Certains penseurs ont remis en question l’histoire en tant que science du fait que la vérité objective est difficilement atteignable. La Bible propose une vision différente, morale, de l’histoire.

L’histoire

L’histoire factuelle se base sur des sources narratives ou des sources officielles. Il est vrai que les moyens technologiques dont nous disposons aujourd’hui mettent les sources historiques et les archives rares à la disposition du grand public. Or, les sources officielles émanent de chroniqueurs au service du souverain et peuvent être teintées d’une vision propagandiste, nationale ou même chauvine. Les événements sont objectifs.

Leur narration est subjective. Pensons aux manuels pédagogiques qui présentent une histoire nationale pour en faire un mythe de la morale nationale. En effet, les historiens eux-mêmes peuvent s’investir dans leur travail et faire une lecture idéologique de l’histoire.

L’historien

Ceci nous amène à la motivation de l’historien : l’un cherchera à glorifier un passé, ou chanter la nostalgie d’une grandeur passée ; l’autre visera à comprendre le mécanisme du devenir de l’humanité et en tirer des leçons pour l’édification du monde présent. Pour éviter des guerres par exemple.

Un historien développe une démarche intellectuelle qui vise à embrasser la structure interne des données historiques. Sa compréhension historique extrapole sa compréhension qui relie dans la vie courante l’expression et l’intention d’une conduite humaine.

Comment définir la fonction de l’historien ? Il incombe à ce dernier de recenser les sources et les faits, de réduire leurs contradictions et d’élaborer des hypothèses pour reconstituer les chaînons manquants. De choisir des faits marquants de l’histoire politique, militaire, économique et sociale selon des critères qui expliqueront l’enchaînement des évènements et les grandes lignes du devenir humain dans une relation cause-conséquence; d’établir la chronologie ; de s’interroger sur les motivations du narrateur, du chroniqueur ou de l’historien pour bien délimiter les données factuelles de leur interprétation et comprendre le mouvement d’ensemble des évènements.

L’orientaliste Bernard Lewis a stipulé : « L’historien devrait aspirer à atteindre le plus grand degré d’objectivité possible… Nul ne peut être entièrement détaché des évènements de son temps. L’érudit ne cédera pas à ses préjugés. Il les reconnaît, les contrôle, les permet et réduit leur effet à un minimum par un processus d’autodiscipline intellectuelle.»

L’évolution de l’histoire

Comment interpréter l’évolution de l’histoire ? L’histoire ne peut être considérée comme un système de propositions mathématiquement démontrées, car la perspective de l’historien varie selon l’approche qu’il privilégie.

Les découvertes scientifiques envahissant de plus en plus notre quotidien évoquent la vision d’Auguste Comte pour qui il y a évolution de l’âge théologique, à l’âge métaphysique et de l’âge métaphysique à l’âge scientifique. La première étape aurait fait intervenir des agents surnaturels, les dieux, pour expliquer les causes premières. La seconde est une phase transitionnelle.

La dernière se désintéresse de causes et des finalités. Elle ne cherche qu’à mettre la science au service de la découverte des lois et des faits de la nature dans un but utilitariste. Or, la vision scientiste et technique de la réalité ne rétrécit-elle pas l’essence de l’être ? Cette vision mènerait à l’assomption que l’univers et son créateur obéissent à une réalité ordonnée et mathématique. Elle évacuerait sans l’expliquer le vécu religieux et l’expérience mystique.

Précisons que toutes les doctrines historiques se veulent universelles : elles tentent de déduire un ensemble unique de règles générales qui s’appliquent à toutes les sociétés, à toutes les situations et à toutes les époques. Cette perspective structurelle se veut comprendre la totalité des mouvements d’ensemble qui marquent l’histoire. Mais dans un sens, l’histoire est le royaume de l’inexact, combinant l’événementiel et le structurel de moult et une façons. L’historien s’évertue de chercher des relations entre une unité de sens systématique et des évènements singuliers.

Or, il serait plus exact d’affirmer qu’il y a des éléments de généralisation dans chacune des doctrines historiques et que ces dernières peuvent dépendre de contextes sociohistoriques particuliers. Le marxisme a été possible dans des conditions historiques particulières. Les prédictions de l’autodestruction du capitalisme de Marx ne se sont jamais réalisées.

L’historien Arnold Toynbee a eu une connaissance encyclopédique de l’histoire et a englobé un grand nombre de civilisations dans sa perspective de l’histoire, soit celle d’un processus de progrès et de dégradation. En effet, les phases d’ascendance, d’apogée et de déclin se retrouvent dans bien des civilisations. Mais il n’a jamais pu expliquer dans ses théories la survivance du peuple juif.

Un sens à l’histoire

La question essentielle est : y a-t-il un sens à l’histoire ? C’est là que la Bible propose une lecture « morale » de l’histoire.

La tradition biblico-prophétique de la Bible est d’engager un discours de vérité crue et sans ambages au pouvoir. Le message biblique est centré sur la morale à retirer des leçons de l’Histoire ; la précision de la relation événementielle demeure un aspect secondaire.

Par exemple, dans le cadre d’une coalition anti-assyrienne en 853 avant l’ère courante, le roi d’Israël Achab a participé à l’une des plus grandes batailles de chariots jamais vue auparavant dans l’Antiquité. Par contre, le fait que ce même roi ait voulu déposséder Naboth de sa vigne fait l’objet d’un long chapitre.

Clio, muse de l’Histoire dans la mythologie grecque, était représentée tenant en ses mains une trompette et un livre ; elle symbolisait une vision de l’histoire glorifiante des hauts faits. Tel n’est pas le cas pour le narratif biblique qui se réverbère entre le verbatim et l’imaginaire entre le factuel, la légende et le mythe.

Il met en avant une dialectique morale de l’histoire en corrélant les revers de la nation à sa moralité et meuble le chemin de rebondissements qui donnent un sens aux évènements. En dénouement, la Bible ouvre des portes d’espérance, fussent-elles lointaines.

L’historien aura grande difficulté à comprendre comment l’histoire biblique continue de retentir, de répercuter et de réverbérer les âmes et générer autant de commentaires au fil des générations. Il serait peut-être opportun d’étudier l’histoire de l’humanité sous un autre angle, soit celui d’une succession d’entrechocs de consciences personnelles et collectives.

Nous sommes témoins de l’évolution d’un psychisme collectif nourri par les moyens de communications du village global que devient la terre. Le conscient et l’inconscient de tout un chacun se débattent avec une multitude d’informations truffées d’assertions, de propagande, de cynisme, de partialité, de contradictions desquels il incombe de séparer le grain de l’ivraie. Peut-être en sommes-nous aux premiers pas sur la voie d’une conscience à l’échelle planétaire.