Nous avons eu droit à un étonnant discours du président de la République dont on ne sait pas s’il venait se donner un satisfecit pour le quinquennat qui s’achève ou prendre les devants, avec héroïsme et emphase « républicaine », pour préparer l’opinion au choc du prochain attentat.

Le timing était mal choisi pour discourir de la « doctrine » sécuritaire de la France, au lendemain d’une attaque terroriste perpétrée jusque dans un camp de « déradicalisation » et de la découverte de voitures aux bonbonnes de gaz à Paris et dans plusieurs villes de France (dont Marseille, aux abords d’une synagogue ), deux événements qui font douter de la justesse de la doctrine hollandaise de la sécurité qu’il a définie par le plus possible d' »état de droit » et le moins possible d' »état d’exception » .

En l’écoutant je me disais qu’à la lumière de notre expérience juive depuis plus de 15 ans nous ne pouvons pas lui donner quittus de son action, ni à celle de l’Etat en général, quand bien même il y a eu un sursaut sécuritaire depuis « l’hyper-cacher » (quoique « grâce à » Charlie Hebdo).

Nous n’avons pas vu l’état de droit quand le gouvernement Jospin avait imposé le silence sur des centaines d’agressions antisémites « pour ne pas jeter de l’huile sur le feu », et quand, jusqu’à l’hyper-cacher, l’antisémitisme n’a pas été reconnu pour ce qu’il était. Et où était l’état de droit quand les lieux juifs se virent entourer de barrières alors que la vie continuait normalement ailleurs dans la société? C’est bien plutôt un état d’exception que la communauté juive a vécu, bien avant toute la société.

Quant à la cohésion nationale, dont le chef de l’état s’est prévalu, nous ne l’avons pas vue à l’œuvre toutes ces années ou, finalement, l’appel à l’aide qui avait émané de la communauté juive a été reçu par les médias et l’opinion publique comme un geste communautariste. Mais, plus généralement, où est l’état de droit » s’il revient à laisser le champ libre et toute latitude d’action aux 20 000 fichés « S » et à miner le droit à la sécurité des citoyens?

Ce qu’il y avait cependant de plus étonnant dans ce discours, c’est le contraste entre l’invocation grandiloquente de la République et de la laïcité et le fait de parler, comme il l’avait fait à Tunis, en théologien de l’islam, affirmant en son nom sa compatibilité avec la démocratie.

Or c’est justement en vertu de cette affirmation dogmatique en vue de promouvoir l’innocence de l’islam, que, pendant 15 ans, la réalité de la situation des Juifs, puis de toute la société n’a pas été reconnue, et dès le départ avec le gouvernement Jospin, un dogme finalement catastrophique pour les musulmans car il a empêche de distinguer parmi eux les raisins de l’ivraie et induit un puissant amalgame implicite.

Une énième occurence de l’occultation de faits vient de se produire avec éclat: les médias n’ont pas soufflé mot sur la source – les « quartiers », « les jeunes » – des agressions racistes dont les Français originaires de pays asiatiques sont victimes à Paris, malgré la manifestation massive qu’ils ont reproduite dans un black out total des responsables de ce nouveau phénomène de racisme. Les Chinois ont eu de la chance, cependant. On ne les a pas accusés comme les Juifs de « tensions inter-communautaires » pour masquer l’origine des agressions… Au contraire, leur sobriété a été vantée.

Tenir ce discours, 15 ans après et au vu de la guerre planétaire lancée par l’islamisme, est profondément inquiétant. Force est de constater qu’aucune conclusion sérieuse n’a été tirée des événements par le pouvoir socialiste. La compassion et la commémoration ne sont pas une politique. Les mesures sécuritaires ne sont que cautère sur jambe de bois.

Le président de la République n’a fait que répéter la langue de bois du système médiatico-politique devant un public acquis. La conclusion à tirer pour la sécurité à venir de la communauté juive est sévère.

Il apparaît de surcroît que le Hollande de 2016 ignore, la façon dont les religions ont été intégrées dans la République. Ce n’est pas la question de la laïcité, de l’état de droit qui est posée en premier mais celle de la souveraineté nationale. Ce n’est pas un gouvernement des Juges qui a intégré la religion mais la nation sous la coercition impérative de de l’Etat.

*A partir d’une chronique sur Radio J le vendredi 9 septembre 2016