Selon la tradition juive (et probablement aussi l’Histoire), les Grecs, maîtres de ce qui n’était pas encore la Palestine, introduisirent dans le Temple de Jérusalem une statue de Zeus.

Quelques années plus tard, à l’occasion d’une révolte menée par Mattathiaou puis par ses fils Juda Maccabi, Jonathan et Simon, le Temple est repris, purifié, et le chandelier rallumé.

La fête de Hanouccah, qui est célébrée chaque année par les Juifs au mois de décembre commémore cet épisode historique.

Indépendamment de l’allusion mystique évoquée par le nom qu’on lui donne (Fête des Lumières), sa signification historique, politique, culturelle est évidente.

C’est une victoire d’un peuple contre un conquérant qui prétend lui imposer ses valeurs.

En détruisant les idoles, Abraham à rendu impossible tout retour en arrière.

Cependant, en criant victoire, les Juifs ont sous-estimé la puissance de leur adversaire.

La statue dans le Temple n’était que la  métaphore d’une infiltration insidieuse,  bien plus redoutable, bien plus efficace, dans la langue et dans la pensée.

Si la nuque du peuple juif est souvent taxée de roide c’est bien sur un point : aucune culture, aucune langue, aucune civilisation n’a pu le détacher de la Torah.

Et dans nos communautés elle est bien présente, dans toutes les synagogues, dans les livres, intacte, identique, dans l’original hébreu, souvent accompagnée de la traduction française, celle qui commence par « Au commencement Dieu créa… »

Toute la victoire des Grecs, toute l’aliénation culturelle des Juifs de langue française se trouve dans ces quelques mots.

Cette communauté est représentée (pour ce qui est des questions religieuses) par une institution créée par Napoléon, le Consistoire, et par un homme, élu pour 7 ans, le Grand Rabbin de France.

En 1899 paraît la Bible du Rabbinat, traduction française à partir du texte hébreu.

Le 6 juin 1899, Zadoc KAHN, Grand Rabbin, écrivait ceci :

« … moins bien partagés que les fidèles des autres cultes ou que nos coreligionnaires des contrées voisines, nous n’avions pas à notre disposition une Bible française… »

Etrangement, il ne dit pas l’essentiel, car il existait déjà un nombre impressionnant de versions de ce texte.

Ce qu’il sous-entend c’est qu’il n’existait pas de Bible française juive.

Ce qui fait de cette Bible un événement historique comparable à la première traduction grecque par les Septante c’est qu’elle est la première écrite par des rabbins francophones, par des spécialistes français de la langue hébraïque.

En fait, ce n’est qu’en 1966, avec la publication de ce livre en format poche par la Librairie Colbo que le public a eu accès à un texte qui leur transmettait une façon juive de raconter les histoires qu’ils avaient lues dans la Bible de Segond.

Si on prend le premier verset, on voit que les différences ne sont pas très importantes, on retrouve, comme dans la quasi-totalité des traductions, les mots « au commencement, ou au début, créa ou avait créé, le ciel, ou les cieux, et la terre ».

La Bible commence par la Genèse, par la création du monde, et, pour ceux qui voudraient connaître le premier mot qui a été traduit dans toutes les langues de la même façon, l’hébreu le prononce « Bereshit ».

bereshit bara elohim et hashamayim veet haarets.

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

C’est ainsi que commençaient toutes les Bibles, avant la version de Chouraqui.

Il nous faut ici ouvrir une parenthèse.

Il n’est pas question d’ouvrir un débat théologique, de s’embourber dans le marécage du religieux, de poser la question du langage et de la pensée, du mot et de la chose, de disserter sur la fonction du signifiant ou de la similitude entre une langue et un programme informatique.

Que Dieu existe ou non, qu’il soit miséricordieux ou cruel, qu’il se trouve dans une mosquée, dans une église ou au ciel n’a rien à voir avec notre démarche.

Parenthèse fermée.

Toujours dans sa préface à cette première édition, Zadoc Kahn ajoutait  :

 » Notre seule ambition est de reproduire aussi fidèlement et clairement que possible le texte original, tel que la tradition nous l’a conservé à travers les siècles. »

Dans un grand nombre de cas, cette fidélité n’a pas été au rendez-vous. Mais plutôt que de repérer toutes les trahisons du texte, nous avons focalisé notre attention sur la traduction des  noms propres.

Cette difficulté a été évoquée dans cette même préface  :

« Pour ce qui est de la transcription des noms propres de personnes ou de localités, nous avons adopté les règles suivantes : ne rien changer aux noms devenus populaires et ayant acquis droit de bourgeoisie dans la langue française. »

C’est à dire que Moshé sera appelé Moïse dans le texte français.

Passe encore ! On s’arrange bien avec la transformation de London en Londres.

Mais comment le mot Elohim devient-il Dieu ?

Si la tradition juive nous enseigne que la culture grecque a voulu nous imposer le culte de Zeus, si nous célébrons cette victoire sur l’oppresseur, sur l’idolâtrie, comment peut-on ne pas se poser la question de l’identité du mot « Dieu » ?

Ce que nous faisons remarquer, et nous n’avons cessé d’interpeller le Rabbinat à ce sujet, c’est que, même si la survie impose des compromis, il y a une limite en ce qui concerne le Nom.

On ne peut pas à la fois se dire rabbin et enseigner que Jupiter a donné la Torah à Moïse.

Et l’illustration immédiate, évidente de ce « bug » de la pensée, c’est la réponse qui vient naturellement :

« Nous n’avons jamais dit une chose pareille, comment le pourrions-nous ? Nous sommes vaccinés depuis des millénaires contre de pareilles inepties, Dieu n’a rien à voir avec Jupiter ».

Cette altération de la logique s’accompagne d’une occultation dans la perception, même visuelle.

Nous pouvons voir que le grec ancien utilisait ce mot pour désigner Zeus sans que rien ne se passe dans notre prise de conscience : nous n’avons rien vu.

Dans les cas où nous percevons une troublante identité dans ces mots, il se produit alors ce qu’on appelle en psychanalyse un déni de la réalité.

« Certes, Dieu, Dios, Dio, Deus, sont bel et bien des formes de Zeus, mais l’Être que nous désignons ainsi est celui qui créa Adam et Eve, qui parla à Abraham et qui nous délivra de l’esclavage égyptien. »

Et l’adoption de ce nom pour nommer le Nom (Hashem) va très loin puisqu’il est sacralisé au point que sur la page d’accueil du site de Gilles Berheim, Grand Rabbin de France, on lit ceci  :

« D. offre le pouvoir de donner, pas de prendre. »

Les dix commandements interdisent d’utiliser le Nom sans précaution, et pour se mettre à l’abri de cette terrible transgression, on n’écrit pas Dieu en entier.

Alors, de même que tout se résume à ce seul mot, ce que nous demandons  au Rabbinat est simple et bref.

Est-ce que Dieu et Zeus sont un seul et même mot ?

Comme Londres et London ?

Peut-on traduire Elohim par Jupiter ?

Il n’est pas possible aux représentants du judaïsme d’échapper à cette question que nous posons publiquement depuis plusieurs années. Il peuvent continuer à se taire, mais leur silence pèsera lourd lorsque la vague les atteindra.

Vous trouverez sur le site Thorapeutique.com des documents qui permettent d’avoir une vision plus complète de ce problème qui ne concerne pas seulement les Juifs.