Yuval Harari est professeur d’Histoire à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il a récemment écrit « Précis de l’Histoire Humaine », et « Histoire de Demain ». Ces ouvrages sont remarquables, parce que bien que reposant sur une remarquable érudition multidisciplinaire, ils sont abordables pour quiconque s’intéresse au passé ou à l’avenir de l’espèce humaine.

Ces ouvrages n’existent pas en traduction en française, mais l’on doit espérer que cela ne tardera pas. Ci-dessous quelques extraits que j’ai trouvé utile de traduire de l’hébreu.

La Religion de l’Information

La valeur suprême de la Religion de l’Information est le flux de l’information. Si la vie n’est qu’un flux d’information, et si nous trouvons qu’il est bon de prolonger la vie, de la promouvoir dans le monde entier et de lui donner de nouvelles dimensions, alors nous devons stimuler l’extension, la dissémination et le flux de l’information.

L’Homo-Data

La vertu première imposée à l’Homo-Data est d’optimiser le flux de l’information en se connectant à un maximum de réseaux, de consommer et de générer le plus d’information possible, ceci le plus rapidement possible. Tout comme les autres religions qui réussissent, la Religion de l’Information est missionnaire. Par conséquent la deuxième vertu consiste à se connecter, et aussi à engager le reste du monde à se connecter, y compris ceux qui ne le veulent pas. Par « reste du monde » l’on n’entend pas seulement les êtres humains, mais toute chose vivante ou inerte. Non seulement mon ordinateur et mon corps doivent être branchés, mais aussi ma voiture, ma machine à laver, mon frigo, mes lampes, mes robinets, mes vaches, ma volaille, et les arbres de la jungle. Tout doit être relié à l’Internet-de-toute-chose, amasser et diffuser de l’information vers les autres choses.

Le frigo surveillera la quantité de tomates et de concombres et commandera des produits frais quand le tiroir à légumes sera vide. Les lampes communiqueront la quantité d’énergie dont elles ont besoin et s’éteindront quand il le faudra. Les arbres communiqueront le taux d’oxygène, l’humidité et la pollution de l’air ambiant. Il ne faudra négliger aucun endroit ni aucun objet au monde susceptible de recevoir ou de donner de l’information.

Il est important de ne pas confondre entre cette nouvelle valeur que constitue la « liberté de l’information » et la désormais désuète « liberté d’expression ». La liberté d’expression est octroyée à l’homme et va de pair avec les valeurs de droit à la vie privée, à l’individualisme et à l’autonomie. Elle est basée sur le principe que chaque homme dispose d’un espace intérieur absolument libre, source de l’autorité et du sens du monde. L’on peut penser et ressentir ce que l’on veut sans craindre de sanction. De plus l’on peut exprimer ses pensées et ses sentiments parce que c’est sur cette base qu’est défini ce qui est bon, ce qui est beau et ce qui est acceptable. Mais la liberté d’expression inclut aussi le droit de ne partager ses pensées ou ses sentiments avec personne. Les autres ont pour leur part le devoir de respecter notre intimité et de s’abstenir de chercher à savoir ce qui s’y passe.

Par contre, la « liberté de l’information » a été octroyée à l’information elle-même, et non pas à l’homme. Elle est en opposition radicale aux idéaux de la vie privée, de l’individualisme et de l’autonomie. La Religion de l’Information est que c’est l’information qui doit être libre, et non pas l’homme. Elle n’aime pas que l’on s’enferme pour écrire son journal intime et qu’on ne laisse personne lorgner vers lui. Elle exige de partager l’information et de ne rien dissimuler. Son slogan est « l’information veut la liberté » (Congrès des  » Hackers Réunis » en Californie en 1984).