De nouveau, le gouvernement israélien dirigé par le Premier ministre Benyamin Netanyahou a réussi à faire retirer la proposition de loi présentée par Tamar Zandberg, à la tête du Parti Meretz, qui, visant à reconnaître le génocide arménien, aurait officiellement rendu Justice à la Mémoire des victimes du peuple arménien, en 1915, sous le régime des Jeunes-Turcs.

Pourquoi ce déni de Justice constitue-t-il une erreur impardonnable ?

Le gouvernement israélien, par son refus répété de reconnaître le génocide arménien et son mépris à l’encontre de sa Mémoire, jette, à tort, le discrédit sur l’ensemble de la population israélienne qui, pourtant, se montre plus que favorable à la reconnaissance du génocide arménien.  

L’ampleur de la Shoah inscrite dans la Conscience collective d’Israël, rapproche naturellement notre peuple des Arméniens. De plus, au lendemain de la réélection d’Erdogan, la reconnaissance du génocide arménien aurait démontré à la Turquie et à ses alliés pro-iraniens qu’Israël, fort d’une Tradition de Justice quadri-millénaire, est disposé à témoigner de sa solidarité avec la souffrance arménienne sans craindre les inéluctables menaces de représailles. C’eût été rendre Justice à l’ensemble des victimes arméniennes, dans la plus pure tradition hébraïque et la fidélité inébranlable au  Patriarche Avraham:

«Si Je [l’Eternel] l’ai distingué [Avraham], c’est pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Éternel, en pratiquant la vertu et la justice» (Genèse 18: 19).

Lier la reconnaissance du génocide arménien aux intérêts économiques communs au gouvernement turc actuel, à l’Azerbaïdjan et à l’Etat d’Israël, c’est s’opposer d’une part à toute éthique fondée sur la notion de responsabilité d’autrui et d’autre part à la vocation  d’Israël, le peuple né pour instaurer la Justice  dans le Monde – «c’est la Justice, la Justice, que tu poursuivras» (Deutéronome 16: 20).

Comment notre démocratie israélienne, faussement décriée et calomniée par de nombreux pays, ose-t-elle se rabaisser à un dictateur, ami du mouvement terroriste Hamas, antisioniste et antisémite, prônant la destruction de l’Etat hébreu et agissant explicitement en sa faveur ?

Le gouvernement d’Israël conduit par le Premier ministre Benyamin Netanyahou trahit les valeurs fondamentales de Dignité et du respect du devoir de Mémoire qui font la fierté de la tradition hébraïque. Ainsi, nous devons, en tant que Juifs israéliens, nous indigner d’une telle politisation et instrumentalisation de la cause arménienne qui déshonore notre propre Histoire de peuple humilié durant des millénaires.

Garder le silence n’est plus possible ! La question de la reconnaissance de l’Aghet – Le génocide arménien qui n’est point seulement une «tragédie»- est avant tout d’ordre éthique. Elle transcende toute autre considération.

Notre gouvernement vient de manquer à son devoir historique le plus élémentaire, celui de répondre au cri «des sangs» de nos frères arméniens ne cessant de demander que Justice soit rendue. Cette irresponsabilité constitue une grave faute morale, contraire à notre vocation de devenir une lumière pour les Nations :

«Moi, l’Eternel, je t’ai appelé pour la Justice et je te prends par la main ; je te protège et je t’établis pour la fédération des peuples et la lumière des nations» (Isaïe 42: 6).

Qu’espère obtenir Benyamin Netanyahou en collaborant avec un Etat conduit par Erdogan aux idées islamistes fondamentalistes ? Les étroits intérêts économiques, pour importants qu’ils soient dans les relations entre les peuples, ne doivent point s’établir au détriment d’une tradition éthique millénaire qui s’est révélée être garante du peuple juif tout au long de son histoire, et sa pérennité.

C’est justement eu égard à notre douloureux passé que nous devons réagir positivement à la réponse en forme de question de Caïn : «Suis–je le gardien de mon frère ?» (Genèse 4: 9). Au-delà de la reconnaissance du génocide arménien, c’est le devoir de Justice qui doit être respecté, en fin de compte.

«Zakhor !»

«Tu dois te Souvenir !»