Il semble que le dernier cycle de violence entre Israël et le Hamas ait pris fin. Mais la tension reste élevée et beaucoup considèrent que le prochain embrasement s’annonce déjà.

Après tout, cela fait plusieurs mois que les affrontements, sous formes variées, entre les mouvements terroristes palestiniens et le gouvernement israélien continuent, avec des cessez-le-feu à durée limitée, et sans que prennent fin les lancers de ballons incendiaires depuis Gaza, qui ont déjà détruit de nombreux champs dans le sud d’Israël.

Beaucoup d’Israéliens expriment une certaine impatience. Le Hamas est au pouvoir depuis plus de onze ans dans la bande de Gaza. Depuis, ce territoire est sous blocus, il y a eu déjà trois opérations militaires d’envergure contre le mouvement terroriste. Et pourtant rien ne change réellement.

Pire, sur les onze années de pouvoir du Hamas, Netanyahou, le héros de la droite sécuritaire israélienne était au pouvoir pendant neuf d’entre elles. Face à l’absence d’amélioration sur le terrain, on voit se multiplier les appels à une solution plus radicale, soit une opération de destruction du Hamas, soit un vrai accord de paix, en fonction de l’orientation politique de l’interlocuteur.

Certains vont même jusqu’à accuser « Bibi » de maintenir exprès une situation de guerre larvée afin de pouvoir en profiter pour gonfler son discours sécuritaire et en retirer des bénéfices politiques (après tout, les élections approchent à grands pas). Sans vouloir m’exprimer sur le cynisme du personnage, cela ne semble plus être vrai.

Tous les sondages le montrent, une vaste majorité des Israéliens voient la politique actuelle du gouvernement face à la bande de Gaza comme un échec et un maintien de cette situation de guerre larvée, continue et indécise risque plus de nuire à Netanyahu que de l’aider.

Le problème est plus grave et plus profond : aucune des solutions radicales évoquées plus haut ne semble viable, et voici pourquoi.

Commençons par l’idée de détruire le Hamas. Deux arguments principaux vont à l’encontre d’un tel plan. Tout d’abord, la question de la faisabilité de cette option se pose. Pour « détruire » le Hamas, il faudrait engager Tsahal dans une opération d’une envergure rarement vue dans la bande de Gaza.

En dehors des réactions de la communauté internationale en cas d’opération de ce type, le prix à payer par l’armée israélienne risque d’être élevé. Sans faire entrer un grand nombre de troupes à pied, aucune opération n’arrivera à porter le coup souhaité à l’organisation terroriste, dont les dirigeants se ruent, à chaque bombardement, dans les bunkers qu’ils ont su se construire pour se protéger.

Or, la bande de Gaza est un des pires endroits au monde pour y faire entrer des fantassins, un territoire urbain extrêmement dense, que le Hamas connaît parfaitement, et qu’il a transformé pour le rendre le plus meurtrier possible pour toute armée qui y rentrerait. En d’autres termes, éliminer le Hamas coûtera cher en vies israéliennes, beaucoup plus que ce coûte la situation actuelle au pays, sans parler des coûts de la réaction du Hamas si une telle opération avait lieu.

Même dans le cas d’une victoire israélienne dans une opération de grande envergure, se poserait alors le problème de l’après. Que mettre à la place du Hamas ? Un contrôle direct de l’armée israélienne serait catastrophique, avec une situation comme dans le sud Liban (ou comme à Gaza avant 2005) dans laquelle on apprendrait la mort de soldats israéliens sur une base quasi hebdomadaire. La nomination d’un gouvernement pro israélien est une chimère qui, historiquement, n’a jamais marché. Quant à laisser la situation évoluer par elle-même, cela risquerait de n’apporter que des mauvaises nouvelles pour l’Etat hébreu.

Car dans la bande de Gaza agissent des groupes terroristes bien plus extrémistes et plus dangereux que le Hamas et qui risqueraient de profiter du vide créé par la disparition de ce dernier. Il se pourrait bien que rapidement les Israéliens regrettent de ne plus avoir en face d’eux ce qui est actuellement un ennemi dangereux certes mais rationnel.

L’exemple du Golan est en ce sens assez révélateur. L’arrivée brutale de groupes islamistes, dont certains sont liés à Daesh, à la frontière entre la Syrie et Israël, a conduit beaucoup de dirigeants israéliens à regretter Bachar el Assad, qui n’est pourtant pas vraiment un ami de l’Etat hébreu, mais qui semble malgré tout plus réaliste que ceux qui contrôlent le Golan syrien actuellement. La même chose pourrait se passer à Gaza si le Hamas disparaissait.

Pour se convaincre de l’impossibilité d’une telle option, que l’on pense au fait qu’Israël vit sous le gouvernement le plus à droite que le pays n’ait jamais connu. La coalition qui soutient Netanyahou comporte tout ce que l’Etat hébreu compte de militaristes et de belliqueux, avec des gens comme Smoutritch qui évoque les implantations du Goush Katif avec nostalgie, ou Liberman qui promettait en campagne de tuer Hanyeh en moins de quarante-huit heures. Si ces gens-là ne sont pas capables de partir en guerre, personne ne le sera et le simple fait que cette coalition ne lance pas une opération suffit à prouver que ce n’est pas une solution viable.

Si l’idée de mettre fin à la présence du Hamas paraît chimérique, celle de faire la paix avec le Hamas est encore plus saugrenue. Tout d’abord, rares sont ceux, au sein du gouvernement israélien, qui sont favorable à une telle solution. Mais même si les Israéliens voulaient arriver à un accord politique de longue durée avec le Hamas, ce dernier s’y opposerait totalement.

L’impossibilité pour le Hamas de faire la paix avec Israël est de deux niveaux. D’un point de vue idéologique, la lutte contre Israël et la destruction de l’Etat hébreu sont au cœur du programme politique du mouvement terroriste. Faire la paix avec Israël serait lui faire perdre sa raison d’être. Et d’un point de vue pragmatique, perdre cette raison d’être, serait se mettre en grave danger politique.

Alors que le Hamas tient la bande de Gaza d’une poigne de fer, sans ménagement pour sa population, ne plus pouvoir utiliser le combat contre Israël pour justifier son emprise le mettrait dans une situation nettement moins confortable. De plus, le mouvement n’est pas totalement en monopole à Gaza. D’autres groupes revendiquent aussi un rôle de combattant contre l’Etat hébreu, et n’hésiteraient pas à profiter d’un accord Hamas-Israël pour essayer de le discréditer et le marginaliser.

Le destin du Fatah est présent dans tous les esprits. Après les accords d’Oslo, le mouvement a vu son image se détériorer. Rapidement, la population palestinienne a commencé à critiquer la corruption, qui avait été jusqu’alors cachée par le discours combattif d’Arafat et de ses compagnons.

Et elle s’est finalement massivement détournée vers une autre organisation, au discours sans concession, le Hamas justement. Dans ces conditions, on comprend bien que ce dernier ne veut pas vivre le sort qu’il a su infliger à son concurrent principal. Il restera donc sans concession, et la paix avec lui est impossible.

Ainsi, aucune des solutions « radicales » avancées n’est possible à court terme. Malheureusement, la situation actuelle de guerre larvée, cyclique, risque donc de durer.

Cependant, il est possible d’améliorer les choses à long terme, et ce de deux manières différentes.

Tout d’abord, en améliorant le sort de la population à Gaza. L’échec du blocus sur le territoire est évident. Il n’a empêché absolument aucune action du Hamas. Par contre, il a créé une crise humanitaire dans la bande de Gaza, que tous les spécialistes militaires décrivent comme une bombe à retardement. Et cela est assez simple à comprendre. Sans logement, sans électricité, sans avenir, les Gazaouis n’ont rien à perdre, et rien ne les retient.

C’est ce désespoir qui explique que tant de personnes sont prêtes à s’approcher de la frontière tout en sachant que Tsahal ouvrira le feu, c’est lui aussi qui fait que personne n’empêche le Hamas de tirer depuis des bâtiments civils alors que tout le monde sait que les Israéliens riposteront, c’est lui enfin qui rend le pouvoir du mouvement terroriste sur la population si certain.

Améliorer la situation des Gazaouis est donc une condition sine qua non pour sortir cette population de son état de survivance soumise, et pour diminuer, à long terme l’emprise du Hamas sur la bande de Gaza, et rendre donc possible un règlement politique avec Israël.

La deuxième manière d’améliorer la situation dans le sud d’Israël est de faire intervenir la communauté internationale et en particulier les pays arabes de la région. Si un accord direct en Israël et le Hamas serait dur à justifier pour ce dernier, un accord régional, dans lequel d’autres pays arabes seraient des acteurs à part entière, serait moins gênant pour le mouvement terroriste, et donc plus acceptable, sans parler des avantages financiers que peut apporter la communauté internationale à la région. En somme, plus le nombre de pays impliqué sera élevé, plus une solution politique sera possible à Gaza.

Or sur ces deux points, Netanyahou est gravement absent. Alors que les plans pour alléger le blocus sur Gaza sont prêts depuis des années, alors que des pays comme l’Égypte, la Jordanie et l’Arabie saoudite sont prêts à jouer le rôle évoqué plus haut, le premier ministre israélien, un œil rivé sur les sondages, et l’autre sur les tweets des membres de sa coalition, est incapable de prendre une décision pourtant capitale sur le long terme.

Craignant que des décisions dans ce sens ne froissent sa base, et comme les résultats de telles décisions ne se feraient pas sentir suffisamment tôt pour qu’il puisse en tirer des profits politiques personnels, Netanyahou préfère ne rien faire, sacrifiant les intérêts nationaux à sa carrière politique. Et ce sont les habitants du sud qui en paient le prix.

Il est donc assez inutile de reprocher au Premier ministre israélien de ne pas déclencher immédiatement une opération d’élimination du Hamas ou de ne pas initier des contacts pour arriver à un accord avec ce dernier, les deux sont impossibles. Par contre, il est indéniable qu’après neuf ans d’inaction, il porte une responsabilité importante dans l’absence d’évolution de la situation actuelle. Et son manque de courage politique qui l’empêche de prendre les décisions nécessaires pour améliorer les choses sur le long terme condamne le sud à encore de longues années de souffrance.