On laissera aux spécialistes de la chose militaire les commentaires sur la durée du énième cessez-le-feu qui vient d’être négocié à l’heure où ces lignes sont écrites, pour mieux s’intéresser à l’après.

A l’issue des affrontements, il faudra bien qu’une politique vis-à-vis de Gaza soit enfin définie. Car c’est sans doute ce qui est à l’origine de ce scénario sans cesse renouvelé : lancer de roquettes sur Israël, bombardements par l’aviation israélienne d’installations du Hamas, cessez-le-feu … jusqu’à la prochaine fois.

Benny Gantz a souligné à juste titre qu’après l’opération « Bordure protectrice » (Tsouk Eytan), il ne s’était rien passé sur le terrain politique. Ou plutôt si : la situation économique et humanitaire n’a cessé de se dégrader à Gaza, permettant au Hamas de survivre politiquement en se présentant comme le défenseur des intérêts d’une population qui pourtant aime de moins en moins ces Fous de Dieu.

Il y a bien des choses à faire. D’abord sur le plan économique avec les Etats-Unis, les Européens et les pays du Golfe prêts à reconstruire et à financer de nouvelles infrastructures (stations d’électricité, port et aéroport …), Israël allégeant le blocus. Resterait l’épineux problème du statut de la bande. Ici, l’omerta règne. Car Binyamin Netanyahou a un plan d’envergure. C’est même précisément la raison pour laquelle il a toujours refusé la guerre totale à laquelle le poussaient les excités de sa coalition (Avigdor Liberman, Naftali Benet, Betzalel Smotricht …) : il veut maintenir le Hamas au pouvoir, négocier avec lui une trêve à long terme, ce qui aurait le triple avantage de débarrasser Israël d’une population dont personne ne veut, d’affaiblir l’Autorité palestinienne et de garder la Cisjordanie. Car là est le véritable objectif : une partition de la Palestine. Le Hamas pourra appeler son entité « Etat » ou « Royaume d’Allah », peu importe à Bibi, pourvu que cela conduise Abou Mazen à refuser tout accord qui le priverait d’une partie des territoires palestiniens.

Israël aurait alors le beau rôle et un joli prétexte pour annexer les implantations … en attendant la suite. On le voit : à Gaza, le jour d’après relève d’une véritable stratégie de gestion du conflit avec un objectif de plus en plus clairement affiché : un seul Etat – juif – sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Un pays binational au niveau de la composition de sa population, mais sûrement pas à celui du partage du pouvoir politique.

C’est ici le lien non-dit entre la loi sur l’Etat-Nation (que pour les Juifs) et le relativisme militaire adopté pour affronter les milices armées à Gaza. Reste à savoir si à Téhéran, on entend rester inerte face à ce « grand plan » de Binyamin Netanyahou. Au vu de ce qui se passe à Gaza depuis ce sinistre samedi 4 mai, les Mollahs n’ont pas encore baissé les bras.