Laissez-moi vous raconter mes adieux à Warsze. Des adieux en musique, au club de jazz « Pardon To Tu » situé dans le même bâtiment que le théâtre yiddish de Varsovie, au 12-14 de la place Grzybowski.

Un homme seul sur scène, Raphael Roginski. Dissimulé derrière le rideau de ses cheveux, une heure et demi durant, toute son attention est rivée sur sa guitare. Sa musique joue avec les répétitions et les «réverbes».

Pour mes oreilles peu habituées au free jazz, à une musique qui m’apparaît expérimentale, sans mélodie repérable, l’expérience est difficile. Tout m’a paru se répéter, se ressembler. Un silence recueilli accompagnait sa performance. À l’évidence, je passais à côté, même si la beauté d’une série d’accords réussissait parfois à m’amarrer.

Mon esprit a alors vagabondé et j’ai pensé à une réflexion de Georges Didi-Huberman dans « Écorces », que je viens de lire. L’essayiste a rédigé ce court texte à la suite de sa visite à Auschwitz-Birkenau : «Walter Benjamin a rappelé – à la suite de Freud – que l’activité de l’archéologue pouvait éclairer, par-delà sa technique matérielle, quelque chose d’essentiel à l’activité de notre mémoire. “Qui tente de s’approcher de son propre passé enseveli doit faire comme un homme qui fouille. Il ne doit pas craindre de revenir sans cesse à un seul et même état de choses – à le disperser comme on disperse la terre, à le retourner comme on retourne le royaume de la terre.”»

Ainsi de la répétition, du ressassement peuvent naître quelque chose qui mérite qu’on s’y arrête, dans ma recherche comme en musique. Il faudra revenir à Varsovie pour continuer de lever le rideau.

Varsovie Pardon To Tu (Crédit : Léa de KOKJENGAK

Varsovie Pardon To Tu (Crédit : Léa de KOKJENGAK

Raphael Roginski (Crédit : Léa de KOKJENGAK)

Raphael Roginski (Crédit : Léa de KOKJENGAK)