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Haredim : de potentielles dérives sectaires

Photo parue dans le journal Times of Israel illustrant une classe d'enfants de communautés Haridim très étroitement attachés à leur livres de prières

On se souvient de cette lamentable affaire d’une communauté de Haredim [1] dénommée « Lev Tahor » (Cœur Pur) qui a défrayé la chronique fin 2024 – début 2025. Il s’agissait d’un groupe extrémiste d’ultra-orthodoxes juifs de 200 à 300 membres vivant au Guatemala qui avaient une vision particulière du monde qui les faisait vivre en retrait total de la société. Outre une pratique très radicale du culte, des accusations graves d’abus sexuels sur des enfants ont été portées contre certains membres de ce groupe et sont toujours en cours d’instruction. En errance des États-Unis au Guatemala, certains membres de cette communauté ont été arrêtés et font maintenant l’objet de poursuites judiciaires.

L’image ci-dessous qui illustre la manière dont les femmes devaient se vêtir illustre bien ce qu’était « Lev Tahor ». La burqa afghane ainsi que le statut associé à ce vêtement qui scandalisent quiconque a un minimum de respect pour l’être humain en général et la gent féminine en particulier est somme toute assez similaire à ce à quoi les femmes de « Lev Tahor » étaient tenues.

Miviludes : un premier pas pour clarifier le paysage des dérives sectaires

Pour éviter que ne se reproduisent pareilles dérives en Israël même, la loi locale relativement libérale vis-à-vis des cultes religieux semble assez mal armée. Aussi, il peut s’avérer intéressant de se pencher sur ce que dit la loi française vis-à-vis des groupes religieux considérés comme radicaux. Depuis 2002 existe en France un observatoire des dérives sectaires nommé MIVILUDES : Mission Interministérielle de VIgilance et de LUtte contre les DErives Sectaires. Celui-ci définit l’objet de sa vigilance de la manière suivante :

Les effets habituels des dérives sectaires sont notamment des ruptures avec l’environnement d’origine (notamment familial) ; un détournement des parcours de soins habituels ; des prédations financières et, pour les plus jeunes, une perte de chance de s’instruire et de se développer harmonieusement. Les dérives sectaires constituent également une atteinte à la cohésion sociale et à la citoyenneté.

En France, les sectes ne sont pas interdites puisque l’État n’a pas de définition juridique de ce qui constitue une secte. D’autant que la loi protège la liberté de conscience et de religion. En revanche, elle interdit et punit les actes illégaux commis par ce type de groupes. Plus précisément, MIVILUDES définit ainsi les attitudes à adopter par rapport aux communautés religieuses marginales:

Ce qui est autorisé

    • Avoir des croyances spirituelles, philosophiques ou religieuses inhabituelles.

    • Créer une association pour pratiquer un culte ou partager des idées, tant que l’ordre public est respecté.

    • Prêcher ou diffuser des messages, sans troubler l’ordre public.

Ce qui est interdit et puni par la loi, soient les dérives sectaires

    • L’abus de faiblesse et la mise en état de sujétion, ou emprise mentale ou physique.

    • Les violences physiques ou morales et les atteintes à la santé.

    • Les exigences financières excessives ou l’escroquerie.

    • La rupture forcée avec la famille ou les proches.

Pour évaluer les différentes communautés Haredim et potentiellement éviter ainsi les errements nocifs d’un « Lev Tahor », une première approche pourrait être de confronter les comportements et les pratiques de celles-ci par rapport à ce qui est autorisé ou interdit par la loi française. En effet, les sectes les plus extrémistes ont déjà montré une grande dangerosité, surtout pour leurs membres. L’Ordre du Temple Solaire tristement célèbre a laissé derrière lui 74 cadavres entre 1994 et 1997. Quant à la secte Moon ou l’Église de Scientologie, elles ont brisé la vie de milliers de personnes qui ont été prises et piégées dans leurs filets.

Aussi, il importe de distinguer ce qui relève d’une spiritualité légitime à laquelle tout citoyen doit demeurer libre d’adhérer et ce qui relève d’une secte dangereuse vis-à-vis de laquelle la société se doit d’exercer une certaine vigilance pour éviter que des individus soient mis en danger. Pour cela, il est utile de reprendre les points décrits comme des dérives sectaires par la loi française pour les confronter avec pratiques de certains groupes de Haredim.

La rupture forcée avec la famille ou les proches.

Pour les personnes qui reviennent à la religion juive dans sa déclinaison orthodoxe, il n’y a pas forcément d’injonction claire et nette des rabbins de ces communautés de rompre avec sa famille ou ses proches. Cependant, on ne peut que constater que tout y conduit : pratiques culinaires rigoureuses à l’excès qui exclut mécaniquement la plupart des moments conviviaux avec des personnes non observantes, plages horaires étendues consacrées à la prière prélevées sur le temps où se développent des rapports sociaux avec son entourage, discipline de fer qui aboutit à des comportements de groupe qui ne favorisent QUE les échanges en circuit fermé avec les membres dont les vies sont rythmées par les mêmes pratiques, etc.

On ne compte plus les cas où une personne a fait cette démarche de retour à la religion dans des environnements juifs ultra-orthodoxes et s’est alors complètement coupée de son milieu antérieur : famille, amis, collègues. Cela commence souvent de manière progressive jusqu’à ce que les modes de vie diffèrent à un point tel que d’une part les individus qui ont emprunté cette voie et d’autre part son entourage d’avant constatent qu’ils n’ont plus grand-chose à partager et donc quasiment rien à se dire de manière apaisée. Il n’y a pas là de cassure imposée par le groupe mais un arrachement et un déchirement nets produits par ces nouveaux modes de vie qui aboutissent à un résultat somme toute similaire.

Pour les enfants qui ont été élevés dans cet environnement très contraint, il n’y a bien évidemment pas de rupture puisqu’il s’agit en l’occurrence d’une continuité dans la mesure où tout au long de leur éducation se construit une épaisse muraille entre leur milieu d’origine et le monde extérieur, muraille qui sera difficilement franchissable pour ces jeunes devenus adultes. Le gouffre ainsi créé avec le reste de la société n’en est pas moins béant.

L’abus de faiblesse et la mise en état de sujétion

Il est difficile de définir formellement ce qu’est un abus de faiblesse, en particulier pour les personnes fragiles qui sont toujours très sensibles aux discours de ceux qui prétendent détenir une vérité absolue. Et il sera toujours impossible de prévenir ces processus de mise sous influence de celles-ci par des rabbins qui assènent des certitudes avec d’autant plus d’aplomb qu’elles ne sont étayées d’aucun autre élément que la ferme assurance avec laquelle elles sont assénées.

Néanmoins, au-delà de cette difficulté, les rapports qu’entretiennent ces groupes avec leurs enfants interrogent. Est-il sain qu’en 2026, dans une société démocratique, l’éducation de ceux-ci s’articule exclusivement autour de la religion et de ses pratiques, au détriment de l’enseignement des matières de base, soient les Mathématiques, les Sciences Naturelles, l’Histoire, la Géographie, la Littérature et toutes autres disciplines qui leur permettront de faire des choix de vie lorsqu’ils deviendront des adultes ? Ces carences éducatives se situent clairement dans le périmètre de ce que MIVILUDES dénomme « une perte de chance de s’instruire et de se développer harmonieusement ».

S’il y a un moment dans la vie où l’abus de faiblesse peut-être caractérisé, c’est bien la période de l’enfance au cours de laquelle l’esprit des petits et des jeunes, toujours très malléable, est presque entièrement soumis à l’autorité des parents et à celle de l’entourage des adultes dans lequel ils évoluent. Est-ce un abus de faiblesse d’imposer une éducation où la société environnante est systématiquement occultée, dénigrée, voire même méprisée au profit d’une idéologie unidimensionnelle et quelque part totalitaire [2] ? La question est posée …

Dans le cas des Haridim, peut-on parler d’emprise mentale ? Un cabinet d’avocats français écrit sur son site web :

L’emprise n’est pas définie dans le Code pénal. Il s’agit donc d’une notion issue du langage psychologique et sociologique mais qui trouve des applications concrètes dans le domaine pénal. On parle d’emprise lorsqu’un individu, par une action lente, constante et insidieuse, prend le contrôle mental, émotionnel et comportemental d’un autre, réduisant voire annihilant sa capacité de discernement et de décision. Cette influence n’est pas toujours violente physiquement, elle est souvent invisible, mais ses effets sont redoutables.

Dans le cas qui nous occupe, ce n’est pas un individu qui prendrait le contrôle mental d’un autre, mais une communauté qui imposerait à des personnes fragiles en quête de repères une soumission à une interprétation très rigoureuse des pratiques traditionnelles, soumission qui finit par annihiler toute capacité de discernement des fidèles, en particulier des jeunes dont on peut voir tous les jours le fanatisme à l’œuvre.

Les violences physiques ou morales et les atteintes à la santé

Les statistiques ne mettent pas en évidence que les violences physiques ou morales caractérisent les communautés de Haredim plus que d’autres secteurs de la population. En revanche, il est établi que le cloisonnement de ces milieux couplé au concept très prégnant de « Shlom Bayit », soit l’harmonie du foyer [3], aboutit à une sous-déclaration massive de ces violences lorsqu’elles se produisent.

De plus, les atteintes à la santé sont souvent réelles et se manifestent de différentes manières. S’il n’existe pas d’interdiction religieuse formelle de la vaccination, le rapport de beaucoup de communautés Haredim vis-à-vis de cet acte médical, simple et salutaire, va de l’hostilité au rejet catégorique. Lors de la récente pandémie de Covid19, beaucoup de membres de ces communautés ont payé de leur vie l’injonction de leur rabbins de refuser la vaccination.

De même, le refus fréquent du confinement pour continuer à communier lors des fêtes juives a considérablement augmenté le taux de contamination dans ces communautés. On pourrait également citer la ferme injonction de continuer à procréer pour les femmes, « quoi qu’il en coûte », alors qu’il est établi qu’à partir du 4ème ou 5ème enfant, les statistiques montrent qu’il y a un risque de santé sérieux pour les femmes ayant des grossesses ultérieures [4].

En outre, l’absence de normes élémentaires de santé et de sécurité dans beaucoup de crèches Haredim provoque souvent des drames tels que ceux qui ont malheureusement fait la une de l’actualité israélienne ces derniers temps. Plus généralement, la soumission totale à ce qui est considéré comme la volonté du Très Haut leur fait très souvent négliger les gestes élémentaires de santé publique. Pour dire les choses autrement, l’observance des pratiques religieuses prend toujours le pas sur l’hygiène de vie.

Les exigences financières excessives ou l’escroquerie

Là encore il n’y a pas chez les Haredim d’exigences financières excessives telles que celles que l’on peut observer dans certaines sectes qui relèvent clairement de l’escroquerie en bande organisée. Cependant, la défiance généralisée vis-à-vis de l’État et de toute directive qui en est issue provoque souvent des situations limites telles que la fraude fiscale omniprésente qui reste un délit sérieux. En outre, ces communautés ne reconnaissant que l’autorité divine ainsi que celle de leur rabbins ont souvent tendance à n’en faire qu’à leur tête, ce qui crée souvent des situations propices au népotisme communautaire.

Certains dirigeants ont ainsi été condamnés pour de tels délits, que ce soit pour un enrichissement personnel ou celui de la communauté à laquelle ils sont rattachés. A commencer par le leader du parti Shas, Aryé Deri qui a purgé une peine de trois années de prison (dont seulement deux ont été effectuées de 2000 à 2002) pour faits de corruption caractérisés alors qu’il était Ministre de l’Intérieur. Ce n’est pas forcément une caractéristique particulière des dirigeants des communautés de Haridim, mais en revanche le déni de ces délits y est bien plus prononcé qu’ailleurs.

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, assistant à une séance plénière de la Knesset et au vote d’un projet de loi visant à séparer les fonctions et les pouvoirs du procureur général, le 15 juillet 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Une atteinte à la cohésion sociale et à la citoyenneté

Mais au-delà de ce qui est énoncé par cet observatoire comme devant être interdit, le plus préoccupant reste peut-être ce qui est décrit dans l’objet de la vigilance de MIVILUDES, soit « l’atteinte à la cohésion sociale et la citoyenneté ». En effet, selon les Haredim, la loi de Dieu telle qu’énoncée par les rabbins qui l’interprètent au gré de leurs humeurs ou de leurs intérêts primera systématiquement sur la loi civile qui est le lot commun des autres citoyens. De ce fait, si ils déterminent que certains articles de loi votés par la société civile sont contraires à la Halakha, les membres des communautés de Haredim se sentent autorisés à passer outre alors que les autres citoyens de la société sont tenus de s’y conformer.

La loi sur la mobilisation qui contraint les jeunes à faire leur service militaire et contre laquelle les Haredim militent de manière si violente constitue clairement un cas d’école de ce qu’est une atteinte à la cohésion sociale et à la citoyenneté. A la limite, une société pourrait décider de tolérer en son sein des populations qui la rejettent, mais en toute logique, celles-ci ne devraient alors pas participer aux élections puisque leurs convictions les enjoignent de ne pas se soumettre à des lois démocratiquement votées au Parlement qui ne leur conviennent pas.

Mais il y a pire : dans le cas des Haredim, beaucoup rejettent fermement l’idéologie sioniste et l’État d’Israël qui en est issu. Or, non seulement ils participent au jeu démocratique qui leur permet de le miner de l’intérieur, mais en plus, les partis politiques sensés les représenter sont pour partie financés par les contribuables non Haredim qui eux sont obligés de se soumettre aux lois de cet État.

Une formule parfois attribuée à Karl Marx énonce : « les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons ». Cette phrase pourrait être reprise par les partis politiques Haredim qui compte tenu du poids démographique de leurs ouailles pourraient déclarer « les démocrates nous accorderont les espaces de liberté ainsi que les financements avec lesquels nous les submergerons ».

Les déclarations lunaires de certains dirigeants Haredim

Les dirigeants de ces communautés Haredim sont souvent des personnes d’un âge avancé dont on se demande parfois s’ils ont encore toute leur tête [5].

Mais au-delà de leur incompétence à traiter les affaires de notre monde moderne, le plus scandaleux reste probablement les déclarations abominables et lunaires de ces dirigeants à propos de la Shoah où six millions de Juifs ont péri sous les coups du régime nazi . Quelques « pépites » parmi d’innombrables autres déclarations allant dans le même sens :

    • Rav Ovadia Yosseph, chef du courant Shas (2000) : « Les Juifs victimes de la Shoah ne sont pas morts pour rien, parce qu’ils étaient la réincarnation de Juifs qui avaient péché ».

    • Rav Isroel Hager, chef du courant hassidique Vizhnitz (2019) : « Les politiciens israéliens laïcs sont semblables au dictateur nazi Adolf Hitler »

    • Rav Menahem Schneerson, chef du courant Loubavitch (1980) : « Il est également possible qu’une Shoah physique soit un bien spirituel, il est possible qu’une blessure physique soit bénéfique pour l’âme. » 

Il n’y a plus de mots pour qualifier de tels propos, souvent prononcés par des grabataires impotents.

En final

Comme dans beaucoup de domaines, il n’y a pas de frontière nette séparant le blanc et le noir où d’un côté se tiendraient des communautés décentes globalement conformes aux canons de la société qui les entoure et de l’autre séviraient des communautés relevant de sectes qui, à l’instar de « Lev Tahor », doivent être étroitement surveillées et contrôlées. Le paysage dans ce domaine ressemble plus en un spectre de comportements dont on a souvent du mal à déterminer s’ils relèvent du gris clair ou du gris foncé.

En dépit de toutes les tentatives de définition formelle, un fameux dicton de la sagesse populaire énonce que : « La pornographie, on a du mal à la définir, mais dès qu’on la voit, on la reconnaît tout de suite. ». Ce propos pourrait éventuellement s’appliquer pour déterminer si une communauté d’ultra-orthodoxes relève d’un groupe ayant des modes de vie relevant de dérives sectaires dangereuses, ou procède de la liberté de chacun de choisir ses convictions et ses modes de vie.

Le critère le plus important reste sans doute la manière dont les enfants sont élevés et les possibilités de choix qui leur sont données de souscrire ou non aux modes de vie de leur parents. Quand on voit les petits-enfants ou les arrières petits-enfants des communautés Haredim massacrées par les nazis porter des pancartes où est écrit « Nous mourrons mais nous ne mobiliserons pas », on est en droit de s’interroger sur l’éducation reçue dans ces communautés qui aboutit à la généralisation de tels comportements, contraires à toutes les règles de vie en société.

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1 Haridim, ou craignant Dieu. Il s’agit des nombreuses communautés ultra-orthodoxes qui ont une interprétation très stricte de la tradition juive et de ses pratiques religieuses.

2 Wikipédia définit une idéologie totalitaire comme un système de pensée officiel qui cherche à imposer une vision unique du monde et du pouvoir, en niant toute autonomie à l’individu et à la société civile

3 Ce que la langue française contemporaine désigne aussi par la locution « pas de vagues »

4 Rappelons les taux moyens de fécondité dans ces milieux sociaux : Courant hassidique : 7 enfants par femme – Courant lituanien : 6,6 enfants par femme – Courant séfarade ultra-orthodoxe : 5,3 enfants par femme.

5 Pour donner une idée de l’état dans lequel certains dirigeants de ces communautés se trouvent, le lecteur pourra visionner cette courte vidéo présentant le Rabbin Dov Landau, guru spirituel qui fait la pluie et le beau temps dans le parti Deguel Hatorah rassemblant trois députés au Parlement.

à propos de l'auteur
Franco-Israélien né à Paris (France) en 1954, David Musnik vit en France avec un passage de plusieurs années en Israël dans les années 1970’s. Diplômé du Technion en 1977 dans la faculté "Electrical Engineering", puis mobilisé dans Tsahal pendant presque 3 années. Informaticien retraité spécialisé dans l’ingénierie documentaire.
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