Une manifestation contre l’antisémitisme s’est tenue ce soir 19 février sur la place de la République à Paris à l’appel du parti socialiste et de LREM, auxquels se sont ralliés la plupart des grands partis — sauf le Rassemblement national qui n’avait pas été invité. On annonçait la présence du Premier ministre, d’une bonne partie du gouvernement, des anciens Présidents Hollande et Sarkozy… Mes amis les accusent de s’acheter une bonne conscience à peu de frais, et ils n’ont pas tort.

Mais puisque j’y suis allée, laissez-moi vous dire d’abord pourquoi. En ce qui me concerne, à force de répéter, depuis des années, que l’antisémitisme n’est pas le problème des Juifs mais celui des non-Juifs, j’aurais trouvé mal venu de rester chez moi.

Maintenant je peux vous dire aussi que vous n’avez rien raté.

La place de la République était noire de monde, ce qui n’est guère surprenant car il y a suffisamment de Juifs à Paris pour remplir cette place.

Je suis incapable de vous dire s’il y avait beaucoup d’amis d’Olivier Faure, le secrétaire national du PS qui avait tweeté en 2018 : « Au moment où Israël fête ‘Pessah’, commémoration du passage de la Mer rouge par le peuple juif sortant de l’esclavage, terrible effet de sens quand Tsahal tire sur la marche des Gazaouis. Chaque mort renforce les stratégies du pire ». Ou des partisans de Benoît Hamon : « Il faut reconnaître l’Etat de Palestine car, disait le candidat à la primaire début 2017,  il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat de banlieue et des quartiers, qui n’a pas compris la prise de position pro-israélienne de Hollande, et qui nous a quittés au moment de la guerre à Gaza ».

Quant à Mélenchon, rappelons simplement ses propos en décembre 2017 concernant « le Crif, une communauté particulièrement agressive ». On connaît aussi son tweet récent concernant Alain Finkielkraut, l’académicien agressé samedi dernier en marge d’une manifestation des gilets jaunes.

On peut aussi souligner que Jean-Pierre Mignard, avocat, ami intime de Hollande et Royal, membre du PS et soutien de Macron pendant la campagne, n’a pas été exclu du PS après le tweet ignoble accusant Finkielkraut d’avoir provoqué l’agression dont il avait été victime.

A vrai dire il y avait une autre manifestation à Ménilmontant rassemblant le NPA, le PIR et l’Union juive française pour la paix (UJFP),et tous les vrais militants qui ont la lutte contre le fascisme et le racisme chevillée au corps. Pas comme nous.

Mais des élus avec leur écharpe fendant la foule, c’est exceptionnel à une manifestation contre l’antisémitisme. Ils se dirigeaient, paraît-il, vers l’estrade. Ça a ajouté une note inhabituelle, qui a vite perdu son intérêt pendant qu’on battait le pavé parisien. Les gens ont dû patienter une bonne heure que les orateurs se décident à venir sur une estrade invisible à cause de la foule. Ils ont parlé dans un micro inaudible de sorte que les gens criaient « Micro ! Plus fort ! » etc.

Il y a eu deux prises de parole, une femme qui a parlé de l’antisémitisme et un homme que je n’ai pas compris du tout (mais les deux interventions ont eu le mérite d’être brèves).Une amie qui a suivi le reportage sur BFM à Montréal m’a dit ensuite qu’il s’agissait du rabbin Delphine Horvilleur et du chanteur Abd-El-Malik. Puis il y a eu la lecture à deux voix des paroles du Métèque, la chanson de Moustaki par des élèves du lycée Paul Valéry.

Les voix avaient la fraîcheur enfantine d’un spectacle pour les familles. Pourtant ce n’était pas une matinée enfantine mais une manifestation contre un poison qui tue la République par la racine. Pourquoi avoir fait venir cette foule place de la République ? Pour lui faire écouter le texte de Moustaki ? Lui  offrira-t-on l’aubade la prochaine fois ? Ou un concert ?

Nous ne voudrions pas d’un concert au nom de l’antisémitisme, même si notre brave Johnny était encore là.

Puis on a chanté la Marseillaise.

Noyés dans la foule, des gilets jaunes étaient venus faire leur promo « contre les racismes »… J’ai demandé pourquoi tous ces mots s’alignaient sur leur panneau sauf le mot « antisémitisme ». Un gilet jaune m’a répondu : « Ecoutez, on a quand même eu le courage de venir, on nous avait dit de ne pas le faire… et l’antisémitisme, c’est compris là–dedans, vous voyez : dans ‘tous les racismes’, l’homophobie, tout ça… » Mais il avait eu le « courage » de venir à une manifestation contre l’antisémitisme, il ne fallait donc pas lui en demander plus.

Sur quoi un beau brun qui nous avait écoutés m’a apostrophée, avec un rictus qui découvrait les dents sans être un sourire  : « Je suis sémite, moi, je suis pour moi… sémite, c’est descendant de Sem… je suis pour Sem, je suis pour Ismaël. » Je lui ai répondu que sémite désignait un groupe de langues et non des peuples. Il m’a tourné le dos pour faire corps avec ses potes.

Des gens avaient écouté notre échange (avec mes réponses faites d’une voix forte) et un couple m’a remerciée pour mes propos.

Mon erreur a été cependant de parler d’antisémitisme ce soir (mais c’était le thème de la soirée, n’est-ce pas) au lieu de dire simplement : « Alors parlons de la haine des Juifs ». En arabe le mot « antisémitisme » n’existe pas. On dit « la haine des juifs ».