Paix signée, les Israéliens ont comme un truc qui leur ravage l’estomac. Comme s’ils avaient tous la même gastro. Sauf qu’elle a pour nom, angoisse, incertitude, peur !  Stress post traumatique disent les bons psy, et en Israël, avec la récurrence des guerres et des traumatismes, par force, ils sont devenus les meilleurs.

Pas que les psy d’ailleurs. En Israël tout est excessif, outrancier, extrême, et les Israéliens, entre passion et démesure, enfance qui traîne et génie quotidien, survivent étrangement à la violence d’un islamisme qui voulait il y a quelques jours à peine, les éradiquer.

La paix s’est signée et les Israéliens ont mal au ventre !

Le bruit des sirènes n’a pas quitté leurs oreilles et le danger les hante. Désorientés par l’improbable paix, K.O debout, eux qui avaient gagné sur le terrain des armes, gardent leurs gilets pare-balles et leurs fusils à proximité. Ils ne croient pas à cette paix signée secrètement par Netanyahu, qui divise maintenant les forces gouvernementales, mais aussi celles de la population.

Une droite qui tisse sa toile pour passer au-dessus d’un premier ministre isolé mais féroce, une gauche qui tente l’offensive, et des Israéliens qui ne comprennent plus rien, supputent et désapprouvent, revendiquent et rejettent.

Il y avait la guerre, le péril, la mort suspendue au-dessus de leurs têtes, et pour lutter contre la dévastation, la foi en Israël. Ils s’étaient engagés, où qu’ils soient dans les villes et les villages. Des civils, comme une armée en marche, ceux du nord accueillant ceux du sud, ouvrant leurs maisons aux familles, développant l’entraide sur tout le territoire, subvenant à la nourriture, aux soins, créant des check point pour que les soldats de Tsahal puissent retrouver des forces et repartir dans cette guerre underground qu’ils se devaient de gagner pour que vive Israël.

Cinquante jours d’effervescence sous les missiles du Hamas, mais absolument unis pour la protection de leur nation, la seule où l’antisémitisme ne peut les atteindre, ni cette haine universelle portée par une opinion internationale frileuse devant un terrorisme qui décapite en direct et jouit jusqu’au paroxysme de la mort qu’il dispense.

Comme une armée en marche vraiment, les civils d’Israël ont été sur le pont du bateau, écopant et ramant, repoussant la tempête, et peu à peu, malgré les bombes et la peur de mourir, a émergé le sentiment d’une force nouvelle et une exaltation, à redécouvrir toujours si puissantes en eux, la fraternité et la solidarité, ces valeurs si importantes aux juifs, et qui pendant les jours de guerre, s’exprimèrent naturellement.

La paix a été signée, mais malgré le calme revenu, les Israéliens restent désemparés. Hébétés d’incertitude, ils ne savent plus quoi faire de ces belles forces ramassées pour survivre, qui d’un seul coup les débordent, ne savent pas se tarir et se fracassent sur quelque chose proche du baby blues. Vous savez, cette séparation de la mère et de l’enfant qui à la naissance fait pleurer les femmes.

Neuf mois ou cinquante jours, c’est idem ; pour accomplir des miracles le corps se prépare, développe sa puissance, redevient molécule, particule, premier homme de la première espèce.

Aujourd’hui la paix est signée et les armes se sont tues, mais les hommes, les hommes eux restent désorientés, fusils prêts à tirer, impuissants à enrayer ce spleen qui les met K.O debout.