Depuis plusieurs années maintenant, on assiste à la renaissance d’une subjectivation judéo-noire.

Longtemps, l’homme juif ne s’est pas posé de questions sur l’identité juive noire. Son entourage n’attachait que peu d’importance à cette nuance de couleur.

Et pourtant, parler de « Grand Rabbin » des Juifs noirs suscite moins de rejet en Amérique. Cette notion est plus compatible avec le fait. Surtout, elle oblige à réfléchir sur l’autre.

En Amérique, les catégories raciales sont des constructions sociales, et les effets réels de ces construits sociaux, rendent compte d’expériences subjectives communes.

Quant à Cappers Funnye, sa nomination ne doit pas cacher un constat terrible : l’échec de l’intégration de juifs noirs dans le tissu communautaire.

Il est vital que la communauté juive mondiale incorpore cette question dans son programme général. Une course de vitesse est engagée tant l’amertume et le ressentiment des juifs noirs sont grands. Si rien n’est fait, le risque est un repli identitaire.

La voie explorée par le rabbinat américain pour faire la jonction avec les Juifs noirs consiste à partir de ce qui existe, des communautés existantes, pour tenter de les fédérer. Il ne s’agit pas de créer une organisation qui soit en concurrence avec un tissu communautaire déjà très riche.

On peut imaginer en France une structure minoritaire et non identitaire, qui unirait ses forces. Ce n’est pas que les juifs noirs s’aiment parce qu’ils sont juifs noirs, mais parce qu’ils ont un intérêt commun : lutter contre le racisme et les discriminations, de façon plus efficace que des associations communautaires généralistes aveugles à la couleur de peau.

Pour lutter efficacement, il faut commencer par reconnaitre l’existence d’un fait réel en France plutôt que de s’aveugler derrière le faux-semblant. L’approche « minoritaire » permet d’éviter les dérives sur un terrain identitaire finalement commun.

Pour quelques instances communautaires en France, le fait d’être juif noir, individuellement ou collectivement, constitue un risque, car, dans la société française, remettre en cause l’indifférence supposée à la couleur de peau est mal vu. Grosso modo, parler de juif noir c’est remettre en cause la communauté : une attitude surtout condescendante, paternaliste.

Tout se passe comme si chez nous ce sujet n’était pas légitime. Plusieurs raisons à cela : un universalisme communautaire aveugle, un héritage qui minore les formes d’inégalités et la crainte de l’essentialisation des groupes. Heureusement, qu’il y aura toujours des gens comme l’actuel président du Crif pour rendre la notion compatible avec le fait.