Le régime Téhéran exerce une fois encore une influence directe sur le conflit entre le Hamas et Israël, d’une part, en poussant le Djihad islamique et une partie de la branche armée du Hamas vers une position dure (« jusqu’au boutiste ») consistant à refuser tout cessez-le-feu, sans considération pour le nombre de victimes palestiniennes, et, d’autre part, en utilisant la crise financière du Hamas.

En effet, le régime de Téhéran, qui a réduit son aide financière au Hamas de 80% à la suite de la position prise par cette organisation dans la crise syrienne, se serait engagé à rétablir ce soutien financier en contrepartie du maintien par le Hamas d’une ligne dure et guerrière vis à vis de l’Etat d’Israël, notamment en refusant toute tentative de médiation égyptienne pour un cessez-le-feu.

En outre, au cours de la dernière décennie, le régime de Téhéran a été le principal fournisseur d’armes du Hamas, qui a notamment été en mesure d’importer ces armes relativement facilement en utilisant sa frontière avec l’Egypte pendant la période où ce pays était dirigé par Mr Morsi et les Frères Musulmans. En effet, au cours de cette période, un volume important d’armes et de matériel militaire en provenance d’Iran a transité relativement aisément vers Gaza par l’intermédiaire du passage de Rafah et des centaines de tunnels qui fonctionnaient alors entre la Bande de Gaza et l’Egypte. Ces tunnels constituaient également une source de revenus importante pour le Hamas qui prélevait un « impôt » sur chaque passage d’armes et d’autres biens à usage civil, jusqu’à la fermeture d’un grand nombre de ces tunnels après la prise du pouvoir égyptien par le Maréchal Abdel Fattah Al-Sissi.

Le régime de Téhéran apparaît donc comme étant une fois encore un acteur majeur de ce nouveau conflit entre le Hamas et Israël. Cette guerre « indirecte » entre l’Iran et Israël était déjà « au cœur » des précédents conflits avec le Hamas et de la seconde guerre du Liban qui a opposé l’Etat d’Israël au Hezbollah, milice supplétive des gardiens de la révolution iranienne.

Or, actuellement, les Etats-Unis et l’Europe ne s’estiment pas en mesure d’exercer des pressions sur Téhéran en raison des négociations interminables qui sont en cours au sujet de la partie militaire du programme nucléaire iranien.

En outre, la lecture de la ligne politique conduite par le régime iranien est d’autant plus ardue que celui est toujours divisé en deux branches qui défendent des lignes bien différentes au moins en apparence…

En premier lieu, une ligne « modérée » représentée par le président Hassan Rohani, qui mène les négociations sur le programme nucléaire avec les Etats-Unis et l’Europe, tout en conduisant une offensive de charme médiatique afin de séduire la Communauté Internationale.

En second lieu, une ligne « dure » et dominante représentée par le guide suprême A. Khamenei et les gardiens de la révolution, qui exerce son influence sur un grand nombre d’organisations djihadistes à travers tout le monde arabo-musulman et, en particulier, en Syrie, en Irak et à Gaza, en restant fidèle à la « politique » initiée par l’Ayatollah Khomenei en 1979. En outre, en dépit de la guerre en cours entre les sunnites et les chiites, cette ligne « dure » du régime de Téhéran conduit avec succès une stratégie d’alliances ponctuelles avec des organisations sunnites radicalisées, telle que le Hamas, lorsque cela sert ses intérêts.

Il semble donc que la solution susceptible de permettre à l’Etat d’Israël de se sortir de ce « piège iranien » consiste à miser sur la diplomatie égyptienne, qui est toutefois en train de montrer ses limites en raison notamment de la relative fragilité du régime du Marechal Al-Sissi et de l’opposition turque et qatarie, mais, surtout et de manière plus soutenue, sur les efforts de Mahmoud Abbas, qui se démène pour trouver une issue diplomatique au conflit en cours avec le souci de préserver les intérêts du peuple palestinien et en conséquence du peuple israélien…

En effet, Mahmoud Abbas a tout d’abord tenté d’infléchir les conditions exigées par le Hamas pour un cessez-le-feu par l’intermédiaire de la Turquie, qui aurait refusé de « jouer » ce rôle. Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan préfère continuer sa campagne présidentielle en mettant de « l’huile sur le feu » à Gaza et en usant d’une rhétorique alternant entre un antisionisme « classique » et un antisémitisme primaire.

En conséquence, Mahmoud Abbas a décidé de discuter directement avec Khaled Mechaal (le leader du Hamas « exilé » à Doha après avoir dû quitter la Syrie) en se rendant à Doha, après le refus de ce dernier de venir en Egypte pour négocier un cessez-le-feu à l’invitation du secrétaire général de la Ligue Arabe.

Dans l’hypothèse où Mahmoud Abbas parviendrait à déjouer le « piège iranien » en arrachant une solution diplomatique acceptable par Israël au dirigeant du Hamas, il restaurerait son leadership politique et sortirait en position de force de cette crise, alors qu’il avait été considérablement affaibli par l’échec du dernier round de négociations de paix initié par la diplomatie américaine de manière erratique.

Il serait alors temps et souhaitable que le Gouvernement Israélien mise cette fois sérieusement sur Mahmoud Abbas pour parvenir et finaliser un accord global susceptible de résoudre définitivement la question palestinienne.

En tout état de cause, quelle que soit l’issue de la tentative de médiation de Mahmoud Abbas, qui dépendra notamment du choix de Khaled Mechaal entre la poursuite de la politique suicidaire du Hamas et un retour à une ligne plus « modérée », il convient, d’ores et déjà, de souligner la grande responsabilité dont a fait preuve Monsieur Abbas depuis le début de ce conflit entre le Hamas et Israël, au-delà de certaines déclarations pour le moins discutables destinées à « gérer » la « rue palestinienne ». En particulier, Mahmoud Abbas est loin d’être étranger au calme relatif en Cisjordanie, qui permet jusqu’à présent à l’Etat d’Israël de ne pas avoir à faire face à deux fronts….

En outre, les déclarations de Mahmoud Abbas condamnant avec la plus grande fermeté l’enlèvement et l’assassinat des trois adolescents israéliens au mois de juin, au risque de susciter le mécontentement d’une partie de la population palestinienne, ne devraient pas être « oubliées » par le Gouvernement Israélien….

En conclusion, l’issue du conflit actuel entre le Hamas et Israël semble donc bien dépendre du résultat de l’affrontement en cours entre la ligne dure et guerrière soutenue par le régime de Téhéran et la ligne modérée et pacifique défendue avec responsabilité et courage par Monsieur Abbas. Pour mémoire, depuis 2002, Mahmoud Abbas a fait le choix stratégique d’abandonner la lutte armée au profit du combat politique pour parvenir à la naissance d’un Etat Palestinien. Ce choix avait notamment conduit Y. Arafat à le considérer comme un « traitre à la tête d’un complot contre la cause palestinienne ».

Enfin, à l’issue de cette crise, il sera peut-être temps pour les Etats-Unis, l’Europe et plus largement l’ensemble de la Communauté Internationale de reconsidérer avec sérieux le rôle joué par le régime de Téhéran dans l’explosion des conflits menés par les organisations djihadistes à travers tout le monde arabo-musulman et dans une certaine mesure dans les rues de certaines villes occidentales, avant de permettre à ce régime de devenir une puissance nucléaire.

Dans une perspective historique, il est possible de se demander si l’état du monde serait le même aujourd’hui si les services secrets britanniques et la CIA n’avait pas renversé le premier Ministre Iranien Mohammad Mossadegh en 1953, sous l’influence des « majors » pétrolières. Pour mémoire, la chute de Mohammad Mossadegh s’est traduite par la radicalisation de la dictature du Shah d’Iran et finalement la révolution islamique de Khomenei en 1979…..