Il y a aujourd’hui, 7 novembre 2014, 70 ans très exactement que Hannah Szenes, Juive hongroise émigrée en Palestine puis parachutée en Yougoslavie, fut exécutée dans son pays d’origine pour ses activités de résistante au nazisme. Elle avait 22 ans…

Qui était donc cette jeune fille devenue par sa mort une héroïne dans l’Etat d’Israël moderne, au point de compter plus de rues à son nom que Golda Méïr elle-même, et d’être inhumée dans le cimetière du Mont Herzl ?

Hannah Szenes est née le 17 juillet 1921 en Hongrie dans une famille juive assimilée. Orpheline de son père à l’âge de 6 ans, elle suit ses études dans une école privée protestante qui accepte aussi des jeunes filles juives. Nantie de son diplôme de fin d’étude, elle rejoint le Maccabea, une organisation étudiante sioniste hongroise, et décide d’émigrer en Palestine d’alors sous mandat britannique pour étudier à l’école d’agriculture pour filles de Nahalal.

Elle rejoint le kibboutz Sedot Yam en 1941 et ensuite la Haganah, le groupe paramilitaire qui fonda les Forces de défense d’Israël.

En 1943, elle s’engage dans l’armée britannique et commence son entraînement en Égypte comme parachutiste pour le service secret Special Operations Executive (SOE). En mars 1944, elle est parachutée en Yougoslavie avec deux collègues masculins. Ils rejoignent un groupe de partisans.

Après leur atterrissage, ils apprennent que les Allemands ont déjà envahi la Hongrie, ce qui conduit les deux hommes à interrompre la mission, qu’ils jugent trop dangereuse. Elle continue seule et se dirige vers la frontière hongroise.

À la frontière, elle est arrêtée par des gendarmes hongrois, qui trouvent l’émetteur radio britannique qu’elle porte et qu’elle utilise pour communiquer avec le SOE et avec les autres partisans.

Elle est emmenée à la prison de Budapest, attachée à une chaise, nue, fouettée et frappée à coups de bâton pendant plusieurs heures. Les gardiens veulent connaître le code de son émetteur, de manière à pouvoir localiser les autres parachutistes.

Elle ne le leur donne pas, même quand ils amènent sa mère dans sa cellule et la menacent elle aussi de torture. Elle est jugée pour trahison le 28 octobre et exécutée le 7 novembre, avant que les juges aient rendu leur décision.

Bien que très jeune, Hannah Szenes, outre son journal qu’elle a tenu jusqu’à sa mort, avait écrit de nombreux poèmes dont un au moins est resté célèbre.

Il s’agit de halikha leKésaria, promenade à Césarée, qui commence par le fameux Eli, Eli, shélo yigamer leolam. « Mon Dieu, mon Dieu, que jamais ne s’arrêtent le sable et la mer, le clapotis de l’eau, l’éclat du ciel, la prière de l’homme. »

Mis en musique, ce poème est devenu une chanson culte, tant pour les religieux que pour les laïcs. Il sonne comme une prémonition de la part de Hannah de ce qu’allait être son destin, elle qui écrivit ce poème retrouvé dans sa cellule après son exécution : Un – deux – trois… huit pieds de long / Deux enjambées, le repos est sombre…/ La vie est un point d’interrogation éphémère / Un – deux – trois… peut-être une autre semaine. / Ou le mois prochain pourra me trouver encore ici, / Mais la mort, je la sens proche. / J’aurais eu 23 ans en juillet prochain. / J’ai joué à ce qui importait le plus, les dés ont roulé. J’ai perdu.

Non, Hannah Szenes n’a pas perdu.

Elle avait elle-même écrit : « Béni soit le cœur assez fort pour arrêter de battre pour l’honneur ».

Par sa courte vie, par ses choix, par son amour pour Israël et pour son peuple, par son courage jusqu’au martyre, par la beauté de ses poèmes, reflets de la beauté de son âme, elle s’est inscrite dans la lignée des Maccabim, de Mordekhaï Anielewicz, de tous les hommes et femmes qui, de rabbi Akiva à Anne Frank, ont incarné l’idéal de liberté et d’espérance de nos prophètes.

Qui, comme eux tous, ont préféré faire le sacrifice de leur vie plutôt que de déroger à leur devoir. Elle a certainement inspiré des générations de jeunes filles et de jeunes gens qui ont identifié leur vie à celle de leur peuple.

Lorsque j’entends son merveilleux poème si joliment mis en musique, je suis saisi par plusieurs sentiments. Le premier est, face à l’éternité du sable et de la mer, du clapotis de l’eau, de l’éclat du ciel, et de la prière de l’homme, de me dire que ces choses me survivront comme elles ont survécu aux millénaires passés.

C’est une grande consolation par rapport à la tristesse de devoir quitter un jour ce monde merveilleux. – Le deuxième sentiment est de comparer cet Eli, Eli, mon Dieu, mon Dieu, à celui du psalmiste (Psaumes 22:2) : אלי אלי למה עזבתני « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu
abandonné ? »

Le roi David y exprime son sentiment d’abandon de la part de Dieu. Sentiment encore renforcé plus loin (Ibid. 44:23) : כי עליך הרגנו כל היום,
« Car, pour Toi nous sommes tués tous les jours, nous sommes considérés comme du bétail de boucherie ».

Le roi David décrit ainsi le sentiment d’abandon d’Israël par Dieu tout au long de son histoire. Il est notoire que cet Eli, Eli a été également repris par Jésus sur la croix.

Qu’a pensé Hannah Szenes dans sa prison avant son exécution, elle qui avait été élevée dans une famille non religieuse et qui se sacrifiait pour ne pas mettre en danger ses compagnons de combat ?

« J’ai joué à ce qui importait le plus, les dés ont roulé. J’ai perdu. » Oui, elle a « joué » au jeu de la vie et de la mort, frêle jeune fille à l’aube d’une vie qu’elle n’aura pas vécue. Mais je crois qu’elle a gagné.

Shabbath Shalom,  à tous et à chacun.

Daniel Farhi.

« Bénie soit l’allumette qui se consume comme du petit bois dans la flamme. / Bénie soit la flamme qui brûle dans la forteresse secrète du cœur. / Béni soit le cœur assez robuste pour arrêter de battre pour l’honneur. / Bénie soit l’allumette qui se consume comme du petit bois dans la flamme ». Hannah Szenes