On connaît l’adage : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge ! », qui, contrairement à une opinion très répandue, ne vient pas du christianisme mais de Voltaire. Binyamin Netanyahou est aussi éloigné de l’une que de l’autre de ces sources d’inspiration, mais a parfaitement intégré cette façon de voir, qui, en politique s’avère souvent très juste.

En proposant d’abaisser d’un demi-point le seuil d’éligibilité à la Knesset, qui passerait ainsi de 3,25 % à 2,75 %, il permettrait à un parti ne comptant que trois députés d’être représenté, contre quatre auparavant. Cette réforme irait à contre-courant de celles engagées précédemment qui avaient fait passer ce seuil de 1 %, à 1,5 %, puis 2 %, et enfin 3,25 %.

Cette évolution n’était pas neutre : alors qu’initialement, il s’agissait d’écarter les candidatures fantaisistes, la dernière réforme devait renforcer la stabilité gouvernementale.

Ce qui explique en partie que la XXème Knesset élue pour quatre ans en mars 2015, aura, dans tous les cas de figure, une durée supérieure à la moyenne des précédentes. Mais la stabilité gouvernementale n’est peut-être pas la préoccupation majeure du Premier ministre. Il s’agit surtout pour lui d’assurer son hégémonie sur son camp … en encourageant le fractionnement de ses rivaux. La manœuvre est d’abord dirigée contre HaBaït haYéoudi qui pourrait ainsi éclater, sa fraction la plus dure, Tkouma, étant encouragée à tenter sa chance en solitaire.

La réforme pourrait aussi conduire à l’éclatement de Yaadout ha Thora, le parti ultra-orthodoxe ashkénaze se divisant à nouveau entre Degel ha Thora et Agoudat Israël, comme c’est déjà le cas pour les élections municipales à Jérusalem. 

Cela pourrait aussi permettre à Shas, qui est en déclin, de rester représenté à la Knesset. Mais Aryeh Deri s’est déclaré opposé à la réforme, préférant sacrifier son parti plutôt que de permettre la renaissance politique de son éternel rival, Elie Yishaï.

Finalement, rien ici que de très conforme à notre adage « gardez-moi de mes amis ». Les surprises sont venues de l’opposition. Des députés arabes pourraient voter la réforme, afin de retrouver une autonomie politique abandonnée au sein de la liste arabe unie, qui s’était précisément formée suite à l’élévation à 3,25 % du seuil de représentativité. De façon encore plus surprenante, Meretz s’est déclarée prête à voter la réforme. Il est vrai que ce parti, avec cinq sièges aujourd’hui, court toujours un risque de disparition. Ce qui prouve qu’en politique, l’opportunisme est la chose la mieux partagée.