La France vient de fêter les 70 ans du débarquement en Provence. Ce fait d’arme n’aurait pu avoir lieu sans l’armée d’Afrique. L’apport massif d’hommes, issus de nos colonies et des départements français d’Afrique du Nord constituait cette armée qui s’illustra d’abord en Italie. Puis lors de ce débarquement sur les côtes du Sud de la France.

Elle apporta par son poids dans la guerre, la légitimité à De Gaulle et au gouvernement de la France Libre.Cet épisode, a été largement censuré durant la crise de l’indépendance algérienne et, tout au long du règne Gaulliste.

Cette amée d’Afrique avait un hymne de ralliement dont tous ses hommes étaient si fiers, il était interdit de diffusion et pratiquement d’écoute : LES AFRICAINS.

C’est nous les Africains qui revenons de loin.
Nous venons des colonies pour sauver la patrie.
Nous avons tout quitté parents gourbis famille.

Ces trois vers du couplet étaient intolérables à l’époque. Ils culpabilisaient l’abandon et le rejet des métropolitains envers ces hommes qui avaient rejoint la France Libre.

En incorporant 27 classes, soit les hommes de 19 à 45 ans mobilisables, cette armée d’Afrique était forte de 410.000 hommes, dont 170.000 pieds et une forte proportion de juifs sépharades.

Beaucoup étaient engagés volontaires et certains que j’ai connu, avaient triché sur leur jeune âge, pour s’enroler. Cette armée d’Afrique représente en 1944, les trois quarts des forces armées de la France libre.

Dans cette armée des unités se distingueront particulièrement par leurs faits d’armes et changeront le sort de batailles stratégiques. Ce fut le cas de la 3ème division d’infanterie algérienne qui aux côtés des goumiers marocains combattirent sur le front de Monte Cassino. Son 4ème régiment de tirailleurs Tunisiens perça la ligne Gustave et pris le Belvédère. Au prix de pertes terribles, près de la moitié de son effectif fut anéanti. Première percée significative après des mois de combats acharnés. Ils achevèrent le travail quelques semaines plus tard en faisant craquer la résistance allemande qui tenait les alliés en échec depuis des mois. Et ouvrirent ainsi la route de Rome.

Premier insigne du quatrième régiment de tirailleurs tunisiens

Premier insigne du quatrième régiment de tirailleurs tunisiens

Cet insigne fut changé à plusieurs reprises en voici les différents modèles :

2
3
4

Trois insignes sur quatre portent en évidence un Maguen David, qui en connaît-il la signification ? Le dernier a vu incorporé un éléphant et « Bin Thuan » ville où il s’illustra en Indochine. Rapatriée d’Italie, la 3ème DIA « Division d’Infanterie Algérienne » avec son 4ème RTT débarque en Provence.

Durant la campagne de France, une de ses compagnies s’illustrera dans les Hautes Vosges, relevant des éléments du 1er FFI du Doubs qui vient de prendre le col du Hohneck à 1360 mètres d’altitude. C’est l’hiver, la neige, le froid, cette position stratégique commande l’accès à la plaine d’Alsace.

Himmler lui-même ordonne aux Waffen SS de reprendre la position. La tempête de neige fait rage et la compagnie isolée ne peut recevoir de renfort. Elle tiendra au prix de lourdes pertes jusqu’à épuisement de toutes ses munitions.

Il fallu attendre des décennies pour que le monument dédié à ce fait d’armes soit érigé au sommet du col, grâce aux associations d’anciens combattants et aux élus locaux.

Monument commémoratif du 4ème RTT, au sommet Hohneck

Monument commémoratif du 4ème RTT, au sommet Hohneck

En Provence ce seront 260.000 hommes qui débarqueront :10% de français libres ralliés au général de Gaulle. 90% de l’Armée d’Afrique dont 52% étaient d’origine magrébine et 48% de pieds noirs de toute origine.

L’histoire est une chose, la mémoire une autre…. Il n’y eu pas que des soldats indigènes qui firent le sacrifice à la nation comme semble l’insinuer le président de la république…
Août 1962, j’habitais à l’époque Marseille nous étions, les pieds noirs remplaçaient sur les paquebots « Ville d’Alger, Ville d’Oran et les autres », les militaires qui partaient en Algérie. Eux arrivaient agars d’Algérie, perdus et désemparés. Traités comme des étrangers, la France les avait oublié, les marseillais et la Provence, peut être un peu moins.

Nous étions en vacance dans notre cabanon, à côté d’Aubagne. J’avais quinze ans. Un soir juste avant le crépuscule, une Simca chargée jusqu’au toit immatriculée 9A, s’arrête devant notre maison. Deux gars en sortent, ils cherchent une famille, ils ne se rappellent plus très bien les lieux, vu du haut d’un char, la perspective n’est pas la même. Oui cette famille de maraîchers est connue. Ma mère les désaltère et je sors mon cyclomoteur, je les précède vers la ferme. Ils s’arrêteront au début du chemin et continueront à pieds. Les maraîchers les apercevant arrivent au devant d’eux, ils se souviennent du char qui avait bivouaqué il y à 18 ans, chez eux… Ce deux vétérans n’ont pas eu besoin ce soir la, de chercher un hôtel. Dans leur débâcle, ils se sont sentis moins seuls…

Je ne peux que penser à la rancœur ressentie en 1962 par ces hommes qui avaient débarqué sous le feu des nazis et qui avaient vu tomber combien de leurs camarades de 1943 à mai 1945.
Combattant dans les neiges des Vosges, dans la plaine d’Alsace contre les unités d’élites de la Wehrmacht et des SS, libérant les derniers bastions occupés.Puis enfin, toujours en tête perçant la ligne Siegfried à Pforzheim, ouvrant l’invasion de l’Allemagne du sud aux forces alliées.

Hommage leur soit rendu !