Rappelez-vous les vieux temps, quand Skype n’avait pas encore été inventé. ICQ était la meilleure invention israélienne et mes parents qui n’avaient pas utilisé l’ordinateur à la maison parlaient avec moi une fois par semaine. Les appels depuis l’étranger étaient chers. I

ls permettent une mise à jour occasionnelle de comment est la vie, qui célèbre son anniversaire ce mois, pourquoi je n’appelle pas assez et quand sera la prochaine fois que je vais appeler.

Comme les appels étaient passés à partir d’un téléphone fixe sans caméra, il y avait plus de possibilités de faire comme si tout était OK, même si ma mère très facilement (deuxième mot de l’appel) remarquait si j’étais de bonne ou de mauvaise humeur. Mais alors, Skype est devenu une partie de notre vie et la communication a changé.

Au début mes chers parents ont refusé d’accepter tout progrès technologique qui exige l’utilisation d’un ordinateur. Plus tard, comme je leur ai expliqué cela va nous faire économiser une fortune, ils vont me parler plus souvent et je leur ai expliqué comment cela fonctionne, à la fin, ils se sont laissés convaincre.

Les premiers appels ont fini généralement quelques minutes plus tard, quand ils ont pressé tous les boutons faux ou que la réception était mauvaise (2007). Comme les jours passaient; la technologie s’améliorait et ma vie à l’étranger est devenue évidente, Skype est devenu un outil très utile de la communication de la famille Shloman, en particulier pour mon père, un retraité qui est tombé amoureux avec d’Internet. Ou comme je préfère l’appeler un accro (une qualité que j’ai hérité facilement).

Ce nouveau canal de communication fournissait beaucoup de moments heureux à la fois pour moi et pour mes parents et ma famille en Israël. La capacité de voir les uns les autres aide évidemment ceux que je ne vois que deux fois par an. Il était aussi beaucoup plus facile de partager ces défis, petits et grands d’un immigrant, en particulier en sachant qu’ils vont mieux me comprendre, parfois sans paroles. Se plaindre a du sens maintenant que les appels coûtent zéro et que je peux joindre mon visage à ma voix.

Je sais que parfois c’était un peu injuste, car ils ne pouvaient que m’envoyer un câlin virtuel, mais en même temps ils ont pris part dans ma vie quotidienne. Pourtant, j’ai oublié que deux ou plusieurs Israéliens en ligne commencent forcément à discuter de politique.

Surtout mon père et moi. Toujours très préoccupés par l’avenir de notre monde, mais pas toujours d’accord sur la façon dont il devrait être dirigé. Nous aimons tous les deux également avoir des échanges verbales nourris.

Mon père a été élevé dans une famille modeste de Tel Aviv qui est arrivée en Israël dans les années trente. Il est né 2 ans avant la déclaration d’indépendance; son premier souvenir est la guerre, les tirs sur Neve Tzedek où il a grandi. Élevé avec les valeurs de la droite de Zeev Jabotinsky, Beitar et Herout ; dans une maison dont les membres faisaient partie de la Haganah et d’autres qui se sont battus contre le mandat britannique.

Moi-même, j’ai grandi dans un environnement modeste, mais à l’aile gauche de Giv’atayim (ville, près de Tel Aviv) dans les années 70 et 80. J’étais une fille très active dans le mouvement de la jeunesse locale, mais pas très engagée politiquement. La politique était pour moi un mot d’adulte qui crée des conflits. J’étais le commentateur, le penseur, le militant de l’éducation mais jamais le décideur. Ma mère a toujours tenu les opinions qui suivaient les voix plus centrales ou plus gauchiste.

Je me souviens des discours sur l’écran noir et blanc d’une idole de mon père et le mien aussi Menachem Begin. Je me rappelle sa poignée de main historique avec le président Saadat. Je me souviens de mon père et sa fierté comme si c’était son propre père qui avait fait tout ça. La paix était une possibilité toujours, mais seulement cet homme fort avec les mains douces et la belle langue hébraïque aurait pu le faire.

Les années ont passé, dans les années 90, j’étais plus impliquée à l’Université de Tel Aviv dans la scène locale qui était très proche de l’ordre du jour d’Yitzhak Rabin. J’ai fini par découvrir que mon père et moi partagions de nombreux idéaux, beaucoup de qualités personnelles, et des défauts aussi… mais nous ne sommes pas d’accord quand nous parlons de la politique.

Je l’admire toujours pour sa capacité à parler avec tout le monde, que ce soit un prince ou un paysan, musulman ou juif, jeunes ou vieux. Mais mon père, au cours des années comme beaucoup de sa génération qui a construit l’Etat d’Israël,  était devenu de plus en plus a droite et son choix historique de Herout – Likud est devenu un défaut. Il dit souvent: je l’ai choisi parce que je ne pense pas qu’il y ait mieux.

J’ai essayé parfois de lui rappeler les idéaux et les valeurs que lui et ma mère ont transmis à mon frère et moi. Il m’a dit que j’ai grandi et j’ai gagné beaucoup plus de « Houzpa » et d’ailleurs que les dernières années, là-bas dans la diaspora, je ne comprends pas vraiment, ce qui se passe en Israël.

Nos conversations Skype au cours des dernières années sont très particulières, nous pouvons parler de tout, mais ….

La réalité très stressante à la fois en Israël et en France ce qui intègre un grand nombre de conversations qui ouvre avec la question: tout est ok? Suivie d’une longue conversation à propos de tout … Sauf …

A un certain moment de notre conversation l’angle politique devient inévitable et exige une opinion. Après environ une minute plus conviviale, je vois toujours ma mère apparaitre derrière la caméra, comme si elle sait qu’un médiateur devient utile à intervenir très bientôt.

Nous discutons des valeurs que nous partageons. Nous discutons de ce à quoi l’avenir pourrait ressembler. Mais ce n’est plus un dialogue enthousiaste mais une accusation de naïveté: la frustration et la colère. Ma mère le médiateur lorgnant dit avec sa voix réconfortante qu’elle ne comprend même pas pourquoi je me donne de la peine si je connais ses opinions. Elle tente de le consoler en lui expliquant que je suis loin de leur réalité et pour mettre fin à l’argument en disant que, en fait, nous sommes très semblables

Mais nous ne le sommes pas quand le sujet vient à la politique ….

Et donc, nous nous disputons avec elle à ce sujet; Et notre appel longue distance devient amusant. Pourtant, pas très utile pour la condition de notre monde.

Parfois, quand c’est une journée pleine d’événements, je sais que je devrais appeler mes parents et je vois mon père en ligne. J’attends l’appel. Je trouve une excuse pour appeler à partir de la ligne fixe. Je bloque mon papa sur Skype et je choisis de parler avec la voix et pas le visage. Comme mes émotions portent une image que je ne voudrais pas partager avec mes parents chaque fois qu’un acte de violence fait irruption dans notre réalité. Je partage plutôt les bonnes nouvelles sur Skype ou simplement des liens sur YouTube d’appels téléphoniques drôles : Hagashash HaHiver la chanson de téléphone.