La population des Haredim compte aujourd’hui en Israël  750 000 personnes, soit 10 % de la population juive, mais près de 20% des enfants scolarisés.

Le taux de fertilité des Haredim est de 7% (une moyenne de 7-8 enfants par famille) contre 2,4% chez les juifs non-orthodoxes.

Selon les pronostics démographiques la population d’Israël compterai 40% de Haredim (ultra-orthodoxes) d’ici 2060.

Certains voient dans cette progression un véritable danger pour l’avenir de l’Etat d’Israël – danger économique, social et politique.

Qui sont les Haredim?

Pour les Haredim le monde qui les entoure est une source permanente de perversion et de débauches.

Les valeurs de démocratie, d’égalité et de liberté sont rejetées.

Pour ne pas succomber aux tentations et respecter les préceptes (mitsvot) il faut vivre regroupé, sous la stricte direction des rabbins – loin de la télévision, de la publicité et d’Internet.

L’homme Haredi doit se consacrer entièrement à l’étude des textes religieux dans une yeshiva et éviter la perte de temps que constitue le travail, le service militaire, les études non-religieuses et autres activités séculières.

Dès sa création, l’Etat d’Israël a reconnu la particularité de ce courant et aux cours des années lui a octroyé des prérogatives et des financements considérables pour son activité.

Les Haredim sont faiblement intégrés au monde du travail – plus de 70 % des ultra-orthodoxes hommes et environ 50 % des femmes ne sont pas employés20 – et ils sont dispensés du service militaire obligatoire.

Les Haredim se marient tôt dans des mariages arrangés à l’aide d’un marieur. Le précepte  « croissez et multipliez » est appliqué à la lettre et les familles ont 7 enfants en moyenne.

Les Haredim, véritable danger pour l’avenir d’Israël?

La réponse est oui, si l’on considère l’évolution sociale comme linéaire – c’est-à-dire comme une projection dans l’avenir de ce qui s’est passé jusqu’aujourd’hui.

Mais elle est non si l’on considère de plus près l’évolution du monde des Haredim, car de plus en plus d’événements témoignent de l’apparition de courants souterrains qui secouent le milieu ultra-orthodoxe israélien.

Prémices de remise en question

Les indices de changement s’expriment avant tout chez les femmes : celles-ci entreprennent de plus en plus des études supérieures et recherchent un travail rémunéré à l’extérieur du cadre orthodoxe. Elles exigent une place plus centrale dans la pratique religieuse. Elles veulent elles aussi étudier la Torah et la possibilité de devenir Rabin.

Autres symptômes, aux dernières élections à la Knesset s’est présenté, grande première, un parti politique de femmes orthodoxes malgré l’opposition déclarée de l’establishment religieux.

Enfin se multiplie dernièrement la publication de nombreux livres rédigés par des femmes orthodoxes sur les différents « interdits » de la vie quotidienne (la séparation des genres, la violence dans la famille, l’homosexualité, l’exploitation sexuelle, et autres). Tout cela vient remettre en question l’autorité rigide des institutions de pouvoir de l’orthodoxie.

La conception rigide des institutions orthodoxes laisse de nombreux problèmes non résolus, comme par exemple les relations homosexuelles ou lesbiennes, les femmes « agunot », le divorce, etc. Ces problèmes exacerbent le manque d’adaptation des concepts orthodoxes aux réalités du monde actuel. Le milieu orthodoxe est morcelé en une multitude de courants et de tendances concurrentes qui se côtoient souvent avec agressivité.

Malgré l’interdiction absolue de la part des institutions, de plus en plus de religieux orthodoxes regardent en secret des émissions de télévision et naviguent sur des sites Web « non autorisés », et de ce fait font connaissance avec « l’autre société ».

Enfin les nombreuses expressions de violence –  refoulées ou visibles – sont un signe supplémentaire du profond sentiment de frustration qui sévit chez les Haredim. Les répressions acharnées contre toutes remises en question du mode de vie orthodoxe sont un symptôme supplémentaire d’une société qui sent qu’elle perd son emprise sur ses membres.

Ces dernières années nous sommes témoins d’un processus lent mais continu d’ouverture à la société israélienne : de plus en plus d’hommes orthodoxes cherchent à s’intégrer au monde du travail (et non plus se consacrer entièrement a l’étude de la Torah), à faire leur service militaire (au lieu de profiter d’une loi leur permettant d’en être exempt), à entreprendre des études supérieures laïques – toutes choses qui n’étaient pas dans leurs mœurs jusque-là. Le gouvernement entreprend de nombreux projets afin de les encourager dans cette voie.

De nombreux orthodoxes désirent sortir des conditions de pauvreté dans lesquels ils vivent et élèvent leurs enfants (70% vivent en dessous du seuil de pauvreté). La seule voie pour y parvenir est de faire des études supérieures et de s’intégrer au monde du travail.

Mais plus important que tous ces indices d’ouverture au monde séculier les principaux « courants souterrains » s’expriment par des manifestations encore timides et dissimulées d’éloignement de la croyance religieuse : une petite minorité de Haredim perdent la foi ou du moins désire rejeter le mode de vie Haredi mais sans encore l’exprimer. Ils continuent de jouer le jeu et d’observer les pratiques religieuses par peur des conséquences (rupture des liens avec la famille) et de la répression (il existe une milice des mœurs interne utilisant des méthodes assez violentes) – mais la foi n’y est plus.

Les médias ont diffusé dernièrement des émissions sur des orthodoxes se rendant le samedi soir dans des pubs de Tel Aviv,  pour danser et boire librement loin de la surveillance des voisins. Ils changent de vêtements en route et s’habillent « à l’européenne », d’autres émissions se consacraient a des groupes de jeunes, garçons et filles qui se rendent sur les plages du lac de Tibériade et se baignent ensemble, enfreignant les interdits.

De temps en temps les institutions orthodoxes dénoncent la présence dans la communauté de « dissidents » ayant abandonné la croyance mais continuant à « jouer le jeu ».

Il est très difficiles d’évaluer l’envergure de ces phénomènes, mais ils existent et se multiplient. Ce qui est sûr c’est que les remparts qui enfermaient la société ultra-orthodoxe en Israël sont de moins en moins étanches.

Le changement se fera de l’intérieur par les membres même de cette communauté. Le processus est engagé, et lorsqu’il dépassera un seuil minimum, la pression interne ébranlera les dogmes du monde Haredi et l’exigence de souplesse et de liberté prendra le dessus.

Les années de la domination des rabbins et de l’establishment ultra-orthodoxe, conservateur et dogmatique à outrance, sont comptées.

La société israélienne entière s’en trouvera changée.