Professeur des Universités, grâce à un tour de passe-passe administratif, Robert Faurisson se familiarisera avec les thématiques négationnistes dès 1964, grâce à une correspondance épistolaire abondante et sans nuance avec Paul Rassinier.

Robert Faurisson, professeur en Lettres Modernes, n’aura pas de mal à nourrir sa pensée, car les thématiques négationnistes sont aussi bien intellectualisées par les courants de l’extrême droite que par ceux de l’extrême gauche.

Son maitre à penser, Rassinier, était d’ailleurs un ancien député de la SFIO, et ancien membre du Parti Communiste Français. Robert Faurisson, et son allié Alain Soral, n’auront d’ailleurs de cesse de marteler cette réalité, comme si cette convergence des luttes pouvait rendre le négationnisme plus acceptable. À cela je réponds par le traditionnel adage « les extrêmes sont les deux faces d’une même pièce ».

Robert Faurisson trouva rapidement son cheval de bataille, celui de la « possibilité technique des chambres à gaz ». En ce sens il dépassera la pensée de Rassinier. En effet, ce dernier était réticent à la mise en avant de cet argument factuel dans le discours négationniste, qui devait -selon lui- demeurer purement idéologique.

Cet « angle d’attaque » n’est pas exclusif à Faurisson mais il est celui qui le développera le plus ; en s’appuyant sur des données techniques, en bricolant un argumentaire pseudo-scientifique il sèmera le doute dans un esprit perméable aux thèses complotistes et antisémites. 

Élève zélé, il s’attachera à donner un semblant de rigueur intellectuelle à ses « recherches » et c’est en cela qu’il est un « négationniste particulier », particulièrement dangereux.

Dans ses écrits, dans ses conférences il ne tombe jamais dans la furie idéologique, bête et sourde. Cette furie, bave aux lèvres, qui l’aurait discrédité immédiatement devant une foule d’esprits non malades, Faurisson n’y tombe jamais car il manie extrêmement bien les mots et l’art de la réthorique. Il était d’autant plus dangereux car son côté « papi raconte nous une histoire » le rendait presque sympathique et familier. Son statut de Professeur des Universités, qui plus est de La Sorbonne, ancien d’Henry IV, le rendait extrêmement crédible.

Au cours de ses nombreux procès, la plupart pour contestation de crime contre l’Humanité, Robert Faurisson n’a eu de cesse d’invoquer comme moyen de défense, la sacro-sainte liberté de la recherche historique. 

Selon le professeur, et je lui donne raison sur ce point uniquement, il n’est pas de vérité historique car il n’est pas de sujet historique que l’on ne puisse pas pouvoir débattre.

Cette opposition aux Lois dites mémorielles est d’ailleurs partagée par de nombreux historiens. Certains d’entre eux se sont regroupés en 2005, au sein d’une l’association appelée « Liberté pour l’historien« . Ils militent pour la liberté de l’historien d’écrire et de penser l’histoire, ils se refusent à ce que le Parlement leur dicte ce qu’ils peuvent dire et écrire sur telle ou telle thématique de l’Histoire.

Ce qui est pervers chez Faurisson c’est qu’il s’est inscrit dans ce débat pour le dévoyer en l’utilisant uniquement pour pouvoir nier des faits historiques « malgré la présence de preuves flagrantes rapportées par les historiens, et ce à des fins antisémites et politiques« . La Loi sanctionne « les dénis afférents à ces sujets historiques très spécifiques, qui comportent une dimension criminelle, et qui font en tant que tels l’objet de tentatives politiques de travestissements » et non, la démarche scientifique d’un « historien ».

Robert Faurisson est mort le 21 octobre 2018 ; dans une vidéo hommage de 19 minutes, Alain Soral expose -allongé tel un psychanalysé – l’héritage « intellectuel » du révisionniste. Il décrit le Professeur comme un « maitre de l’exactitude et de la rectitude morale » ; à noter que les archives d’Auschwitz (qu’il n’aura visité que deux fois) et du Centre de Documentation Juive Contemporaine se fermeront à lui dès 1977 car les Conservateurs se sont très rapidement rendus compte du caractère « orienté et mensonger » des « recherches » du Professeur …

Soral prédit que dans un futur proche -celui où ils gagneront– « qu’il n’y aura pas d’école Éric Zemmour mais des Boulevards Robert Faurisson », car il était le « maitre de la virilité authentique ».

19 minutes de glorification d’un faussaire de l’histoire qui prospérait sur une notoriété alimentée par le net et quelques coups d’éclats médiatiques.

La pensée de Faurisson n’était rien de plus que la personnification d’une longue tradition de la haine antisémite.

Il n’a été que le passage de relais de cette haine. Dès aujourd’hui sur le net fleurissent des héritiers qui piétinent déjà fleurs et couronnes pour pouvoir récupérer le bâton relais.

Dieudonné écrira sur la mort du professeur, qui ne fut un scandale que pour lui-même ; « Tu es le seul pour qui je vais m’imposer un devoir de mémoire » en ajoutant « Dans un monde normal ta place serait au Panthéon ».

Dieudonné et Faurisson c’est une longue histoire d’amour, une histoire de haine qui se termine bien souvent dans les prétoires de la République. En effet, Faurisson a notamment croisé le polémiste Dieudonné au Tribunal après s’être permis de venir chercher son « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » déguisé en déporté juif.

Faurisson était donc le pantin, bien responsable, d’un démon qui avait besoin d’un corps pour se sentir revivre.

Il n’est finalement pas de pensée Faurisson. Il est une méthode Faurisson, mais celle-ci ne lui survivra pas.

Faurisson et ses avatars doivent nous faire prendre conscience que la vérité même vraie n’est pas acquise et qu’il est un devoir de la faire vivre.

Valérie Igounet écrivit d’ailleurs au sujet de la « pensée » de Faurisson ; « Nombre de phrases, d’expressions et d’idées semblables se retrouvent dans ces textes […] ses thèses ne progressent pas vraiment. Le négationnisme, une fois les points fondamentaux établis et quelques éléments apportés de l’extérieur, se referme sur lui-même ».

Voilà notre victoire ; l’étroitesse de leur pensée.

À défaut -donc- Monsieur Faurisson de venir cracher sur votre tombe, comme l’aurait fait Boris Vian, à votre trépas je me contenterai d’invoquer le doux souvenir du mot de Cambronne.