Héros israéliens d’hier et d’aujourd’hui : le colonel John Henry Patterson, parrain de Yoni Netanyahu

Il y a quarante ans, le 4 juillet 1976, quatre avions Hercules C-130 de l’armée de l’air israélienne décollaient secrètement d’Israël et atterrissaient sur l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, où un avion Airbus d’Air France avait été détourné quelques jours plus tôt par des terroristes palestiniens. L’opération Entebbe venait de commencer.

Au cours du raid mené par une centaine de soldats appartenant à plusieurs unités d’élites de Tsahal, 100 otages furent libérés et 3 autres furent malheureusement tués, tandis que le commandant de l’unité Sayeret Matkal, Yonathan (Yoni) Netanyahu, était tué par les terroristes durant l’assaut.

Si tout le monde connaît le nom de Yoni, le héros d’Entebbe, peu de gens savent qu’il porte son prénom en souvenir d’un autre héros, le colonel John Henry Patterson, grand soldat et ami du peuple juif dont le nom est largement méconnu aujourd’hui. Ami personnel du professeur Bentsion Netanyahu et de son épouse, il fut le parrain de leur fils aîné, auquel ses parents donnèrent le prénom de Yonathan en son honneur. Dans sa belle autobiographie, que j’ai eu le plaisir de traduire en français*, le dirigeant sioniste Vladimir Zeev Jabotinsky dresse le portrait suivant du colonel Patterson :

“Il était né à Dublin, mais était protestant et ne se considérait pas comme Irlandais au sens national… C’était un homme de grande taille, mince, élancé, aux yeux intelligents et rieurs et je compris immédiatement son accent anglais, la “magie irlandaise” et avec cela, une qualité caractéristique d’un protestant fils de protestants : ce chrétien se sentait chez lui dans le monde de la Bible hébraïque. Ehoud et Ifta’h, Gideon et Shimshon, David et Avner – à ses yeux étaient vivants, ils étaient des amis personnels, presque ses camarades et ses voisins du club de cavalerie de la rue Piccadilly. Je m’en réjouis, l’illusion biblique permet parfois de masquer l’absence de beauté de l’existence galoutique…”

C’est cet amour de la Bible et ce sionisme chrétien qui poussèrent Patterson à s’engager dans l’aventure de la Légion juive**, dont il fut le commandant, et en faveur de la renaissance nationale du peuple Juif sur sa terre.

Avant même la création de la Légion juive, première armée à se battre sous un drapeau juif à l’époque moderne, le colonel Patterson avait participé à la création du corps des Muletiers de Sion (ZMC), qui s’illustra à Galipolli, lors de la fameuse bataille des Dardanelles, comme le relate Jabotinsky. Le territoire occupé par les Anglais représentait en tout et pour tout quelques kilomètres carrés seulement; du sommet de l’Achi-Baba, les canons turcs bombardaient de leurs obus tout ce territoire, des tranchées les plus avancées jusqu’au camp de transport juif. C’est sous leur feu que les hommes du bataillon juif devaient conduire chaque soir leurs mules, chargées de munitions, de pain et de conserves, vers les tranchées avancées, aller et retour… Plusieurs tombes sur le mont des Oliviers rappellent la bravoure de ces soldats juifs.

Au-delà des faits d’armes glorieux du ZMC et du 38e bataillon de fusiliers royaux, qui se battit sur le front d’Eretz-Israël, la Légion juive et ses prémisses jouèrent un rôle important dans l’histoire du sionisme, en donnant au mouvement national juif la dimension militaire qui lui faisait défaut auparavant et en lui permettant de tenir pleinement sa place sur la scène internationale, lors des tractations et accords diplomatiques qui suivirent la Première Guerre mondiale.

La mémoire du colonel Patterson s’est perpétuée à travers l’héroïsme de son filleul, Yoni Netanyahu, qui trouva la mort à Entebbe, dans cette même région de l’Afrique où son parrain avait acquis sa célébrité de chasseur de lions. Il y a un an, en mars 2015, une cérémonie émouvante a eu lieu au moshav Avihail, où ont été rapatriés les restes du colonel Patterson, conformément à ses dernières volontés. “Dans toute l’histoire juive, nous n’avons jamais eu un ami chrétien si compréhensif et si dévoué”, a dit à son sujet le Premier ministre Benjamin Netanyahu, frère de Yoni.

Pierre Lurçat

* V.Z. Jabotinsky, Histoire de ma vie, Les provinciales 2011.

** Voir mon article, “La légion juive, première armée juive depuis l’Antiquité,