir de la terre d’Egypte. De la servitude à la liberté ! De même, Jésus de Nazareth partit au désert et y fut tenté par le Satan (le nom signifie « obstructeur/leshton-לשטון, obstruer) qui lui proposa pouvoir, puissance, jouissance… il tînt dans le jeûne pendant quarante jours de dépouillement. Puis, « il eut faim » (Matthieu 4, 2; cf. Exode 34, 28).

Il est bizarre, ce Carême 2018 à Jérusalem. Les responsables des Eglises du Saint Sépulcre ou Anastasis (Eglise de la Résurrection) ont décidé le 24 février 2018 que, le lendemain, le primus inter pares de toutes les communautés chrétiennes, le Patriarche Théophilos de Jérusalem, ferait une déclaration en présence du custode franciscain et du représentant du patriarcat arménien.

Le 25 février, au matin, tous les offices eurent lieu selon la tradition au sein de l’Anastasis. Le jour est particulier pour chacune des juridictions en présence. Le patriarcat orthodoxe de Jérusalem célèbre le premier dimanche du Grand Jeûne ou Carême qui mène à la Pâque. Il est consacré au « triomphe de l’Orthodoxie » et rappelle que, par la décision du 7ème Concile oecuménique, les icônes sont légitimes et qu’il est licite de représenter Jésus, sa Mère et les saints car ils sont le reflet de l’incarnation et du salut tels qu’ils sont confessés par la foi reçues des apôtres. Ce dimanche rappelle les exigences de la foi « authentique = orthodoxe (foi droite, glorieuse, véritable) qui est aussi en tension sur la « plénitude de tout, le plérôme = elle est « kath’olon », catholique ». Selon l’antique tradition orientale, un service particulier est ensuite célébré devant l’Edicule récemment restauré : « le rite des Anathema ». Une série longue et qui remonte le cours de l’histoire de vingt siècles de christianisme : les noms de ceux qui se sont fourvoyés dans l’erreur théologique sont « anathema » – maudits » et ceux qui ont été fidèles à la foi authentique sont rappelés « pour une mémoire éternelle ».

Cet office est profond. Il signifie que certains se sont trompés et qu’ils sont exclus et anathémisés … Les hiérarques présents en arrivent à frapper du pied devant l’Edicule… pour rythmer l’office tandis que d’autres sont rappelés joyeusement comme des témoins authentiques pour l’éternité au jugement de siècles de synodes des Eglises locales.

Ce rappel est scandé et, dans l’espace restreint du Lieu saint, les mots sont audibles par tous. Le 25 février, les Arméniens ont à nouveau entendu qu’ils étaient des « hérétiques ». C’est irritant. Un ami m’a dit : « J’ai beau y être habitué, cela reste très désagréable ». Surtout que cela donne un écho négatif à toutes les marques de sympathie ou de voeux d’unité chrétienne en Terre Sainte.

D’autant que ce dimanche, les Arméniens apostoliques célébraient, au deuxième Golgotha en hauteur, face à l’Edicule central, le « Dimanche du pardon » que les orthodoxes byzantins avaient commémoré à l’entrée-même de la première semaine de Carême, voici une semaine.

A la chapelle de Sainte Marie-Madeleine, les catholiques latins célébraient le « Dimanche de la Transfiguration », mémoire de l’instant furtif mais théologiquement significatif de la récapitulation de l’histoire dans le Messie qui eut lieu au mont Thabor.

Les catholiques furent aussi mentionnés comme hérétiques pendant les Anathèmes.

On comprend dans quel contexte la protestation des Eglises a eu lieu ensuite una voce… en l’absence des clergés copte, syrien-orthodoxe et éthiopien, voire anglican. Car les mythes ont la peau dure : les catholiques sont persuadés, comme les orthodoxes liés au patriarcat de Constantinople que les Anathèmes ont été levés suite à la rencontre du Pape Paul VI et du Patriarche Athénagoras en 1964 à Jérusalem, accueillis le Patriarche Benediktos de Jérusalem. L’actuel Patriarche Théophilos fut alors son archidiacre ce qui souligne une légitimité historique dont il faut tenir compte.

Non. A Jérusalem comme dans le patriarcat de Moscou et ailleurs, les Anathèmes n’ont pas été levés en 1965. Lorsque les Eglises orthodoxes se sont libérées du joug communiste ou dictatorial, elles n’ont pas confirmé cette décision qui semble acquise.

A 12 heures 30, les Eglises décidaient, « dans un mouvement rare et inédit », de fermer les portes  du Saint Sépulcre. Le musulman Wajeeh Nusseibeh montra les clefs et ferma la lourde porte. Le Patriarche Théophilos, dont la voix était couverte par le muezzin qui appelait à la prière, expliquait en anglais que les Eglises s’opposaient aux décisions de la Ville de Jérusalem, les projets de taxation municipale.

« Enough is enough ! » est le slogan lancé par le Patriarche Théophilos voici quelques mois dans un autre contexte. Dans une vidéo diffusée en anglais, il s’opposait à la fin de l’été, non aux taxes en projet, mais à la vente qualifiée d’illégale de deux propriétés majeures du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem. Cette vente fut confirmée par un arrêt pris par la Cour de District de Jérusalem le 1er août 2017 (Tisha BeAv, jour mémoriel des destruction des deux Temples) au profit de « Ateret Cohanim/עטרת כהנים », la yeshivah ultra-religieuse du quartier juif de la Vieille Ville. L’acquisition fut faite par des entreprises juives et israéliennes offshore pour un prix ridiculeusement bas.

« Enough is enough ! » s’est aussi changé en des panneaux de protestation sur la place du Saint-Sépulcre. Oui, mais est-ce le même sujet ? Le même contexte ? Non.

Au fil des heures, les choses se sont-elles précisées ? Chacun y est allé de sa stance exégétique. Il y a toujours des spécialistes de tous poils prêts à intervenir. Le journal israélien de gauche volontiers protestataire Haaretz avait expliqué depuis des mois, au long sur d’articles répétitifs que le patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem avait des dettes. Trop de dettes. Quelles étaient ces dettes, la question était plus délicate. Les deux hôtels de la place de Jaffa furent « vendus » ? Le journal, reprenant les mélopées de toutes une presse fondée sur des brèves, fit tourner les rotatives digitalisées sur le leitmotiv de montants supposés, virtuels, « confirmés » sans preuves versés par des société juives et israéliennes offshore à un patriarcat dans le besoin.

On touchait alors à un patrimoine ancien, initialement propriété arabe orthodoxe qui avait été placé sous la protection-acquisition du patriarcat. Les journaux ont disserté à loisir sur des propritétés  connues de tous : Rehavia, Talpiyot, Césarée. autant d’immeubles et de site religieux ou archéologiques qui représentent des centaines de dunams et appartiennent depuis le 19ème siècle à l’Eglise-Mère de Jérusalem.

Décidément, la question qui conduisit à la fermeture du Saint Sépulcre fut fiscale, financière. Encore faut-il arriver à comprendre de quoi il s’agit véritablement. Car la presse affirme, après la Noël orientale un peu chahutée à Bethléem, que la municipalité de Jérusalem a bel et bien bloqué les comptes courants des Eglises. Elle aurait même perçu plus de 150 millions de dollars pour le paiement rétroactif de l’arnona ou taxes municipales.

Au bout de trois jours – il faut en convenir, le chiffre est  typiquement scripturaire – l’Anastasis a rouvert sa lourde – et unique – entrée (c’est peu sécuritaire). Le sujet a vite disparu des commentaires multiformes de spécialistes internationaux en christianisme et même des intellectuels universitaires israéliens. Rien ne filtra plus des sommes qui avaient été gelées ou prélevées sur les comptes des Eglises.

Le Premier Ministre a convaincu Nir Barkat, le maire de Jérusalem, de ne rien prélever… de patienter qu’une solution soit trouvée au niveau gouvernement israélien. Voilà un homme que les Eglises unanimes se sont empressées de remercier sans évoquer les fonds versés ou les comptes arrêtés. Cela ressemble à s’y méprendre, mais dans un autre registre, à la gracieuseté hospitalière que le chef  du gouvernement israélien montre ce 1er mars  2018 à l’annonce de la prochaine visite du Prince William et de Kate Middleton à l’Etat d’Israélien (et certes dans les Territoires Palestiniens ou à l’Autorité Palestinienne selon les médias). Un hapax, un fait inédit pour la Couronne britannique qui était restée frileusement offshore pendant soixante-dix ans après avoir quitté les côtes israéliennes à la veille de la guerre d’Indépendance.

Le hapax est un peu de même nature que la saga britanico-israélienne en ce qui concerne la « délivrance » du Saint Sépulcre. Il y va d’une question aigüe de reconnaissance de l’Etat d’Israël, de la réalité juive, de son message tel qu’il se déploie dans le Proche-Orient comme dans le monde et de manière frontale face au christianisme.

Le Patriarche Théophilos fit une nouvelle déclaration au nom des « Eglises-soeurs » du Lieu Saint le 27 février dans la soirée. Le texte officiel souligne la mise en place d’une nouvelle commission, créée par Benjamin Netanyahou chargée étudier les questions fiscales des Eglises et les conditions qui seront appliquées pour la vente éventuelles de leur propriétés et de leur patrimoine foncier. Il confiait à Tzachi Hanegbi la tâche de mener à bien ces questions. Un vrai scoop qui n’a provoqué aucun émoi de la part des parties concernées.

Tzachi Hanegbi est un spécialiste de la sécurité. C’est un homme politique israélien de premier plan. Il fut ministre de la justice, de la sécurité, de la communication… fut membre du Likoud, de Kadimah. En 2010, il fut accusé de fraude et condamné. Il a toujours été dans les arcanes du pouvoir dans le sillage de Benjamin Netanyahu, faisant fonction de vice-premier ministre dernièrement… Un point est rarement mentionné : il est influent au Keren Kayemet LeIsrael/Le Fond National Juif qui gère les terres appartenant à l’Etat d’Israël.  Le reste suivra naturellement au cours des prochains mois.

Alors que le custode franciscain, Fra Francesco Patton, se félicitait de la décision prise par Benjamin Netanyahou, le Patriarche Théophilos remercia chaleureusement le Roi de Jordanie, Abdullah II – sotto voce en Israël, mais de manière ouverte en arabe – , qui en sa qualité de Gardien hachémite des Lieux Saints de l’Islam et du Christianisme de Jérusalem « avait largement contribué à faire lever l’injustice dont les Eglises étaient victimes ; en effet, les fils des différentes Eglises et leurs frères musulmans sont unis dans leurs protestations, rappelant l’Ecriture : « Sur cette pierre, je bâtirai mon église et les portes de l’enfer ne prévaleront pas » (Matthieu 16, 18, source non mentionnée dans la déclaration). (sic).

Depuis la Vieille-Ville et la Via Dolorosa, le représentant de l’Eglise autrichienne et de l’Etat autrichien, gardien de la guest-house autrichienne, le Père Markus S. Bugnyar, déclarait à Vaticannews, que l’Eglise autrichienne acquittait chaque année 36 000 Dollars en impôts versés à la municipalité de Jérusalem depuis dix ans. Sans doute une position inspirée par le cardinal C. Schönborn, spécialiste de l’Orient et de l’Edit accordé par Omar Ibn-al-Khattab en 637 au patriarche Sophronios de Jérusalem.

Journées de dupe ? A la veille du Jeûne d’Esther et de la fête de Pourim, alors que les juifs lisent et mettent en scène le Rouleau d’Esther, l’affaire de la fermeture du Saint Sépulcre en période de Carême pourrait-il s’apparenter à un « pour = un tirage au sort » ? Miraculeux pour qui ? Victorieux de quelle manière ? Un  yiddish-shpil dramatique en rappel de l’extermination des Juifs ? Le Patriarche Théophilos – avec l’assentiment des leaders arméniens et franciscains catholiques – avait osé comparé l’action du Maire de Jérusalem à la manière dont les juifs avaient été traités par les nazis. Dire cela alors que la Megillah (Rouleau d’Esther) allait être lue soulignait un point beaucoup plus saillant. Il faudra en tenir compte.

Certains s’interrogent : qui sort « vainqueur » de cette altercation ? Il s’est produit une chose nouvelle, inouïe et très significative que tous préfèrent passer sous silence.

Tant qu’Israël et le judaïsme se trouvent dans une situation de dialogue ou, plutôt, selon la formule de Hans Urs von Balthasar, dans une « Einsame Zwiesprache – un dialogue monologué » avec les Eglises chrétiennes, surtout celles de Terre Sainte, on peut s’imaginer que le dialogue existe. Les catholiques et les protestants peuvent s’en persuader. Je reste sur l’idée qui me semble réaliste et qui fut exprimée avec bon sens par Yeshayahu Leibowicz. Il faut se fréquenter, mais le véritable dialogue à parité reste une utopie, un leurre où les chrétiens occidentaux se gausent en eux-mêmes et sans authentique contre-partie du côté judaïque.

Chrétiens et juifs ou vice versa se rencontrent. C’est une évidence qui appartient davantage à « la circulation du vivant » sociétal. Les chrétiens, notamment les catholiques peuvent avoir l’illusion de corriger des siècles d’ignorance et de mépris par des documents comme la déclaration Nostra Ætate et et les prises de position qui ont suivi dans certains conférences épiscopales catholiques.

Rien de tel dans le monde orthodoxe. La fracture est frontale, à vif et persistante.

Cela explique, par-delà les sinuosités de l’actuel patriarche orthodoxe de Jérusalem, une altérité qui a le mérite de la clarté et qui ne se joue pas de faux-semblants.

En cette année où Israël s’apprête à célébrer les soixante-dix (70) ans de son existence, tous ses dirigeants – disons la majorité et quelques affiliés – tiennent à ne pas être les victimes permanentes d’une destinée où l’on pourrait croire que Dieu « joue aux billes » comme disait Manitou, le Rav Léon Yehudah Askenazi.

Tant que les Eglises décernent des documents, voire des para-diplômes pour les cinquante ans d’une décision romaine, tant que prêtres, laïcs et quelques rabbins se rencontrent et que les chrétiens apprennent l’hébreu tandis que des juifs se mettent au grec ou à l’araméen (qui est aussi langue juive officiel du Talmud et des Targoums), on reste dans « les bonnes paroles ». Cela crée des archives. Mais on n’est pas dans la profondeur accessible d’une recherche de communion consciente dans le Saint, Béni soit-Il. On peut s’y méprendre.

Lorsque le 1er août 2017 (9 du mois de Av = commémoration des destructions du Temple de Jérusalem), le tribunal de District de Jérusalem confirma la vente de deux possessions quasi « existentielles et historiquement significatives » (le Imperial Hotel et le Petra Hotel) de la Porte de Jaffa au profit d’une yeshivah ultra-orthodoxe juive implantée dans un quartier juif de la Vieille Ville – cela créa autre chose.

Lorsque, sur le chemin de Pourim 5778, le Maire de Jérusalem et des membres de la Knesset israélienne en sont arrivés à exiger le paiement de taxes, d’arriérés de taxes non perçues sur plus de cinquante dans certaines régions d’Israël, il se passe autre chose.

Certains s’interrogent sur la corruption des parties en présence.  La corruption est un mal endémique du Proche-Orient et de la versatilité locale. Certains occidentaux chrétiens y succombent en agissant comme des bulles offshore en Terre Sainte. On peut disserter sur les politiciens israéliens, sur les chefs et les représentants des Eglises (des mosquées ou d’autres structures).

Il reste un fait inédit en monde juif : un Etat hébreu existe et dit aux Eglises qu’elles doivent payer. Comme taxes de solidarité à la société, comme arriérés de sommes jamais acquittées. Comme devoir de respecter les citoyens de l’Etat d’Israël comme les résidents de terrains, de propriétés foncières que les Eglises ont parfois thésaurisés et préservés au long de siècles de soumission à l’islam.

L’argent touche à la vérité du débat théologique. Dans le cas présent, la confrontation est et sera directe.

Durant des siècles et jusqu’à la période nazie (bien au-delà dans certains pays et continents), les juifs furent soumis à l’infamie de la spoliation, de l’usure dégradante, à l’interdit de posséder des terres. Il y eut de nombreuses exceptions, toujours soumises à la fragilisation du statut judaïque dans les paysages christianisés.

La furie actuelle ne procède pas d’une question fiscale ou financière. Du moins, il est vain de limiter le propos à ce sujet. Elle touche à une dimension psychanalytique précise de ce que « l’argent et la valeur de la monnaie » signifient de notre rapport à chacun, à nos groupes humains et spirituel, surtout de notre relation à Dieu. C’est clairement affirmé dans le Shéma Yisraèl/שמע ישראל – Ecoute, Israël : « Aimer Dieu de tout son coeur, de toute âme et  « de toutes ses forces/בכל מאדך ». Ces derniers mots se réfèrent aux « capacités monétaires et économiques » et « meodecha/מאדך » (forces) est composé par les mêmes lettres que « Adam, l’homme tiré de Adamah, la terre ». Cela résume en quelques lettres la profondeur souvent problématique des relations humaines, physiques et terriennes.

Les problèmes économiques ont eu, au cours des siècles, des implications qui ne sont pas éclaircies sur ce qui s’est trop souvent manifesté dans l’antisémitisme chrétien. Rien ne permet d’affirmer qu’à l’époque de l’empire romain, puis des temps barbares, les juifs constituaient un groupe « affairiste ou mercantile ». Au début du christianisme, il était impossible de faire une claire distinction entre le statut  des juifs et des marchands de Syrie ou du Liban.

En Occident, la ségrégation envers les juifs a conduit, à la formation d’une véritable « classe sociale » qui, au long des siècles, ont servi comme marqueur pour séparer les juifs des chrétiens. Au temps de Philippe Auguste, « l’art de pressuriser les juifs était devenu une institution, une ressource régulière de la Royauté ». Philippe le Bel mena ainsi diverses opérations à la fois fiscale et spirituelle au détriment des juifs. C’est ainsi que Thomas d’Aquin s’était élevé contre les profits que les princes s’attribuaient par la confiscation des bien juifs.

La situation fut la même dans un Orient chrétien où le droit personnel restait peu assuré ou défendu selon les droits canonique et civil. Raphael Lemkin soulignait que ce fait a été très préjudiciable lors de la montée du nazisme en Europe centrale et orientale. Soixante-dix ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, il faut bien constater que les spoliations et les détournements de biens dont les juifs furent victimes montrent que le mépris conduit au projet d’expulsion, de persécution, d’avilissement puis d’extermination à partir de manoeuvres économiques. Cela aboutit à l’élimination physique des personnes.

En ce dimanche 25 février 2018, l’Eglise orthodoxe de Jérusalem a célébré, comme nous l’avons vu, le « triomphe de l’Orthodoxie en tant que foi authentique, droite et digne (glorieuse) ». Et elle agit effectivement dans ce sens : c’est un jour d’extrême certitude confessionnelle qui se prolonge par les Anathèmes. Ce jour-là, la communauté chrétienne orthodoxe rappelle le rétablissement du culte des icônes (en fait confirmée en 843) ; que les juifs ne doivent pas être reçus dans l’Eglise (article 8) ; et que « si les évêques usent de ruse et que le seigneur du lieu achète un bien aux clercs ou aux colons, l’achat sera frappé de nullité ».

L’Etat d’Israël ose, en ce moment et pour la première fois dans l’histoire contemporaine, rappeler que les biens financiers, fonciers appartiennent, par essence, au domaine mental et théologique de la foi. C’est vrai en ce qui concerne le lien indélébile d’un « leasing permanent » accordé au peuple juif, mémorial qui transcende le temps et l’espace.

Les Eglises sont conviées à considérer comment agir avec droiture et équité par rapport à des possessions qui leur sont confiées à titre temporaire.

Il n’est pas exclu que certains aient agi, en sous-main, pour que le Patriarche Théophilos garde sa charge et ne soit pas remplacer, du moins pour le moment et que ses collaborateurs continuent de l’assister.

Il y a un temps de pause. Ce temps suspendu devrait être bref.

« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ». (Matthieu 5, 20)