Analyse de David Allouche, expert du Moyen-Orient, et fondateur du site d’information Américain ‘young-diplomats.com’

L’un des plus grands mystères de la dernière guerre de Gaza en 2014 réside dans les photos que l’on pouvait apercevoir dans les journaux.

Des maisons détruites et des Hôtels 5 étoiles.

D’un côté les destructions dans certains quartiers de Gaza, la pauvreté, le manque de moyen, les coupures d’eau et d’électricité contraignant une grande partie de la population dans l’enclave à vivre dans un dénuement extrême. De l’autre côté les photos des maisons des dirigeants palestiniens, notamment du Hamas, que ces habitants ont eux mêmes élus.

Les photos des maisons de ces leaders représentent un contraste frappant avec la réalité des Gazaouis : des palaces avec des équipements de gym ultra-moderne, des maisons luxueuses construites sur la côte de Gaza.

Des dirigeants du Hamas dans des hôtels 5 étoiles à Dubaï, attablés autour d’un petit déjeuner copieux, tout cela pendant que la population de la bande de Gaza souffre en pleine période de Guerre.

Cela reste un grand paradoxe : comment ces dirigeants, qui sont nés et ont grandis dans des camps de réfugiés à Gaza, peuvent-ils se targuer d’aider et de représenter leur peuple, alors qu’ils sont devenus extrêmement riche en l’espace de seulement quelques
années au pouvoir ?

En effet la plupart des fondateurs du Hamas sont issus de familles de réfugiés. La plupart des leaders d’aujourd’hui étaient responsables d’organisations islamiques dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie.

Leurs organisations étaient soutenues par l’État hébreu qui cherchait a contrebalancer l’influence du Fatah dans les territoires palestiniens. Dans les années 80, le Hamas décide de couper les ponts avec Israël et de chercher des financements à l’étranger. La richesse personnelle de ses membres fondateurs a alors commencé à croitre rapidement, et de manière phénoménale.

Comment se sont-ils enrichis?

L’argent, est récolté par différents moyens. La Zakat, équivalent de l’aumône, les dons et impôts religieux deviennent ainsi rapidement la principale source de revenue du Hamas.

Les dons ont commencé à affluer de divers pays tels que la Syrie, l’Arabie Saoudite et ensuite l’Iran. En 2015 le Qatar a été le principal donateur du mouvement dans la bande de Gaza. Tout ces dons venus de l’étranger et confiés entre les mains du mouvement islamiste sont difficile à tracer, et des sommes importantes semblent ne pas arriver à la population, et atterrir dans les poches de Hauts Dirigeants du Hamas.

Une preuve flagrante est la lenteur avec laquelle la reconstruction de Gaza prend effet, malgré les centaines de millions d’euros de dons du Qatar.

Plus important : les  campagnes de « Fundraising » aux Etats-Unis : Moussa Abu Marzook, avait commencé à lever des fonds parmi les riches musulmans d’Amérique dans les années 90. Pour ce faire il a établi différent faux fonds d’investissement. Avec le temps il construit même un conglomérat composé de plus de 10 compagnies financières chargées d’octroyer des prêts et de diriger des faux fonds d’investissements pour le Hamas. Abu Marzook était un banquier très astucieux selon de nombreux experts israéliens.

En 1995, le gouvernement Américain met un termes aux activités de Abu Marzook. Il est mis en prison et condamné à deux ans de prison pour des activités  finançant le terrorisme. Il est ensuite expulsé et renvoyé à Gaza. Mais le plus surprenant dans l’histoire c’est que Marzook a pu garder l’argent qu’il avait amassé pour le compte du Hamas.  Marzook devint donc un multi-millionaire avant son expulsion pour Gaza.

Le fait qu’il n’ait fait que deux ans de prison pour des accusations aussi grave montre bien l’importance du personnage. Aux Etats-Unis, financer le terrorisme est un crime passif normalement de 20 ans de réclusion. Cela prouve bien que ce multi-millionnaire bien ancré dans le système américain a du avoir des contacts haut placés dans l’administration pour pouvoir sans sortir avec une simple expulsion, sans avoir à rendre les millions qu’il avait amassé.

Cela n’a jamais été prouvé mais il est difficile de trouver une autre raison, pour comprendre la façon dont il a réussi à s’en sortir aussi bien avec des accusations aussi lourdes contre lui.

En l’an 2000 lors de l’enquête pour le 11 Septembre il a été constaté qu’il avait effectivement eu des liens avec Al-Qaida. Il fut responsable des transferts d’argent effectués aux 21 agents d’Al Qaida ayant perpétré les attentats du 11 septembre.

Aujourd’hui Abu Marzouk est milliardaire et un membre important du Hamas. Les estimations Arabes estiment sa fortune entre 2 et 3 milliards de dollars.

Une corruption à grande échelle

Un autre haut dirigeant palestinien devenu subitement riche est Khaled Meshaal. Meshaal est le chef de l’aile politique du Hamas. Les estimations de sa fortune varient autour de 2,36 milliards d’euros, mais les commentateurs arabes, avec d’autres sources disent qu’il vaut plus entre 2 et 5 milliards de dollars, fortune répartie dans des banques égyptiennes et les pays du Golfe, et dans des projets immobiliers.

Le suivant sur la liste est Ismail Haniyeh qui, jusqu’à la signature récente d’un accord d’unité entre le Hamas et le Fatah était le Premier ministre de la bande de Gaza. Sa fortune est estimée à 4 millions de dollars, et la plupart de ses actifs dans la bande de Gaza sont enregistrés au nom de son beau-fils Nabil, et aux noms de plusieurs de ses neveux, pour ne pas attirer l’attention sur le fait qu’il est actuellement millionnaire et possède de nombreux biens a Gaza.

Un autre aspect qui montre l’étendu de la corruption du Hamas est l’exemple de Ayman Taha. Taha est un dirigeant secondaire du Hamas, qui est né et a grandi dans une grande pauvreté dans le camp de réfugiés de El Buraj. Taha a récemment construit une maison dans la bande de Gaza valant plusieurs millions de dollars. Taha est en charge de coordonner les opérations du Hamas à l’intérieur et à l’extérieur de la bande de Gaza, et n’est même pas un membre d’envergure du mouvement. Cette exemple symbolise parfaitement le fait que la corruption n’est pas seulement limitée aux principaux leaders du mouvement, mais bel et bien à l’ensemble de ses cadres.

La plupart de leur fortune provient de dons détournés. Une grande partie des dons pour la bande de Gaza transitent par le Hamas, et sur chaque dollar versé le Hamas engrange automatiquement une commission.

Il est avéré que la contrebande de marchandises à travers les tunnels a généré des centaines de millions par an à ceux qui les contrôlent. Le Hamas gère parfaitement cette économie, il a un monopole total sur tout les tunnels et détruit ceux de ces concurrents. La corruption est telle qu’il y aurait plusieurs centaines de millionnaires dans la bande de Gaza.

Et il y en aurait des centaines d’autres si la contrebande subit un coup d’arrêt avec le changement d’attitude du gouvernement Égyptien.

L’homme qui tire les ficelles pour le Hamas en Egypte est Khirat El Shatr, membre des Frères Musulmans. Sa connexion au Hamas serait basée sur une vision religieuse partagée. Plus réaliste, il partage également avec le Hamas un business de contrebande florissant. Ce business génère des dizaines de millions de dollars de revenues.

Le quotidien arabophone basé à Londres, Asharq al Awsa, qui est considéré comme un journal sérieux, a récemment consacré sa première page à une enquête expliquant qu’il y avait plus de 600 millionnaires à Gaza.

Le business des tunnels

Le Docteur Elad, un universitaire israélien, précise en détail le système de « baksish » en vigueur dans la bande de Gaza mis en place par le Hamas. Chaque wagon, dans le tunnel qui transite des biens d’Egypte en direction de la bande de Gaza, est taxé d’une somme fixe + 25% de la valeur des marchandises.

Entre juin 2007 et 2010, le business de la contrebande a généré 726 millions d’euros. Le Hamas a aussi taxé tous les marchands de Gaza, du marchand de fruits au garagiste. Le Hamas a aussi saisi par la force plusieurs biens immobiliers et les a revendu pour faire un profit énorme.

Le mouvement islamiste a aussi apparemment créé un certain nombre d’emplois fictifs. Quand des dons viennent de l’étranger pour payer les fonctionnaires du Hamas, les membres importants du Hamas se partagent l’argent arrivant pour ces employés fantômes. Cette technique est également pratiquée a grande échelle par l’Autorité palestinienne.

Contrairement à d’autres groupes, la corruption au Hamas n’est pas juste endémique mais aussi fortement assumée. Ce qui est unique à propos des dirigeants du Hamas est leur devise : « Devenir Riche, rapidement ».

Ces leaders n’ont aucune honte à l’affirmer et encore moins à mettre cette devise en pratique. En effet des industries vitales aux habitants de Gaza telles que les communications ou les stations essences, ont été les premières à être fortement taxées par le Hamas.

En occident et en général partout dans le monde, il y a des gens qui vont s’enrichir par la corruption, mais en générale celle-ci se fait subtilement avec des enveloppes d’argent ou des formes élaborées de corruption qui ne sont pas facile à traquer.

Mais les leaders du Hamas ne se préoccupent pas de savoir si leur corruption est évidente ou non et vous diront sans problèmes et sans aucune honte que taxer ces industries est nécessaire car selon le Dr Elad : « ils veulent être riche, car ils ne savent pas de quoi demain sera fait. »