La section que nous allons lire cette semaine est plus connue sous le nom de « la vache rousse ». Pour nombre de commentateurs, la vache rousse fait partie des commandements irrationnels de la Torah.

A ce sujet Rabbi Yo’Hanan faisait comprendre à ses disciples l’incapacité de l’homme à saisir les lois de la vache rousse : « Ce n’est ni le cadavre qui rend impur, ni les cendres de la vache qui purifient. Ces lois sont des décrets de Dieu, et nul n’a le droit de les mettre en question. » Ce qui fait dire au Rav Munk : « qu’en d’autres termes, la sagesse consiste avant tout à réaliser que l’incapacité de l’homme à comprendre la vérité ne remet pas cette vérité en cause. »

Cette section relate la mort de Myriam. Nous profiterons de cet événement pour analyser le rôle de la femme dans le judaïsme.

Tout d’abord revenons à la mort de Myriam.

Chap. 20, V 1 : « Les enfants d’Israël, toute l’assemblée, arrivèrent au désert de Tsin, au premier mois, et le peuple s’installa à Kadesh. Myriam mourut en ce lieu et y fut ensevelie. Il n’y avait pas d’eau pour l’assemblée et ils s’attroupèrent contre Moïse et Aaron. »

Nous sommes trente-huit ans après les événements rapportés dans les chapitres précédents.

Le Rav Feinstein nous enseigne que : « le manque d’eau qui suit le décès de Myriam indique que c’est par son mérite que le peuple a bénéficié de ce puits miraculeux qui l’a accompagné tout au long de ses pérégrinations et lui a fourni des réserves d’eau fraîche en abondance. »

Rachi commente à propos du manque d’eau : « Par là nous apprenons que, durant les quarante ans passés dans le désert, ils avaient eu l’usage du puits grâce au mérite de Myriam. »

Nous remarquons que la Torah ne dit pas que la communauté a pleuré la mort de Myriam comme elle le fait par la suite pour Moïse (Deutéronome 34, 8) ou, à la fin de cette section, pour Aaron (Bamidbar 20, 29). Pour Alchikh : « c’est précisément parce que la perte de Myriam n’a pas arraché de larmes à la communauté, laissant penser que la disparition de cette femme vertueuse la laissait indifférente, que la source d’eau qui l’alimente s’est tarie. »

Essayons maintenant de voir quelle est la place de la femme dans le judaïsme.

La cause des femmes a-t-elle évolué dans le judaïsme?

En moins d’un siècle, les femmes ont acquis en France des droits égaux à ceux de l’homme, notamment dans le monde du travail, au sein de la famille et sur le plan civique. Nous devons nous interroger si, comme dans la société, la cause des femmes a évolué dans le judaïsme.

Revenons au tout début de la Bible. Alors que les animaux ont été créés en nombre, l’homme puis la femme sont créés uniques. Cette affirmation signifie que l’humanité entière est contenue dans chacun de ces individus.

Le Talmud de Babylone, traité Sanhedrin 37-a nous apprend qu’ : « Adam a été créé unique, pour apprendre que tout celui qui détruit la vie d’une seule personne du peuple d’Israël, l’écriture considère qu’il a anéanti un monde entier et tout celui qui rétablit la vie d’une seule personne du peuple d’Israël, l’écriture considère qu’il rétablit un monde entier ; et pour la paix entre les créatures, pour qu’un homme ne dise pas à son voisin : mon père était plus grand que le tien ; et pour que les idolâtres n’affirment pas qu’il existe plusieurs divinités ! Et pour raconter la grandeur du Saint béni soit-Il : car lorsqu’un homme tape des pièces de monnaie avec un moule, c’est toujours la même pièce qui apparaît, par contre lorsque le Saint béni soit-Il, façonne les hommes avec le moule d’Adam, chaque créature est différente de l’autre. C’est pour cela que chacun a le devoir de se dire que le monde a été créé à son intention. »

Nous comprenons par ce texte que chaque descendant d’Adam est malgré sa différence une œuvre de Dieu. Nous ne connaissons aucun texte qui explique qu’il y a une hiérarchie entre les humains, et surtout pas de hiérarchie entre les hommes et les femmes.

Une femme a été reine d’Israël

Certains textes bibliques peuvent donner l’illusion d’une certaine misogynie. Prenons en exemple le Deutéronome chapitre 17 verset 15 : « Tu pourras te donner un Roi, celui dont l’Eternel ton Dieu, approuvera le choix : c’est un de tes frères que tu dois désigner pour un Roi ; tu n’auras pas le droit de te soumettre à un étranger, qui ne serait pas ton frère. »

Les sages du Talmud déduisent de ce verset l’obligation de nommer un roi et non une reine. En effet il est écrit : « c’est un de tes frères que tu dois désigner » et non « une de tes sœurs »

Comme moi, vous trouverez cette obligation injuste mais nos ancêtres ne l’ont pas toujours respectée. Ainsi, lorsque nous étudions la dynastie Asmonéenne, nous apprenons qu’après que le roi Alexandre mourut, sa femme Salomé Alexandra régna sur le peuple hébreu pendant près de dix ans.

Il est intéressant de lire ce que dit la page Internet « Chabad » sur cette reine : «  La reine Salomé Alexandra fut l’une des femmes les plus remarquables de notre histoire.

Ce fut une souveraine pleine de sagesse et de piété qui conforma ses actes aux commandements de la Torah. Elle renvoya du Sanhédrin les Saducéens (secte qui ne croyait pas à la tradition orale) et appela à leur place les plus grands érudits de ce temps avec, à leur tête, Rabbi Siméon ben Chata’h. Avec l’aide d’un autre sage, Rabbi Josué ben Gamla, elle mit au point et réalisa un plan grâce auquel chaque ville de la terre d’Israël fut dotée de bonnes écoles et de pieux maîtres qui enseignèrent la Torah aux jeunes enfants.

Salomé Alexandra était révérée comme peu de chefs le furent avant et après elle dans toute l’Histoire juive. Jérusalem redevint le grand centre spirituel qu’elle avait été dans le passé. Nos sages nous relatent que durant ces neuf heureuses années du règne de Salomé Alexandra, la pluie tomba seulement tous les soirs de vendredi. Il en résulta que les ouvriers agricoles et les paysans juifs ne perdirent jamais le travail ni le salaire d’un seul jour, et qu’aucun voyageur sur les routes ne souffrit du mauvais temps. »

Nous comprenons donc qu’une femme juive peut être reine de son peuple, et même une très bonne reine.

Les textes nous apprennent que sept femmes ont été prophétesses et que Déborah fut juge.

Il m’arrive comme vous tous de lire la presse juive comme le journal « Hamodia ». Pour ceux qui n’ont jamais lu ce journal, ce dernier a une particularité : les photos de femmes ne sont ni grimées ni floutées ; elles n’existent pas. Chose très curieuse au XXIe siècle.

Il y a peu de temps, certains orthodoxes de Londres ont voulu interdire à leur femme de conduire.

Lors des dernières élections en Israël, les femmes qui se présentaient n’ont pas eu droit à des affiches dans les quartiers orthodoxes.

Dans le dernier numéro d’Information Juive nous avons eu droit à un dossier : « La vie du consistoire : le président est une femme. » Ce dossier relate que près de dix femmes en France dirigent des communautés consistoriales ou associées, et qu’elles sont pionnières dans ce domaine. L’article nous apprend que ces « superwoman apportent un nouveau souffle et proposent des idées nouvelles. » Parle-t-on de Superman pour nos présidents ?

 La condition de la femme pose encore certaines difficultés dans la communauté 

À la question : « Avez-vous connu certaines difficultés pour asseoir votre crédibilité auprès des fidèles ? » Les réponses ne m’étonnent pas. Ainsi la présidente de la communauté d’Arcachon nous explique : « je ne peux pas passer sous silence que quelques hommes n’ont pas vu d’un très bon œil mon élection…. mon challenge a été de convaincre les hommes que les femmes peuvent être égales dans certains domaines communautaires. »

La présidente de la communauté de Vanves nous dit : « le plus dérangeant pour moi est de ne pas prendre la parole à la synagogue le shabbat ou lors d’événements heureux comme une bar-mitsva ou un mariage »

La présidente de la communauté de Cagnes-sur-Mer répond à la question : « quel bilan tirez-vous de votre présidence ? » « Après trois ans de présidence, le bilan reste positif mais assez mitigé. La communauté est très contente des actions et des projets que nous menons, cependant ma condition de femme pose encore certaines difficultés. »

La semaine dernière, nous avons vu que la racine du mot « Halacha » est « d’aller de l’avant ». Leibovitz parle d’un besoin de législation halachique nouvelle. Comme dans beaucoup d’autres domaines, la loi juive doit évoluer sur le sujet des femmes, comme pour le divorce par exemple.

En relisant cet article sur Myriam, les sept femmes prophétesses, Déborah la juge, la reine Salomé Alexandra ; je me rends compte que malheureusement nos « décisionnaires modernes » ne vont pas de l’avant, mais reculent.

Pour conclure, je vous demanderai de réfléchir au dicton suivant : « Nous avons les dirigeants que nous méritons. » Alors, à nous de faire que le judaïsme évolue.

Chabbat chalom à toutes et à tous