Condamnations ou condoléances ?

Difficile de ne pas revenir sur Gaza alors que beaucoup a déjà été dit, par d’autres et par nous-mêmes…

Il est dorénavant établi que ces manifestations n’ont pas été que civiles et pacifiques et que le Hamas, même s’il n’a pas été à leur initiative, les a encadrées, soutenues au plan logistique (transport, indemnisation…) et utilisées pour couvrir des tentatives d’infiltration.

Il est clairement établi que même s’il y eut beaucoup de membres du Hamas – et revendiqués comme tels par le Hamas lui-même parmi les quelques 110 morts qu’on déplore depuis le début des heurts, nombre des morts et plus encore des blessés par milliers étaient des civils non armés qui avaient de bonnes raisons d’exprimer leur mécontentement, – et, qui plus est, en avaient le plein droit.

Ces explosions de violence n’ont pas, il faut le souligner, éclaté à l’occasion du transfert, inutile et provocateur à nos yeux, de l’ambassade US à Jérusalem-Ouest qui est sans conteste, la capitale d’Israël. Elles se sont déroulées dans le cadre des «marches du retour» et non pas «de la paix», un «retour» synonyme « au mieux » de non reconnaissance et de destruction de l’État d’Israël ; “au pire” d’atteinte physique à sa population.

Mais ceux qui sont attachés à Israël, son droit à l’existence et qui soutiennent le droit des Palestiniens à un État dans le cadre d’une solution « deux peuples /deux États » – ce qui est notre cas – auraient tort de se complaire dans le dévoilement de l’instrumentalisation, nullement surprenante, par le Hamas de heurts dont on peut craindre le renouvellement jusqu’à l’anniversaire de la guerre des Six jours. Rejeter la faute sur l’autre, effet miroir de la seule mise en accusation d’Israël, est attentatoire à la vérité et ne présente au final que peu d’intérêt.

À l’instar d’Amos Harel, journaliste israélien (Ha’aretz), il nous semble que «la question principale est de savoir ce qu’Israël a fait pour empêcher ce bain de sang avant qu’il ne se produise». Et sa réaction est sans appel : «La réponse est que presque rien n’a été fait.

Depuis des mois, les forces de sécurité ont averti que l’infrastructure et l’économie de Gaza se trouvent dans une situation désespérée, que le chômage est en train de déferler et, avec lui, les sentiments de frustration et de rage. Mais l’essentiel est qu’Israël a à peine levé le petit doigt pour soulager la détresse dans la bande de Gaza. Les événements le long de la clôture sont une catastrophe qui attendait de se produire. Israël a adopté une ligne fataliste, selon laquelle ce qui se passe ne pouvait que se produire».

Dorénavant, que faire ? Israël a des obligations envers cette population. Si elles sont assumées, cela ne pourra que contribuer à la diminution de la désespérance de la population, terreau sur lequel prospère le Hamas. L’establishment militaro-sécuritaire israélien a fait à cet égard et à plusieurs reprises de multiples propositions.

Un rassemblement -qui s’est tenu vendredi dernier au carrefour Yad Mordekhai – d’Israéliens militants des droits de l’homme réclame la fin de l’embargo, le développement non homéopathique de la bande de Gaza, la création d’un port, etc. Ce que, du reste, certains ministres ont eux-mêmes proposé mais n’a jamais été mis en pratique. Israël a les moyens de le faire tout en assurant sa sécurité qui reste un impératif incontournable.

Mais faire baisser la pression économique et sociale dans la bande de Gaza est une contribution à cette même sécurité. Le développement économique, aussi indispensable soit-il, ne saurait se substituer à un accord politique. Et oui, les Palestiniens veulent à juste titre le beurre et l’argent du beurre !

Est-il surprenant qu’ils aspirent à une existence dans des conditions de vie satisfaisantes et dans le cadre d’une identité nationale reconnue ? Comme l’a dit récemment Denis Charbit dans un entretien à la radio belge : «Du côté israélien il faudra se réveiller également […] par rapport à cette illusion de croire que la question palestinienne peut être gérée sans être résolue».

Golda Meïr a souvent été citée ces derniers temps. « Je préfère vos condamnations à vos condoléances  » aurait-elle dit. Ne pas avoir les deux, tel est ce qui dorénavant s’impose.