On a coutume de louer la Démocratie américaine, le Parlementarisme britannique ou le Régionalisme allemand et ces systèmes ne semblent pas véritablement en crise, même si l’Amérique est en proie à l’isolationnisme comme elle coutumière du fait.

Le monde change profondément et ces systèmes parce qu’ils reposent sur le pragmatisme sont semble-t-il compatibles avec ces mutations.

En revanche la France dont le modèle Républicain semblait paré de toutes les vertus, est quant à elle tétanisée et incapable de répondre aux enjeux du monde moderne. Le système hexagonal bâti sur la raison a vocation à être universel. Il est donc plus sensible aux évolutions de la société. C’est pourquoi il semble qu’il y ait une forme de divorce entre la république et la nation française. La société semble totalement bloquée et le pouvoir n’a jamais paru aussi faible qu’aujourd’hui. Aucun consensus et au contraire un enfermement dans des contradictions profondes.

Crise d’adaptation diront les uns, crise de l’Europe les autres ou bien fin de cycle (le cycle d’Epinay) comme je crois que le dit Roland Castro dans son dernier ouvrage « Il faut tout reconstruire » ?

De Gaulle disait que la France ne se résout à faire des reformes que dans la révolution. Cela est-il encore vrai ?

La France semble empêtrée dans une volonté réformatrice mais refuse le moindre risque et n’est pas capable de dégager un consensus. Elle refuse le moindre affrontement. Il en résulte une panne générale.

Laïcité en panne. Ecole en panne, administration bureaucratique pléthorique en panne (le Mammouth n’a jamais été aussi fort), syndicats en panne, partis politiques en panne, économie en panne, rayonnement culturel et politique en panne …. Et j’oublie sans doute d’autres pannes. En fait personne ne joue plus le jeu.

Ce n’est certes pas la première fois que cela se produit et les fois précédentes on s’en sortait par une guerre, une révolution, un changement de constitution et parfois les trois en même temps.

So What ? Que faire ? Quelle révolution ? Quelle Constitution ? Quelle guerre ? Quel Deus ex Machina va renforcer la laïcité, rétablir le civisme, redonner du lustre à une Education Nationale exsangue, injecter du Peps dans une économie amorphe, nous donner un projet et de vrais parti politiques convaincus, généreux et ambitieux ? Telle quelle se présente la France n’a pas d’avenir.

Faut-il déclarer la guerre au chômage comme certains le suggéraient. Personne n’y adhère vraiment. Question de momentum comme le dise les britanniques ? Trop près de la présidentielle. Personne ne fait plus confiance au politique.

Il n’est plus question de déni, de fatalisme ou de défaitisme, il s’agit de reprendre en main notre avenir.

Si on laisse les choses en l’état, la tendance est à l’éclatement du Parti socialiste, à des primaires mouvementées à Droite voyant une victoire controversée de Nicolas Sarkozy grâce aux voix des militants Frontistes. Face à une gauche en lambeaux et une droite divisée Marine Le Pen a toutes les « chances » de l’emporter.

Catastrophe ? Réveil Républicain ? On sait combien les extrémistes sont difficiles à déloger du pouvoir, alors ne jouons pas avec le feu la politique du pire est toujours la pire politique.

Mais de quoi s’agit-il ?

L’article Premier de la Constitution de le Vème République proclame que cette dernière est indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Où est la République sociale quand les caisses sont vides ? Où est la République sociale quand plus personne ne croit en la chose publique, quand la valeur de référence est le chacun pour soi ? Quand les organismes paritaires craquent de partout !! Quand la majorité des corps intermédiaires ne fait que défendre des privilèges ? Quand les entreprises multinationales dissimulent des milliards au fisc ?

Quand la chute du Mur de Berlin a coïncidé avec la fin de l’Etat providence ?

Où est la République indivisible quand, faute d’avoir fait son travail de critique collective sur le Colonialisme, chacun estime avoir été maltraité, humilié, stigmatisé de la Bretagne à la Guyane sans compter tous les Français originaires d’Afrique ou d’ailleurs. Le Droit à la Différence, grand acquis des années 70 a sonné le glas de l’Indivisibilité ? L’Europe des régions a donné le coup de grâce à notre modèle solidaire. Jamais la République n’a paru aussi divisée. Jamais elle n’a paru aussi peu universelle.

Où est la République laïque, quand la deuxième religion en France semble idéologiquement dominée par un courant (Salafiste) qui la rejette violemment? Quand le Monde politique craintif et sans conviction se refuse à appliquer ce que la Révolution et la troisième République avaient imposé aux autres religions, à savoir leur soumission aux principes républicains et une rigoureuse séparation de l’église et de l’Etat?

Faute de cette contrainte de l’Etat, l’Islam a adopté la position inverse du Judaïsme. Les juifs disent Dieu nous a conduit à vivre en France, alors honorons les institutions françaises.

C’est grâce à cette acceptation de la loi du pays d’accueil que Bonaparte n’a eu aucun mal à imposer une intégration du Judaïsme français. Les musulmans couvés et considérés comme des victimes par une partie des ONG et partis politiques sont obnubilés par leur droits et ne perçoivent pas qu’en échange de ces droits il y a des devoirs à accepter. Certains croient en la suprématie de la Charia et de fait déclarent la guerre à la République laïque. Et les laïcs se taisent. Courage fuyons.

Où est la République Démocratique quand les élus sont incapables d’appliquer les programmes grâce auxquels ils ont été élus ? Quand le véritable pouvoir se trouve à Berlin, à la City, dans la Silicon Valley ou à Shanghai ? Quand la démagogie la plus vile tient lieu de discours politique ? Quand l’égoïsme est érigé en valeur suprême et quand l’Europe trop vite élargie devient ingouvernable ? Et surtout quand le résultat négatif d’un referendum (sur la Constitution européenne en 2005) est ignoré et donne lieu à un traité bafouant la souveraineté nationale ? Quand on n’est même pas capable d’assurer une égalité Hommes-Femmes ?

Alors une guerre ? Une nouvelle constitution ? Une révolution ?

Le monde actuel ne laisse plus la place au temps. Plus de temps pour le compromis, plus de temps pour la réflexion, tout se fait dans l’urgence.

De plus, deux réformes majeures ont dénaturé la Vème République :

  • Le Quinquennat qui a des conséquences catastrophiques et explique en partie la faiblesse du pouvoir et le manque de temps pour agir en raison d’une surexposition médiatique.
  • La suppression du service militaire (qui n’était déjà plus obligatoire pour tout le monde) qui a fragilisé les piliers de la République en supprimant un creuset civique majeur.

A côté de cela, la mutation du monde provoque des crises à répétition qui interviennent comme autant de vagues et ni l’Europe « Bisounours », trop vite convaincue que le paradis était là grâce à une sécurité assurée, et un libéralisme débridé ni la France Reine du déni, n’ont trouvé la bonne martingale pour y répondre.

Crise des réfugiés, crise des migrants attirés par la Grande Bretagne à Calais, crise des agriculteurs, crise de la légitimité des décisions des collectivités territoriales (Notre-Dame Des Landes et un peu partout en France).

On le sait depuis longtemps (en fait depuis la chute du mur de Berlin) les fondements du socialisme français ne reposent plus sur rien. Le nouveau Karl Marx est muet et collectivement la gauche française est incapable de se repenser et de réinventer son logiciel pour l’adapter à un monde multipolaire et en pleine mutation.

Cette gauche ne veut pas admettre qu’il ne sert plus à rien d’empiler les protections nationales des salariés dans un marché désormais mondial.

Obnubilés par les multinationales les spécialistes du Droit du travail ont bâti un édifice inaccessible à la grande majorité des entreprises que sont les Petites et Moyennes Entreprises et encore plus les Très Petites Entreprises. Incapable d’intégrer la réalité on se réfugie dans des positions de principe, dans des symboles, dans des postures quand il faudrait agir. Alors les rivalités de personnes prennent le pas sur les principes. Nous ne sommes pas très forts en France pour l’autocritique et la mise à plat des problèmes. Alors on fait comme si. Cela accrédite la thèse d’une fin de cycle.

Par où commencer ?  Par quel bout prendre le problème ? Mais quel problème ?

D’abord régler le problème de la laïcité qui est la base de tout en proposant au monde musulman un statut qui marque la primauté de la laïcité. Ce texte devrait être soumis à referendum.

Ensuite, il me semble qu’il faut se plier à la triste réalité. La tâche est immense et les points d’appui quasi inexistants. Alors il faut faire des choix et desserrer les étreintes. Rechercher un consensus national autour de la jeunesse me parait une voie. Il faut s’intéresser aux enfants et préparer la société à leur assurer un cadre de vie juste et décent.

Donc les cibles sont Ecole (ou du moins les écoles tant la démocratisation de l’éducation est dure à réaliser), service national, politique de l’emploi, allocations aux jeunes et modernisation de la société.

Le défi de l’Ecole publique pour tous est perdu depuis longtemps. Comment faire d’un système élitiste un système démocratique ?

D’abord en faisant du ministère de l’Education nationale une agence d’Etat gérée de façon souple. Seule façon de dégraisser le Mammouth.

Puis en faisant une Ecole démocratique obligatoire jusqu’au BEPC avec pour objectif unique de sortir de ce cycle en aimant la France et sa culture et en sachant lire, écrire et compter.

Au-delà du BEPC, l’Ecole de la République retrouvera son caractère élitiste avec ses inconvénients et ses avantages.

En matière de modernisation, comment un pays peut-il encore tolérer de telles inégalités entre hommes et femmes ? C’est à ce mal générateur de toutes les inégalités qu’il faut s’attacher. N’est-ce pas une grande cause nationale ?

Le principe d’une allocation universelle en faveur des jeunes doit être sérieusement étudié et progressivement mis en place.

Le code du travail doit être adapté en prenant en compte deux aspects :

  • Le statut de salarié ne devrait pas être la norme dans l’avenir. Des statuts de type auto-entrepreneur ou travailleurs indépendants devraient être très fréquents dans l’avenir (référence a Huber etc,,,). Or ils correspondent au niveau 0 de la protection sociale.
  • Le marché sera de plus en plus mobile et mondialisé. Comment défendre les droits des travailleurs s’ils sont soumis à des lois externes à la France, voire à l’Europe ?

Tous ces aspects doivent être travaillés par une instance non partisane et en charge de la stratégie, comme le fut jadis la DATAR en visant le consensus le plus large, puis soumis à referendum. Il faut recréer une intelligence collective sans laquelle rien n’est possible.