Au cours de cette année, j’ai donné un cycle de conférences en français dans le cadre du site « orthodoxie.com » auquel je collabore depuis plusieurs années à des titres divers.

La situation du christianisme au sein de la société israélienne est difficile à détailler. Il y aurait trop de pudeurs cachées, des occasions pour les communautés religieuses anciennes d’essayer de prendre les bifurcations nécessaires. Le Proche-Orient est en feu et des déplacements frontaliers devraient bientôt être remodelés dans le courant d’années à venir turbulentes, voire des décennies.

Dans l’ordre, les Eglises des premiers temps sont : les Byzantins grecs orthodoxes, les Arméniens, les Abyssins ou Ethiopiens, les Coptes, les Nestoriens ou Assyriens, les Jacobites ou Syro-orthodoxes, celles qui furent présents aux origines dans le Saint-Sépulcre, même si l’on oublie trop vite les Géorgiens.

Il y a aussi les communautés plus récentes, parmi lesquelles il faut compter les Catholiques venus d’Occident, surtout au moment des croisades et dont l’Orient garde une mémoire particulièrement douloureuse. En Juillet 1099, ils saccagèrent Jérusalem, assassinant le clergé et les fidèles orientaux qui avaient survécus à déjà bien des persécutions causées par les Perses et l’Islam.

En 1999, des groupes uniquement composés de gens de bonne volonté, souvent un peu exaltés, se sont présentés à Jérusalem et je les ai vus être reçu par le défunt Patriarche Diodoros, grec-orthodoxe, primus inter pares de toutes les Eglises présentes en Terre Sainte.

D’autres tentèrent la même démarche – puisqu’ils étaient parvenus à Jérusalem – auprès de certains Juifs et ils s’en furent ainsi demander pardon pour des siècles de haine, de mépris, de meurtres envers le peuple juif. Ils furent reçus avec une amabilité de circonstance, en particulier par Manitou (Rav Yehudah Léon Askénazi).

A cela, viennent s’ajouter d’importants de communautés orthodoxes et catholiques qui se sont installées en Terre Sainte au gré des péripéties historique, des drames et du caractère versatiles des conquêtes coloniales. C’est ainsi que la Reine Victoria, reine de Grande-Bretagne et Impératrice des Indes était la cousine du Kaiser Wilhelm II d’Allemagne.

Il fut si simple, en famille et autour d’un tea-time, de décider que les églises anglicane seraient dans le nord, en Galilée tandis que les églises luthériennes (majoritairement allemandes à l’époque) seraient dans le sud, en particulier en Judée-Samarie, donc dans la Cis-Jordanie ou West Bank actuel.

Tout cela a créé des espaces insolites que les puissances coloniales ont du régler depuis cent ans et la chute de l’empire ottoman, la révolution bolchévique, roumaine, grecque, albanaise, serbe.

La redistribution des cartes entre l’Arabie sinaïtique et celle de Jordanie. Le monde chrétien a du mal, localement, à trouver ses repères dans des sociétés nouvelles : l’Etat d’Israël et l’émergence à tâtons d’un projet palestinien raisonnable.

Les Eglises orthodoxes ont gardé un prestige qui s’effrite au fil du temps. Les monastères qui furent à l’origine des typika/rituels et ordres des célébrations chrétiennes (depuis l’Egypte jusqu’à la Plaine de Ninive araméisante et sous domination perse puis mongole en passant par Mar Sabbas dans le désert de Judée), étaient naturellement liés à l’inspiration de Saint Benoît de Nursa qui a initié le monachisme occidental et le principe, culturel et fervent par la prière, d’allier la prière au travail : ora et labora qui est en consonance avec la réalité hébraïque du mot « avodah/עבודה = tant ‘travail’ que ‘prière ».

La modernité a aussi apporté des centaines de groupes dits protestants qui sont très diversifiés et le Saint Sepulcre offre véritablement un paysage de l’universalité de cris vers le Très-Haut qui font écho au Mur occidental du Temple ou Kotel\כותל.

L’arrivée massive de olim venus du monde entier, vraiment de tous pays comme immigrants ou « rapatriés/рапатрианты » (expression russe), de toutes langues a créé un mouvement de convergence vers une nouvelle identité, soutenue par le renouveau de l’hébreu, dans un pays qui est en constante ebullition innovante.

Cela fait plus de vingt ans que je vis au patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem et suis en charge des fidèles orthodoxes qui résident ou sont citoyens de l’Etat d’Israël (je couvre tout le territoire de la Galilée au Neguev-Darom).

Certains sont là depuis longtemps, d’autres ne font qu’arriver. D’aucuns quittent le pays, nombreux sont ceux qui y reviennent au bout de quelques années.

Les péripéties actuelles du patriarcat orthodoxe de Jérusalem (qui est grec en ce qu’il est hellénistique par sa culture ancienne et internationale et dépend de la République de Grèce) ne sont pas l’apanage de cette seule communauté religieuse.

Il y a des fragilités qui se font jour. Des monastères situés sous pavillons européens, de divers pays – dont la France, mais aussi l’Italie, l’Espagne, le Saint-Siège sont confrontés à des problèmes de gestion sinon de survie dans des territoires vastes où ne vivent que peu de religieux. Tous ont du mal à s’adapter à la réalité sinon la permanence de l’Etat hébreu.

On cherche les firmans (documents attestant la propriété des lieux et leurs superficies). Pour certaines communautés, c’est un casse-tête de cadastre à la turque quand ils ne se heurtent pas à l’existence de versions linguistiques divergeantes de ces firmans indispensable pour s’accorder avec les Israéliens.

Comme cette année, on entend soudain que le patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem aurait vendu d’importants lots de propriétés à de mystérieux entrepreneurs…

C’est le feuilleton de l’été, la même chose chaque année, récurrent comme un soap ou un sitcom. Et le Patriarche Theophilos de Jérusalem est opportunément, en ce moment, en train de participer à un symposium sur la « responsabilité des leaders religieux à rebâtir le Moyen-Orient ».

Les choses sont simples et ardues : très rares sont ceux qui comprennent comment fonctionne un patriarcat comme le nôtre (patriarcat de Jérusalem).

Les journalistes tricotent et détricotent des contes aux allures de mille et une nuits tandis que certains responsables israéliens juifs avouent clairement leur ignorance d’un socius qui jongle sur des valeurs et des traditions très élastiques, surtout si elles se déclinent en grec, en arménien et s’opposent au latin, l’italien, maintenant le russe sinon le géorgien ou le serbe.

En revanche, dans le climat actuel, un an après le grand et saint Concile oecuménique qui a eu lieu en Crète à l’invitation du Patriarche oecuménique Bartholomée de Constantinople, il y a une vraie urgence à ce que le judaïsme tel qu’il est enraciné en Eretz et aussi dans des diasporas contrastées puisse être une source de réflexion sur les racines et surtout la manière dont la foi orientale peut continuer à dialoguer. Les sociétés, les fidèles, les clergés hésitent à sortir vraiment de leurs cocons.

C’est pourquoi je partage la dernière conférence que j’ai donnée sur le site « orthodoxie.com » (dont je suis l’un des administrateurs). Vous pouvez avoir libre accès à la totalité de la vidéo :

( sur la page « http://orthodoxie.com/video-de-la-13e-conference-des-mardis-de-lheritage-hebraique-avec-le-pere-alexandre-winogradsky-6-juillet/« ).

[NOTA : vous pouvez aussi voir la vidéo en cliquant sur « Watch on Vimeo].

Les douze autres conférences ont abordé comment judaïsme et christianisme peuvent ébaucher une rencontre. Elle est très loin d’être acquise malgré la conviction de certains. Mais vous pouvez les regarder aussi.

Un jour est comme mille ans, le jour d’hier / .כי אלף שנים בעיניך כיום אתמול