Les incendies de forêts qui ont ravagé le pays il y a peu sont certes éteints mais le feu couve encore. Ils ont mis en évidence la fragilité – bien compréhensible dans le cadre du conflit national israélo-palestinien – du tissu relationnel entre Juifs et Arabes qui représentent, rappelons-le, un cinquième de la population.

Ce tissu relationnel est, on le sait, déjà mis à mal sous l’influence destructrice de la perpétuation de l’occupation. Comme si cela ne suffisait pas, il a fallu que l’irresponsabilité à la hauteur de la médiocrité de nombre de politiciens, dont les propos avaient pour finalité de jeter l’opprobre sur une communauté entière, se donne libre cours.

Alors qu’aucuns éléments ne permettaient d’étayer leurs assertions, ces politiques n’ont pas hésité à parler d’actes terroristes. Dés qu’on parle de terrorisme en Israël, on sait qui est désigné… C’est ainsi que les Palestiniens, tant ceux des territoires que ceux d’Israël ont été érigés en cible de la vindicte populaire. Il convient tout d’abord de rétablir les faits.

Il n’y a pas qu’Israël qui ait été victime d’incendies en cette saison. En Israël même, les autorités (police, pompiers…) ont dénombré 1 773 départs de feu dont 39 ont donné lieu à des incendies d’ampleur importante. La responsabilité humaine est en jeu dans 25, que ce soit par inadvertance ou intentionnellement.

Mais même en cas d’intentionnalité, elle peut ne pas être « nationaliste ».

Au moment où ces lignes sont écrites, malgré les présomptions, aucun incendie n’a été reconnu comme tel. Parmi les suspects interpellés, aucun n’a (encore) fait l’objet de ce chef d’accusation. Nombre d’entre eux ont été libérés sans aucunes charges et avec moins de publicité que lors de leur arrestation.

Ne nous y trompons cependant pas : il est plus que probable, même si ce n’est pas encore avéré, que des départs de feu résultent d’une motivation nationaliste. Comment pourrait-il en être autrement ? De jeunes adolescents sont prêts à mettre leur vie en danger avec un couteau ou un tourne-vis pour s’en prendre à l’occupant et ils n’auraient pas l’idée d’avoir recours à l’arme du feu lorsque celle-ci fait la « une » des médias et que l’usage leur en est déjà imputé? Le contraire eût été surprenant, improbable…

Ces actes, nationalistes ou pas, doivent être sanctionnés. Mais aurait-ce été trop demander aux leader politiques de faire preuve de prudence et de retenue pour ne pas faire le jeu des terroristes ? Contribuer aux sentiments de rejet et de méfiance à l’encontre des Arabes, n’est-ce pas affaiblir la société ? Un sondage auprès de la population arabe après les incendies a montré que 89 % sont favorables aux manifestations de solidarité dans leur communauté vis à vis des citoyens juifs victimes des incendies.

Des comportements de nature différente dans la population arabe auraient mérité de bénéficier de l’attention médiatique, que ce soit l’hébergement des sans-abris, l’aide à la reconstruction d’une synagogue, la participation à la lutte contre les incendies, des dons de meubles, de nourriture, d’argent…

Les rumeurs et les exagérations traduisent une intolérance croissante et délétère à l’égard des Arabes israéliens qu’illustre la décision déplorable de la compagnie de bus à Beer Sheva de cesser d’annoncer en arabe le nom des arrêts, ou encore le projet de lois « Muezzin », une honte selon le président de l’État, souvent au premier rang pour préserver l’honneur du pays.

« Nous devons démontrer qu’Israël est un État démocratique pas seulement pour les Juifs mais pour tous ses citoyens »

Le sondage mentionné précédemment révèle que 45 % de la population arabe considère que les conséquences de ces incendies vont altérer la vie commune judéo-arabe. Il serait souhaitable que soit enfin entendue la recommandation de Yoram Schweitzer, expert en contre-terrorisme à l’Institut pour la recherche en sécurité nationale : « Nous ferions bien de renoncer dès que possible à la grande tradition israélienne de déterminer si quelque chose est un incident terroriste bien avant que cela ne soit prouvé ».

Israël se doit de prendre garde à ce que les flammes ne se répandent des forets à la société : les pluies peuvent éteindre les unes, elles seront impuissantes sur les autres.