L’Université de Southampton, Royaume-Uni, accueillera la toute première conférence pour discuter du droit d’exister d’Israël.

Si la raison de ce débat est « l’occupation » israélienne d’un peuple indigène, et en mettant un instant de côté la revendication d’Israël pour cette terre, pourquoi la légitimité des Etats-Unis n’est-elle pas mise en cause, même si personne ne nie que les terres ont été volées à ses populations autochtones?

Si, toutefois, l’existence d’Israël est remise en question en raison de la légitimité de son régime, pourquoi les nombreux régimes totalitaires dans le monde, comme ceux de l’Iran, de l’Irak et de la Corée du Nord, ne sapent-ils pas la légitimité de leurs pays?

Même l’existence de l’Allemagne pendant la période nazie n’a jamais été remise en question, seul son régime l’a été.

southampton

Pour Israël cependant, sa légitimité est débattue afin de « garantir la liberté académique … et pour prendre des mesures et garantir la liberté d’expression ». Est-ce que quiconque aurait pu tenir une conférence pour débattre de la légitimité de l’Arabie saoudite en raison de discrimination contre les non-musulmans incorporée dans ses lois, sans être appelé un bigot?

La conférence de l’Université de Southampton est en effet inquiétante. Toutefois, non pas tant en ce qui concerne le sujet de discussion, mais du fait qu’environ la moitié des conférenciers sont soit des Israéliens ou des juifs. Par conséquent, il est difficile d’appeler cette conférence antisémite.

Et pourtant, à mon avis, le point le plus crucial de cette conférence est l’ampleur du gouffre qui existe entre les juifs. Après les élections du 17 mars en Israël, il devient de plus en plus clair que le peuple juif est plus divisé et fragmenté que jamais. Lorsque je lis ce que les gens écrivent de leurs concitoyens, je me demande si nous n’allons pas vers une guerre civile.

De toute évidence, quelque chose doit changer! Le problème est que personne ne sait quoi. Je pense que la plupart des gens ont perdu l’illusion qu’il n’y a qu’une seule bonne façon de résoudre nos problèmes avec nos voisins et de parvenir à une paix durable. En même temps, un gouvernement d’union  ne semble pas non plus viable. Les parties ne peuvent pas s’endurer et font à peine quelques efforts avant d’abandonner et de partir en réélection sous prétexte de loyauté envers les intérêts de leurs électeurs.

Donc, si on peut tirer quelque chose de bon de la conférence de l’Université de Southampton sur la haine, c’est que les Israéliens doivent commencer à s’interroger sur la signification de l’état juif. Alors que nous ne sommes pas en train d’examiner notre raison d’être, le monde pose cette question, et nous y oblige  aussi.

Nous devons d’abord nous demander, « Comment se fait-il que le droit de chaque nation dans le monde à l’autodétermination sur son propre territoire souverain soit pris pour acquis, sauf en ce qui concerne les juifs? »

Ensuite, nous devrions nous demander: «Comment est-il possible que les juifs doutent si librement et si fièrement de leur propre droit à un état souverain? » Une autre question serait: « Pourquoi les juifs séparent-ils le judaïsme de l’Etat d’Israël? »,  déclarant que: « Le judaïsme est aujourd’hui en danger de perdre ses bases morales, éthiques et universelles ».

À mon avis, une seule réponse s’applique à toutes ces questions: nous avons oublié ce que signifie appartenir au peuple d’Israël, et le refus délibéré à notre droit d’être en Israël découle directement du fait que, dès le tout début de notre nation, notre souveraineté a été étroitement liée à notre moralité.

Le mot yehudi (juif) vient du mot yekhudi  (uni) ou yekhidi (unique), puisque l’essence de notre nation est l’unité. Nous sommes devenus une nation lorsque nous nous sommes unis « comme un seul homme dans un seul cœur», et notre devise depuis notre création a été « aime ton prochain comme toi-même ».

La garantie mutuelle est une invention juive, et représente également le cœur et l’âme de la morale juive. Sans ces valeurs, nous ne méritons pas le titre de «juifs», qui signifie unis.

Inversement, lorsque nous avons perdu notre unité et commencé à cultiver la haine sans fondement, nous avons perdu notre souveraineté et avons été exilés et dispersés à travers le monde. Depuis lors, on nous a sans cesse accusés d’être bellicistes et de causer toutes les guerres et tous les problèmes du monde.

Lorsque nous nous sommes unis et sommes devenus une nation, on nous a donné la tâche d’être «une lumière pour les nations ». Bien que nous et la majorité des gens de toutes confessions ayons oublié notre ancienne mission, la mission tient toujours. Être une lumière pour les nations ne signifie pas qu’elles doivent en quelque sorte s’incliner devant nous et convenir de notre supériorité. Cela signifie plutôt que nous devons donner l’exemple de l’unité, de l’égalité et de la solidarité.

La scène politique internationale est de plus en plus instable et précaire, du fait que les dirigeants tentent de se manipuler entre eux par le biais de luttes au pouvoir qui peuvent éventuellement mener à la guerre. La société dans la plupart des pays occidentaux est si désunie que l’aliénation pousse les gens à la religion intégriste, au fascisme, au racisme, et à la désintégration générale.

Dans de trop nombreux cas, nous ne pouvons même pas parler entre nous sans soupçonner l’autre partie de comploter en quelque sorte pour nous exploiter. Ainsi, sur tous les fronts, ce dont le monde a le plus besoin est l’unité, ou tout au moins la possibilité de simplement s’entendre.

Mais Israël, la nation qui a été établie au niveau d’union de plus élevé possible, et dont les membres vivaient «comme un seul homme dans un seul cœur », est maintenant cassée, brisée, et dans une aliénation interne telle que ses membres souhaitent la disparition de leur propre état, et agissent même dans ce sens

La seule solution à la situation est donc de restaurer notre unité. Encore une fois, je ne parle pas d’un gouvernement d’union, une coalition de loups qui se mordent entre eux. Je parle de l’unité des cœurs, au-dessus de toutes les différences.

Je m’explique: la raison pour laquelle la tentative juive de s’unir a réussi auparavant, et réussira à nouveau, c’est que les anciens hébreux ne cherchaient pas à étouffer la nature humaine. « L’inclination de l’homme est mauvaise dès sa jeunesse », nous dit la Torah. Nous ne pouvons, ni ne devons, essayer de changer cela. Lorsque nous nous sommes unis comme un seul homme dans un seul cœur, c’est parce que nous avons laissé la nature humaine telle quelle, et que nous nous sommes unis au-dessus d’elle. Nous avons laissé nos différends de côté et avons décidé que nous sommes néanmoins frères.

Si cela semble impossible, pensez à votre propre famille. Combien d’entre eux choisiriez-vous comme parents si vous aviez un mot à dire à ce sujet? Et pourtant, les abandonneriez-vous s’ils avaient besoin de votre aide? Et quand vous les aidez,  oubliez-vous combien ils sont différents de vous, ou mettez-vous les différences de côté et dites-vous: «Oui, mais ils sont de la famille »?

Lorsqu’il s’agit de notre propre sang, cela vient naturellement. Mais, lorsqu’il s’agit d’étrangers, cela est beaucoup plus difficile. Lorsque nous essayons tous ensemble, nous nous aidons mutuellement à nous élever au-dessus de notre nature et à nous unir malgré nos différences, tout comme dans une famille. Mais la condition de notre succès est que nous essayions tous ensemble, en nous offrant l’un envers l’autre une garantie mutuelle. Et quand nous y parvenons, nous montrons au monde que c’est possible.

C’est le genre d’union que nous avons atteint auparavant, l’unité qui a justifié l’existence de notre peuple. Et une fois que nous l’avons perdue, nous sommes devenus comme tous les autres, et n’avons donc plus mérité d’être traités comme une nation. C’est alors que nous avons perdu notre terre et avons été exilés.

Maintenant, nous sommes revenus en Israël, mais pas dans l’union. Nous devons tout simplement restaurer l’union parce que c’est la seule façon dont nous pouvons maintenir notre existence dans ce pays, dans l’état souverain d’Israël. C’est la seule justification morale de notre existence.

Aujourd’hui, le monde entier a besoin de ce type d’union parce que, comme mentionné ci-dessus, les sociétés et les pays sont en train de s’effondrer. Si nous, la seule nation avec une expérience de ce genre d’union, ne montrons pas la voie en servant d’exemple, les pays nous trouverons superflus. Ils nous accuseront de provoquer toutes les guerres, non pas parce que nous existons, mais parce que nous leur refusons la chance de s’unir.

Les dernières élections ont mis en évidence la profondeur de la faille dans notre société. Si nous sommes assez audacieux, nous serons reconnaissants d’avoir la chance de regarder la vérité en face et de nous unir. Tout comme l’application d’un remède exige que nous fassions d’abord un diagnostic, si nous ne voyons pas la vérité de notre séparation, nous ne serons pas en mesure d’appliquer le remède de l’union pour la guérir.

Lorsque nous l’appliquerons, nous gagnerons le titre de yehudi, juifs, ce qui signifie unis, et les nations verrons que le caractère unique d’Israël ne réside pas dans sa haute technologie ni dans ses agrumes, mais dans l’amour de notre prochain comme nous-mêmes. Seule cette approche rendra non pertinentes ces conférences abominables comme celle de l’Université de Southampton, et les fera disparaître.