Un rapport sur la désinformation long de 214 pages [1], publié par le gouvernement français, a décrit le fléau de la communication de notre époque. La couverture de ce rapport est explicite : un clavier d’ordinateur replié sur lui-même forme une grenade d’assaut. La désinformation est effectivement devenue une des armes les plus redoutables du monde occidental, et elle mérite, à ce titre, une attention particulière non seulement des particuliers, mais aussi et surtout des gouvernements et des institutions à travers le monde.

L’initiative du gouvernement français est donc louable et va dans le bon sens. Cependant, en parcourant ce texte, je me suis mis à penser aux bouts de papier que les auteurs ont certainement dû jeter dans les trous de mémoires, tout comme Wilson, pour les remplacer avec d’autres paragraphes réécrits, afin que les faits correspondent plus à la vérité qu’il faut diffuser.

Bienvenue en Océanie dans le ministère de la vérité de George Orwell. Nous ne sommes pas en 1984, mais en 2019.

Simone de Beauvoir a dit que « le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance, mais le refus de savoir ». Cette phrase énoncée par celle qui nous a quittés à l’aube de la révolution de l’internet et du savoir accessible à tous, était pertinente déjà à l’époque. Aujourd’hui, elle est incontestable car les faits sont libres d’accès à tous et il suffit de se pencher pour aller les trouver.

À en croire le document établi sur la demande du gouvernement français, aucun des auteurs de ce document ne s’est donné la peine de se pencher et le problème auquel nous faisons face est que nos élites sont devenues totalement ignorantes de la réalité et de l’histoire. Coluche aurait raillé ces intellectuels en s’esclaffant que s’ils n’ont rien à dire, qu’ils se taisent, mais ces derniers rédigent des rapports effarants d’obscurantisme.

Il faut parcourir les publications de ces auteurs pour avoir un aperçu de leur monde culturel et intellectuel. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer par exemple, philosophe avec CV impressionnant pour un homme de 40 ans, a publié un article [2] fustigeant le président Obama pour l’exécution de Ben Laden. Son débat interne est sur la sémantique de la phrase qui dit qu’Obama a rendu justice alors que le but énoncé avant l’opération était de capturer Ben Laden. Pas de le tuer.

Selon la version américaine, un court combat a eu lieu lors de son arrestation et les soldats ont été obligés de l’abattre mais cette version est réfutée par le philosophe qui pose la question : S’ils voulaient l’abattre, pourquoi avoir dit qu’ils voulaient l’arrêter ? Sa conclusion est que la logique du talion est mauvaise et que si nous pouvons considérer que tuer Ben Laden était légitime à certains égards, on ne peut pas dire que c’est rendre justice car c’est contraire aux valeurs de la République française.

Nous ne pouvons récuser les valeurs de la République française mais j’aimerais quand même détourner le regard de ce philosophe vers les années ou la république s’est instaurée, vers une période où la Révolution française asseyait et écrivait ses valeurs. Les notions de justice, de droits civils et de valeurs républicaines n’étaient pas celles qui guidaient les Vendéens et autres Robespierre avec à la clef quelque 100 000 victimes. Ce sont les mêmes éclipses à ces valeurs qui ont guidées les soldats de l’armée française en Algérie où plus de 223 000 Algériens selon le Général de Gaule (336 000 selon d’autres estimations) et 23 000 Français ont été les victimes d’un conflit qui a duré 8 ans.

Il est donc très osé de reprocher aux USA une déontologie litigieuse lorsque ces derniers font face à un terrorisme qui assassine froidement 3 000 Américains en une matinée paisible dans le cœur de leur patrie.

Dans ce contexte intellectuel, nous observons une absence époustouflante d’Israël dans un débat de plus de 200 pages sur la désinformation dans le monde. En fait, le pays Hébreu n’est pas tout à fait absent, il apparaît 4 fois dans ce document. Trois fois dans le texte et une fois dans les annotations, mais ce qui est choquant est le contexte dans lequel l’Etat Hébreu est nommé.

La première apparition d’Israël est à propos de la crise de confiance dans les institutions dues à des facteurs circonstanciels comme la crise économique ou d’autres causes profondes. Comme exemple de cause profonde, les auteurs citent le rejet des élites et la haine de l’establishment, passion qui a mené à « l’accaparement des opinions par des outsiders populistes vrais ou prétendu » (seul le mot Trump a été évité ici) et une polarisation identitaire a une demande de réaffirmation claire de la clôture du « nous » contre « eux ».

L’exemple le mieux approprié ici est bien sur l’érection de murs en Israël, aux États Unis et en Hongrie. Aucunes allusions à la cinquantaine de murs de séparation érigés à travers le monde malgré une infographie fort bien rédigée par le Figaro datant du 18 juin 2015.

La deuxième mention d’Israël dénonce une subversion et un détournement des institutions démocratiques, ou Israël est aligné cette fois avec la Russie et la Turquie.

La troisième nomination est dans une citation de l’émir d’Arabie Saoudite Tamim ben Hamad al-Thani qui se vante devant l’administration Trump d’avoir « d’excellentes » relations avec Israël.
La quatrième fois que le mot Israël apparaît est dans une référence d’article écrit par Mohamed El-Oifi, politologue français qui dénonce dans le Monde Diplomatique « la désinformation a l’israélienne ». Il s’en prend à l’agence MEMRI qui traduit essentiellement les publications du monde Arabe dans les langues Européennes afin que ceux-ci comprennent ce qui est dit et écrit dans les médias et les cercles politiques du monde Arabe.

Répondre à ce document demanderait une dissertation fastidieuse, non appropriée a cette plateforme. Cependant, il faut dire que les auteurs, de façon consciente ou pas, sont les associés d’une industrie de mensonge internationale.

Il est inconcevable que la désinformation émanant du conflit Israélo-Arabe ne soit pas analysée par un document qui exhibe un tel titre. Le monde Arabe matraque le monde occidental avec des mensonges incontestables sur ce conflit et une usurpation d’identité insoutenable est en train de s’effectuer depuis plusieurs décennies, par le biais justement d’une désinformation systématique et bien élaborée. Israël est perçu par trop comme un pays d’apartheid alors que la minorité Arabe vivant en Israël affiche des données économiques, sociales et personnelles des plus élevés du monde arabe.

Il faut le dire et le répéter : chaque mort est un monde qui disparait et chaque victime doit être déplorée mais les Palestiniens qui dénoncent Israël de génocide ont accusé près de 14 000 victimes toutes guerres et toutes opérations comprises depuis la création de l’état Juif alors que c’est le chiffre des victimes mensuelles dans d’autres conflits comme la Syrie, l’Iran, Irak, la Somalie et la liste est encore longue. Malgré ce chiffre « dérisoire » en comparaison avec tous les autres conflits similaires dans le monde, c’est pourtant ce conflit qui est décrit comme l’un des conflits les plus dangereux de la planète. Comment expliquer l’antinomie entre la réalité d’Israël et l’image qui émane de ce pays si ce n’est par le biais d’une désinformation plus odieuse que dangereuse ?

Ne citer Israël que pour son mur de séparation alors que celui-ci a été érigé après plus de 1 000 victimes civiles par un terrorisme impitoyable qui faisait exploser des bombes vivantes dans les rues et les marchés, illustrer une « désinformation » avec une agence de traduction et aligner Israël avec la Turquie et la Russie en termes de démocratie sont tous les éléments d’une ignorance ou d’une insolence ahurissante. Il faut dire à ces auteurs : Il est temps de se remettre à étudier les faits car ils ne sont vraisemblablement pas enseignés dans vos écoles. À moins que vous n’essayiez de créer une réalité plus conforme à ce que vous voulez être vérité ?

1- J.-B. Jeangène Vilmer, A. Escorcia, M. Guillaume, J. Herrera, Les Manipulations de l’information : un défi pour nos démocraties, rapport du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) du ministère des Armées, Paris, août 2018.
2- https://www.lemonde.fr/idees/article/2011/05/13/tuer-l-ennemi-public-numero-1-est-ce-rendre-justice_1521546_3232.html