Le Premier Ministre français Manuel Valls a été traité de « traître » aux marges de l’université d’été du PS et à la veille de son intervention. Même langage en 1945 rappelle le sociologue François Bourricaud dans Le bricolage idéologique (1980, p.132) :

 » Ainsi ceux qui disent qu’il existe des camps de concentration en Union Soviétique, tous ceux qui condamnent le comportement du Parti Communiste français en 1939 sont des « traitres », des « alliés objectifs du fascisme ».

Rien n’a changé sur cette affirmation que l’on peut prolonger comme suit :

 » Ainsi ceux qui disent qu’il existe une raison interne au communisme pour expliquer son effondrement, tous ceux qui condamnent le comportement de la Gauche dans son soutien à nombre de dictatures ou de régimes autoritaires et populistes dont celles de Castro, Saddam Hussein, Kaddafi, Chavez sont des « traitres », des « alliés objectifs du (néo)fascisme » (entendez également ledit « néolibéralisme »).

Si par exemple Valls est traité de « traitre » à la veille de son allocution et la suite du remaniement, c’est qu’il est, de fait, un « allié objectif du fascisme » entendez ici le FN puisque menant une politique « néolibérale » la politique des Hollande/Valls ne va faire qu’aggraver la prégnance néofasciste (qui dénonce également le « néolibéralisme »).

La pensée totalitaire, comme l’avait soulignée en son temps Arendt s’institue non seulement dans les mots mais dans leur désignation des choses qui édifie alors la pensée et donc le regard : Valls=traitre, patron=dividendes=salaud, loyers=réglementés=réquisitionnés (Duflot est plus brutale qu’Aubry).

Service Public ? Au service du Public ? Bien sûr que non (comme l’a bien analysé Jean Robin) le public n’étant qu’un « usager », car le propriétaire est d’abord et seulement « la » République et donc seuls ses « représentants » en sont les dépositaires non seulement légaux mais de fait, comme par exemple les syndicats de la SNCM, SNCF, RATP, Éducation nationale, Universités, contrôle aérien, qui, sachant leur degré de nuisance iront cacher leurs intérêts catégoriels (qu’ils nient) derrière « l’intérêt général » qu’ils bafouent et ce chaque jour puisque loin de comprendre pourquoi le fret le trafic commercial et voyageurs la formation périclitent en France ils iront d’abord traiter de traitres les moindres réformateurs…

D’où l’idée qu’en cas de dissolution toute cette fine fleur (que le monde entier nous envie) fera feu de tout bois, exigeant dans ce cas pour la contrer l’emploi de la réquisition jusqu’à l’article 16, sauf que l’on ne voie guère un Juppé, même un Sarkozy l’utiliser.

Marine Le Pen ? Elle est dans l’ensemble d’accord avec cette fine fleur sur pratiquement tout, en matière de maintien tel que du service public, sauf sur l’immigration, mais cela ne mange pas de pain puisqu’il faut être français pour devenir fonctionnaire dont elle propose la consolidation du statut, espérant que la planche à billets retrouvée alimentera la baisse des charges promises pour les TPE PME et susceptibles de relancer la Machine.

Mais ne discutons même pas de ce point économique. Marine Le Pen sera-t-elle capable d’employer l’article 16 si les courants totalitaires de gauche veulent se servir de leur prégnance sur le service public pour enrayer l’action du FN désormais légalement aux manettes ? Rien n’est moins sûr qu’elle le fasse sauf sur un point crucial : que ces courants poussent à la grève uniquement politiquement.

Mais admettons qu’ils aient l’intelligence tactique de ne pas y aller par ce biais mais en poussant à la nationalisation/étatisations de diverses structures avides de bénéficier de la planche à billets il n’est pas sûr du tout que le FN fasse appel à l’article 16.D’où l’enlisement à terme mais c’est une autre histoire.

On verra alors là plutôt ce qui a été déjà perçu dans les années 20 en Italie et en Allemagne à savoir l’intrication agrégative (sans que personne ne le veuille vraiment mais c’est ainsi) des divers courants totalitaires qui cependant se heurteront toujours sur un point (et le cultiveront) : pour ou contre le cosmopolitisme, entendez l’immigré clandestin qui afflue suite non pas aux effets de « l’Empire » (américain) mais de la politique anti-populaire de tous ces dictateurs que nos totalitaires soutiennent encore dans leurs mémoires alors que ces dictateurs ont créé les conditions actuelles qui auraient émergé tôt ou tard, Kaddafi disant par exemple que l’Europe sera envahi démographiquement à terme, Saddam Hussein rêvant à devenir le nouveau Calife (les saoudiens faisant alors pression comme ils le font maintenant pour l’en empêcher).

Pour l’instant, la dictature intellectuelle va s’accentuer dans les universités, les lycées, les médias (sous prétexte de lutte anti-totalitaire !) mais il y aura toujours quelques poupées de cire et de son pour le masquer (Zemmour, Rioufol, Finkielkraut… et quelques sites).

Quelle est alors la différence entre cette dictature issue de la gauche communiste (qui, elle, a réellement trahi les idéaux d’émancipation et d’affinement issus de la Renaissance) et la dictature de l’État islamique ?

Aucune (sinon évidemment sur le plan formel : les décapitations n’étant, ici, que spirituelles ou académiques) puisque le propre de la pensée totalitaire est déjà de policer la pensée et donc les comportements, ce que fait également l’EI et ce serait même l’un de ses attraits pour nombre de djihadistes en herbe sur le départ pourtant élevés au biberon de l’islam sympa ayant même cultivé un moyen âge européen barbare… Cherchez l’erreur…

Déjà des totalitaires de gauche au faîte de leur puissance à l’Université se disent qu’il faut y accentuer la lutte anti-islamophobe partout et surtout chez les féministes, mais oui, puisque celles-ci (hors Femen s’entend qui sont exclusivement anti-chrétiennes) auraient des préjugés islamophobes, sans rire : je l’ai ainsi entendu, lors d’une soirée, de la bouche de la femme d’un des censeurs de Sylvain Gouguenheim à l’ENS de Lyon (qui organise le 1er Congrès, début septembre, de la Théorie du genre alors qu’elle n’existe pas selon certain(e)s).

Ce qui affirme bien là la convergence objective progressive et contradictoire, des courants totalitaires issus du communisme et de l’islamisme sur fond de haine anti-libérale, anti-américaine, anti-sioniste, trois haines (bien analysées par Pierre-André Taguieff) que ne peuvent pas ne pas partager les autres courants totalitaires issus du nationalisme monarchiste maurrassien, et de la nostalgie des racines et de la terre des Barrès et Péguy ; à ne pas confondre cependant avec les courants critiques envers le scientisme, le technocratisme et le progressisme, courants transversaux (Weil, Bernanos…) et bien plus complexes au sens où le fascisme comme le communisme se sont, eux, présentés, bien plus que le libéralisme, comme des courants résolument progressistes, « résolument modernes » ; ce qui fait d’ailleurs qu’ils se retrouvent aujourd’hui, néo-fascisme et néo-léninisme, à défendre le modèle productiviste et étatiste jacobin, tout en refusant cependant que la technostructure mondialisée vienne les concurrencer sur leurs platebandes françaises.

Ainsi, et sans avoir à contraindre encore plus la pensée en contrôlant Internet comme leurs collègues le font en Chine et dans les divers pays « amis », tous ces courants en voie de convergence idéologique, du moins sur le principal, peuvent bénéficier, par un accident de l’Histoire (un vote légal, 33, une prise de pouvoir minoritaire et illégale, 17) de la neutralité lasse des masses de plus en plus silencieuses, à moins d’un sursaut triant le bon grain de l’ivraie…

Mais n’est-il pas déjà trop tard ? L’oiseau de Minerve s’envole à la tombée de la nuit : lorsque les jeux sont faits.