Cent ans de franc-maçonnerie, de la Palestine ottomane à la création de l’État d’Israël, explorés à travers les portraits de dix francs-maçons chrétiens, juifs et musulmans, sionistes et nationalistes arabes, sans préjuger de leurs pratiques religieuses et options politiques dans la Palestine ottomane et mandataire.

Ces hommes que tout semblait diviser mais que rassemblait un même idéal humaniste se retrouvaient deux fois par mois pour travailler ensemble à l’avenir de ce que certain appelaient Eretz Israël, d’autres Terre Sainte et d’autres enfin Palestine.

En dépit des guerres et des rivalités ethniques et religieuses, du harcèlement des congrégations catholiques françaises et des autorités islamiques, ils y ont laissé leur empreinte.

Les archives des loges d’Eretz Israël ont été détruites en 1942 quand l’Africakorps menaçait d’envahir la région. L’armée allemande de Rommel était suivie dans son sillage par le Mufti de Jérusalem, Amin el Husseini qui avait un plan pour éliminer toute la population juive du Moyen Orient.

Ce crime n’a pas eu lieu, l’armée allemande fut vaincue à El-Alamein en novembre 1942. L’armée anglaise victorieuse comprenait un régiment de la Brigade Juive créée par Jabotinsky dont nous parlerons plus tard.

Les seules archives dont on dispose aujourd’hui sont celles du Grand Orient de France à Paris, elles contiennent majoritairement des courriers administratifs. Si on ne sait que peu de choses de leur vie maçonnique, les actions de ces francs-maçons ont laissé des traces dans l’histoire du Moyen-Orient.

Robert Morris (1818-1888) – le Temple de Salomon.

En l’année 1860, Robert Morris, un avocat, poète et archéologue américain du Kentucky entreprend un voyage dans les pays du Levant. Parmi ses objectifs, il projetait de rechercher des vestiges de l’existence de loges maçonniques datant de l’époque du roi Salomon

Il partit pour la Terre Sainte mais sa recherche demeura infructueuse, il ne découvrit aucune trace ancienne. Il n’y trouva pas non plus de loge en activité, par contre il rencontra des francs-maçons originaires d’obédiences et de pays différents.

Robert Morris décida alors de créer la maçonnerie en Terre Sainte.

Il envoya d’abord une pétition au Grand Orient de France pour suggérer de créer une loge Jérusalem et Jaffa avec son excellence Noureddin Effendi, gouverneur turc de Jaffa et membre d’une loge parisienne. Le Grand Orient refusa car les pétitionnaires n’étaient pas des francs-maçons français[i].

Il choisit alors une autre voie : la frégate blindée « Lord Clyde » de la Royal Navy ayant accosté au port de Jaffa, il rendit visite au capitaine et aux officiers. Plusieurs d’entre eux étaient francs-maçons, il organisa avec eux la première réunion maçonnique du pays, le 13 mai 1868, dans la grotte de Sédécias à Jérusalem.

Cette réunion[ii] fut à l’origine de la première Loge de Palestine. Robert Morris obtint la patente d’une obédience canadienne pour ouvrir une loge qui travaillait en langue française. Elle eut une existence difficile et ferma définitivement ses portes en 1907. Mais elle avait planté les graines d’une franc-maçonnerie qui constituait déjà un exemple de coopération tolérante, multireligieuse et multiethnique.

Charles Netter (1826-1882) – le Temple de Salomon.

Les émeutes sanglantes de Damas en 1840, et l’attitude antisémites du clergé et du gouvernement français dirigé par Adolphe Thiers ont incité Adolphe Crémieux, Charles Netter et quelques autres francs-maçons juifs à créer l’Alliance Israélite Universelle.

Leur objectif était de lutter contre la haine et les préjugés, de protéger les juifs contre l’oppression mais également de les élever dans l’échelle sociale.

Charles Netter[iii] créa en 1870 Mikveh Israël, la première école d’agriculture en terre d’Israël. Elle aspirait à faire revivre la terre ancestrale et à permettre aux Juifs qui y vivaient d’assurer leur subsistance.

Au commencement de Mikve Israël, l’enseignement était dispensé en français. Les premiers agronomes et horticulteurs y ont été formés. Cette institution forme toujours des milliers d’Israéliens à la vie agricole.

La politique à l’Alliance Israélite Universelle, avec Charles Netter était d’accepter des élèves et apprentis arabes. Dès le début trois élèves musulmans, enfants des paysans du village contigu de Yazour, furent admis à Mikveh. En 1887, un des élèves était le frère du gouverneur de Jaffa.

Ben Gourion a déclaré en 1967 : « La création de l’Etat a été rendue possible grâce à la fondation de Mikve Israël ; si ce centre n’avait pas été créé, je doute que l’État d’Israël ait pu voir le jour.

Tout a commencé à ce moment et nous ne sommes venus que pour terminer l’ouvrage sur le plan politique et national ».

Par ailleurs, Charles Netter, toujours au nom de l’Alliance Israélite Universelle, chargea Nissim Behar de la fondation d’une école professionnelle à Jérusalem. Comme partout dans le réseau de l’Alliance, la langue d’enseignement était le français.

Mais Nissim Behar confia à Eliézer Ben Yehouda l’enseignement de l’hébreu moderne et participa activement à la formation des instituteurs qui diffusaient l’usage de cette langue dans le système éducatif naissant[iv], participant ainsi à la renaissance de l’hébreu.

Un moshav du Sharon fondé par d’anciens élèves de Mikve Israël porte le nom de Netter.

Alexander Howard ( ? -1904) – le Temple de Salomon.

Iskander Awad de son nom d’origine s’affilia au Temple de Salomon puis à la loge Barkaï. Il était un chrétien maronite libanais, l’agent local de l’agence de voyage Thomas Cook qui organisait des voyages au Proche-Orient.

Cette activité lui a permis de faire fortune et d’avoir une situation sociale importante, jusqu’à devenir un des premiers entrepreneurs immobiliers de Jérusalem au-delà des murailles de la vieille ville, ainsi que de Jaffa.

Il a construit des immeubles dans la rue commerçante de Jaffa qui a porté son nom. Aujourd’hui nommée rue Raziel, on peut encore y voir la maison de Howard avec une frise sur la porte portant à côté de la devise en arabe « Salaam al Ibrahim » celle en hébreu « Shalom al Israël » (La paix soit sur Israël).

Cet immeuble abrita les bureaux de Meir Dizengoff, fondateur et premier maire de Tel Aviv et du constructeur de Neve Tzedek, Aharon Chelouche. On y trouvait aussi un temple maçonnique et un centre de réunion pour les immigrants, juifs qui arrivaient à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle.

Encore plus surprenant compte tenu de l’évolution ultérieure des relations entre les deux communautés aux environs de 1890, la maison de ce franc-maçon arabe devint le siège du Comité Central des Hovevei Zion (Les Amants de Sion), un mouvement pionnier de sionistes russes qui promouvait l’immigration en Palestine.

Conjointement avec Rolla Floyd, un franc-maçon américain, mormon, membre de la loge, Howard établit le premier service de diligence entre Jaffa et Jérusalem ; il bâtit des hôtels à Jérusalem, Jaffa et Latroun. Floyd succéda à Howard comme agent de Thomas Cook. Il prit la présidence de la loge en 1884[v].

Il faut citer ici la famille Boutagy[vi] qui représentait, à Haïfa la compagnie Thomas Cook. Charles Boutagy participait au réseau d’espionnage Nili[vii]. Créé et animé par Aaron et Sarah Aaronson qui avaient été informés qu’après les massacres des Assyriens, des Grecs Pontiques et des Arméniens, les Turcs, pour « turquifier » leur empire allaient s’en prendre aux Juifs.

Le réseau Nili renseignait lors de la Campagne de Palestine. en 1915, les Britanniques, en guerre contre la Turquie et l’Allemagne. Comme Charles Boutagy, plusieurs agents de Nili étaient aussi francs-maçons.

César Araktingi (1865-1941) –affilié à Barkaï le 13 mars 1906. 

César Araktingi qui venait d’Egypte était déjà franc-maçon quand il s’affilia à la loge Barkaï. Cela se passa le 13 mars 1906, il fut bientôt élu à la présidence de la loge et le resta jusqu’en 1929, c’est-à-dire, pendant 23 années !

César Araktingi a marqué la franc-maçonnerie du Proche-Orient.

Passionné et charismatique, il a traversé à la tête de Barkaï des périodes troublées. Il a fait face à la guerre, aux émeutes arabes, à l’hostilité de l’Église catholique et du pouvoir ottoman. Il sut faire de cette loge une référence dans la région.

Au nom de Barkaï, César Aractingi a demandé au ministre de l’intérieur turc, qui était franc-maçon, de faire cesser les massacres contre les Arméniens. En vain. Le ministre en question était Talaat Pacha, l’organisateur de ces massacres.

César Araktingi était de confession chrétienne (Grec-Catholique). Il a été drogman[viii], vice-consul de Grande Bretagne dans la Palestine ottomane, maire adjoint de la municipalité de Jaffa. A son décès en 1941, il eut droit à des funérailles nationales.

Youssef el-Issa (1870-1948) – initié à Barkaï le 6 juin 1910.

Youssef el-Issa était un journaliste arabe chrétien. Avec son cousin Issa el Issa ils fonda en 1911 à Jaffa le quotidien Falastin puis à Damas Alif Ba’ ces journaux étaient réputés les plus influents dans la région au début du 20ème siècle.

Falastin a d’abord été le porte parole de la lutte contre l’influence puis la colonisation britannique au Moyen-Orient. Au commencement, le journal eut pour le sionisme une position considérée comme « neutralité positive[ix] ».

En 1914, Falastin publia la traduction en Arabe du Manifeste sioniste de Menahem Ussishkin. En 1930, Albert Einstein y publia une lettre pour la coopération pacifique des Juifs et des Arabes.

Mais Falastin devint de plus en plus opposé au sionisme. Il accompagna les débuts du nationalisme arabo-palestinien, fut virulent contre l’immigration juive et les achats de terre, décrivant le sionisme comme la pire menace pour la population arabe de Palestine.

Youssef el-Issa avait néanmoins des amis juifs dont le franc-maçon Maurice Schönberg, l’horloger qui a érigé la Tour de l’Horloge, monument bien connu de Jaffa. Il était antisioniste mais favorable à l’apport culturel et économique des juifs installés dans la région.

Dans les conflits qui divisèrent les arabes de Palestine, Youssef  el-Issa était du côté de la bourgeoisie naissante contre les cléricaux-féodaux[x]. Il a soutenu le maire franc-maçon de Jérusalem, Ragheb Nashashibi contre le Mufti, Amin el Husseini.

Il était lié à Omar el Bitar, le maire franc-maçon de Jaffa qui a vendu aux juifs les terrains sur lesquels ont été édifiée la ville de Bne-Brak, et à Fakhri el Nashashibi lequel s’opposa les armes à la main, à la révolte arabe de 1936, révolte revendiquant la fin du mandat britannique sur la Palestine, la création d’un État arabe indépendant sur tout le territoire et la fin de l’immigration sioniste. Fakhri el Nashashibi fut assassiné par le clan Husseni.

Youssef el-Issa fut avec Ragheb Nashashibi, représentant des Palestiniens au congrès Arabe de 1920 qui décida que l’émir Faysal régnerait sur la Syrie, le Liban et la Palestine. Faysal avait signé en 1919 un accord avec Haim Weizman pour la coopération judéo-arabe. L’Angleterre fit capoter cet accord.

Joseph Amzalak (1828-1916) – initié à Barkaï le 29 janvier 1884.

Un autre franc-maçon de la loge était Joseph Amzalak, membre d’une famille de riches juifs sépharades, il habitait Jérusalem. Avec Jacob Valero, il fonda en 1848 la première banque en Palestine.

Vice-consul britannique à Jaffa il a contribué à l’édification de la ville de Rishon LeZion et il participa avec le banquier Joseph Navon à la construction du chemin de fer Jaffa-Jérusalem, le plus grand chantier de la région à l’époque.

Il a bâti une maison dans l’enceinte de Jérusalem[xi] près de la Porte de Jaffa, qui était considérée comme la plus belle de la ville.

Celle-ci, postérieurement transformée en l’Hôtel Mediterranean, fut le lieu de rencontre des francs-maçons à Jérusalem. L’archéologue Charles Warren y avait ses quartiers quand il a mené les premières grandes fouilles au Mont du Temple ouvrant ainsi une nouvelle ère de l’archéologie biblique avec Claude Reignier Conder qui a réalisé la topographie de Jérusalem.

Herman Melville, Mark Twain et l’ancien président des Etats-Unis et franc-maçon, le général Hiram Ulysses S. Grant y ont séjourné.

Robert Morris y a tenu toutes les réunions préparatoires à la création de la loge « Royal Solomon Mother Lodge »..

L’archimandrite Pantaleimon Athanassiadès (1870 – ?) – initié à Moriah, en novembre 1913.

L’adhésion la plus étonnante fut celle d’un haut dignitaire ecclésiastique. L’archimandrite Pantaleimon Athanassiadès, membre du synode du patriarcat grec. Il fut initié en novembre 1913 après qu’à la demande du Grand Orient, la loge ait du expliquer au candidat la spécificité laïque de l’Obédience[xii].

Après la campagne de Palestine de 1917 et la prise de Jérusalem par Allenby, la ville était dévastée. Représentant aux États-Unis du Patriarcat de Jérusalem, il sollicita l’aide des Américains pour reconstruire la ville chrétienne et particulièrement le Saint Sépulcre. Malgré l’hostilité due à la rivalité des clergés chrétiens il réussit à restaurer l’édifice.

Ragheb Nashashibi (1881-1951) – initié à Barkaï le 26 avril 1914.

Le clan Nashashibi est l’un des plus importants de Palestine, gardien des lieux saints musulmans de Jérusalem, la mosquée El Aksa et le Caveau des Patriarches.

Notables, propriétaires fonciers, marchands, fonctionnaires, occupant des fonctions importantes dans l’administration et la politique, les Nashashibi sont devenus une des familles plus influentes de la Jérusalem arabe.

Ils ont eu une forte influence dans les affaires palestiniennes pendant la période du mandat britannique, de 1920 à 1948. Ils ont rivalisé avec le clan Husseini pour la direction des affaires politiques. Les tendances de ces deux familles étaient opposées.

Les Husseini, féodaux-cléricaux penchaient pour l’obscurantisme et le nazisme tandis que les Nashashibi, qui représentaient la bourgeoisie commerçante montante étaient en faveur du libéralisme.

Les positions britanniques et germaniques en faveur des Husseini ont été déterminantes.

Ragheb Nashashibi, chef du clan Nashashibi à l’époque, était franc-maçon. Il avait été initié à Barkaï le 26 avril 1914. Il a été un personnage politique influent tout au long de la période du mandat britannique, et au-delà.

Il était maire de Jérusalem en 1920, il a formé le Parti National Arabe Palestinien en 1928 et le Parti de Défense Nationale en 1934. En 1936, il a rejoint le Comité Arabe Supérieur, formé à l’initiative d’Amin al-Husseini, il en démissionna très vite avec l’ensemble du Parti de la Défense nationale et ses alliés des clans Khalidi et Dajani, parmi lesquels les francs-maçons étaient bien représentés.

La grande révolte arabe de 1936-1939 a été déclenchée par les Husseini qui étaient violemment antisémites et partisans de l’Allamagne nazie. La communauté juive en fut la première victime, mais ils ont en ont également profité pour s’attaquer aux membres des clans rivaux[xiii] et aux administrateurs britanniques.

Ragheb Nashashibi a été forcé de fuir après plusieurs tentatives d’assassinat commanditées par le muftî, Amin al-Husseini[xiv]. Le neveu de Ragheb, l’avocat Fakhri Nashashibi, a organisé des forces connues sous le nom de « Bandes de paix » (Fasaïl al Salam) pour combattre les Husseini. Ils l’ont assassiné en 1941.

Considérés comme politiquement modérés par rapport aux Husseini, les Nashashibi étaient favorables à une opposition politique, plutôt qu’à la violence face au mandat britannique et au sionisme.

Ils estimaient que les objectifs politiques arabes étaient plus susceptibles d’être atteints en travaillant dans le cadre du système du Mandat, plutôt que contre lui.

Ils étaient également disposés à faire des compromis. Le clan Nashashibi, par exemple, a condamné le terrorisme arabe, il a favorisé la partition proposée par la Grande-Bretagne en 1937 et a accepté le livre blanc de 1939, les Nashashibi ont également soutenu la participation arabe au Conseil législatif proposé par les Britanniques. Opposés au sionisme, ils étaient néanmoins prêts à tolérer un foyer Juif.

Une rue de Jérusalem porte le nom de Ragheb Nashashibi, c’est là que se trouve le consulat de Grande Bretagne.

La rivalité des Husseini et des Nashashibi a débordé les frontières de Palestine. L’Egypte et les Frères Musulmans ont aidé les Husseini. Le clan Nashashibi a été soutenu par le roi Abdallah de Jordanie. Ragheb qui a du s’exiler en Jordanie y a été nommé ministre d’Etat en 1949.

Abel Pann (1883-1963) – initié à Barkaï le 3 novembre 1914.

Peintre israélien, né en Lettonie, fils de rabbin, il étudia la peinture à Odessa puis comme beaucoup d’artistes juifs, il vint à Paris et poursuivit ses études dans l’atelier de Bouguereau.

Il remporta de nombreux prix et eut le privilège d’exposer avec Renoir et Matisse. Français d’adoption et membre du mouvement  de « l’Ecole de Paris » avec son ami Chagall, initié lui en 1912 à Vitebsk, Il eut son atelier à « la Ruche », avec Chagall, Soutine et Modigliani.

Abel Pann débarqua en Palestine pour la première fois en 1914, il s’y installa définitivement en 1920. Il a enseigné à l’Académie Bezalel, l’école des Beaux Arts de Jérusalem.

Son œuvre fourmille de représentations de thèmes biblique et du folklore juif.  Il a exercé une profonde influence sur de nombreux artistes israéliens[xv].

Zeev Jabotinsky (1880-1940) – L’Etoile du Nord .

Cette liste ne serait pas complète si on omettait Wladimir Zeev Jabotinsky[xvi]. Il était journaliste, écrivain, poète, grand patriote sioniste et résistant, homme politique israélien.

Il a contribué à organiser la défense juive en Palestine, on lui doit la création de la Légion juive. Il fut commandant du premier bataillon juif qui combattit du côté des Anglais contre les Turcs, dans la Campagne de Palestine.

Jabotinski créa le Parti Révisioniste, absorbé par le Herout de Menahem Begin, lequel fut à l’origine du Likoud. Il était membre du conseil politique de l’Irgoun, organisation militaire clandestine.

Il était le leader de la tendance la plus nationaliste du sionisme. Il n’est quasiment aucune ville israélienne qui, pour l’honorer, n’ait donné son nom à une artère ou un parc.

Jabotinsky a été initié en 1931 à la loge Etoile du Nord à Paris. Cette loge était une de celles qui regroupaient les francs-maçons réfugiés russes après l’interdiction de la Franc-Maçonnerie dans l’URSS des années 20.

Il parait impossible que Jabotinsky n’ait pas été en relation avec les francs maçons d’Eretz Israël, d’autant qu’après la grande révolte arabe de 1936 menée par Amin el Husseini, les loges de Palestine étaient devenues juives, de nombreux francs-maçons arabes ayant été assassinés par les partisans du Mufti.

On ne connaît pratiquement pas la teneur des travaux en loge et ce qu’il en était de la fraternité de rigueur. On n’arrive à recouper les relations personnelles entre francs-maçons de communautés différentes que par des témoignages, par exemple les Mémoires d’Issa el Issa ou l’Histoire de la famille Valero.

Ce que l’on sait c’est que tous les francs-maçons, qu’ils soient chrétiens, sionistes ou nationalistes arabes se sont dressés contre Amin el Husseini et le nazisme.

La rivalité des Allemands et des Britanniques pour obtenir le soutien des Arabes lors de la deuxième guerre mondiale a radicalisé durablement les positions. La victoire du clan pro-nazis Husseini sur les Arabes modérés a étouffé les espoirs de paix des sionistes et des démocrates arabes.

Ces hommes présentés ici ont été représentatifs de la franc-maçonnerie de leur époque. Ils ont œuvré, chacun dans son domaine et sa communauté, comme le préconise la franc-maçonnerie, à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.

Notes :

[i] Freemasonry in the Holy Land – Robert Morris, 1872. p 259. Ce livre est dédié à Mohamed Rashid, Pasha – général de Syrie et franc-maçon.
[ii] S’y trouvaient : Noureddine Effendi, représentant de la Turquie à Jaffa, le Consul d’Allemagne à Jérusalem, Heinrich Petermann, Charles Netter, franc-maçon français, membre de l’Alliance Israélite Universelle, cinq francs-maçons américains d’une secte mormon de  Jérusalem dont Rolla Floyd, Sir Charles Warren qui dirigea les  premières  recherches dans la grotte de Sédécias en 1854, Feinberg, pionnier sioniste et fondateur de Rishon leZion et quelques autres.
[iii] Jacques R. Weill : Charles Netter philanthrope et précurseur du sionisme (1826-1882).
[iv]Jean-Marie Delmaire, De Jaffa jusqu’en Galilée. Les premiers pionniers juifs (1882-1904), Archives des sciences sociales des religions.
[v] Rev. Henry R. Coleman, Light from the East – Travels and Researches in Bible lands, Louisville, KY, 1884.
[vi] Institute of Palestine Studies : Johnny Mansour, : les secrets de l’espionnage cachés dans les papiers de la famille: Charles Boutagy et le réseau Nili pendant la Première Guerre mondiale.
[vii] Blogs du Times of Israël : Jacques Benillouche. Sarah Aaronsohn héroïne juive du Nili. 16/10/2017.
[viii] Un Drogman était un personnage officiel, interprète auprès des puissances occidentales, il assistait les diplomates et les négociants dans leurs relations avec les orientaux. Il résidait dans les ambassades ou les consulats.
[ix] Emanuel Beška. From Ambivalence to Hostility: The Arabic Newspaper Filastin and Zionism, 1911–1914. Slovak Academic Press.
[x] Ghassan Kanafani : La révolte de 1936-39 en Palestine (1972). Pour Kanafani, parmi les principaux facteurs de la défaite palestinienne face au sionisme on trouve les structures supérieures du mouvement national palestinien qui resta sous le contrôle de dirigeants féodaux et religieux (Husseini ?).
[xi] William Henry Bartlett,Walks about the City and Environs of Jerusalem, London 1884, p. 191.
[xii] André Combes, Le Grand Orient de France en Palestine -Chroniques d’histoire maçonnique N° 52. 2001
[xiii] Les Khalidi et les Dajani en particulier étaient alliés aux Nashashibi, ils étaient plusieurs dans la loge Barkaï.
[xiv] La Sentinelle de Zurich par exemple rapporte le 14 juin 1939, que la veille une bombe a été lancée contre la famille Nashashibi.
[xv] Adrian Darmon, Autour de l’art Juif – éditions Carnot
[xvi] Wladimir Zeev Jabotinsky, Histoire de ma vie – éditions les Provinciales. Traduction Pierre Lurçat.