Plus de 51 % d’abstentions à des législatives, du jamais vu, un record qui sera difficile à battre ?

Pas si évident !

Pourtant nombreuses sont les démocraties qui affichent des taux de participation encore plus faibles.

Pourquoi la France, qui était si fière de la vitalité de son système électoral, se trouve-t-elle confrontée à ce qui est devenu le lot commun des démocraties ? Une participation poussive !

Si l’on observe de prés les résultats, on s’aperçoit que ce taux est l’aboutissement d’une lente érosion depuis une quinzaine d’années.

Alors que s’est-il passé dans notre beau Royaume de France ?

Car ne nous y trompons pas, la France reste très attachée à un monarque absolu, même si elle se doit de céder à la mode anglo-saxonne et de se résoudre à se vêtir des atours de la démocratie.

C’est, dit-on, un des aspects de l’exception française. Et quand, excédé, Guaino insulte les électeurs, il leur reproche surtout de ne pas être assez français, trop bobos, trop américanisés.

Pas assez attachés à la monarchie républicaine en somme !

Mais le pays a bougé et le dénier est une grave erreur.

La France est désormais à mi-chemin entre ce qu’elle était à la fondation de la Vème République et ce que sont les systèmes dits libéraux.

Alors les électeurs sont totalement perdus et ce d’autant plus que la reforme Chirac-Jospin qui a consacré le quinquennat et assujetti les législatives à la présidentielle n’a fait qu’accentuer le désarroi des électeurs.

Encore un travers typiquement français, ce besoin de constamment modifier notre constitution. Comme si cette constitution n’était pas si importante, moins en tout cas que les inconvénients d’une cohabitation, cauchemar de nos politiques.

Ou bien encore, comme si cette recherche permanente de la perfection, de l’universel, ce manque cruel de pragmatisme, nous conduisait à un déni de la réalité et à un sacrifice de nos institutions au profit d’une mise en chantier permanente.

Les vraies démocraties ont placé leur constitution au dessus de tout et l’ont pratiquement sacralisée. Mais nous, nous avons choisi de sacraliser notre République et de donner une place secondaire à notre constitution.

Cette esprit de contradiction permanent et ce souci maladif de l’innovation en matière démocratique, sont destinés bien plus à esquiver les vrais problèmes à travers des gadgets, des attrape-gogo. Nous avons été conduits à dénaturer la constitution chère au Général en empilant les dispositifs.

La généralisation des Primaires, qui avaient fait illusion en 2012, ne cherchait encore une fois qu’à masquer les divisions internes des deux grands partis.

Ces fous n’ont pas vu que cet empilement allait écœurer les électeurs. Comment oublier que la vraie primaire n’est rien d’autre que le premier tour de l’élection présidentielle ?

A force de reporter une clarification idéologique devenue indispensable, ces partis se sont littéralement suicidés.

Emmanuel Macron, dont la lucidité, le pragmatisme et le sens de la réalité ne sont pas les moindres qualités, l’a parfaitement compris lui qui s’est appuyé sur le nouveau clivage Conservateur-Progressistes pour faire exploser un système à bout de souffle.

Ce qui est le plus étonnant c’est l’étonnement de ces pseudos experts en politique qui semblent découvrir le monde à chacune de leurs interventions.

Alors que faire ?

Le système des primaires s’est lui même condamné, nous allons donc revenir à ce qui aurait dû toujours être, l’affirmation d’un leadership au sein de ce qu’il reste des grands partis.

Mais comment éviter cette indigestion de démocratie qui aboutit à l’abstention.

D’abord en instillant une dose de proportionnelle pour rendre le système plus juste et surtout redonner confiance aux électeurs (le scrutin majoritaire doit être maintenu car il présente l’énorme avantage de dégager des majorités nettes et donc d’offrir une efficacité incomparable même si c’est au détriment de son équité).

Mais cela ne suffira pas.

Il faudrait aussi réduire le nombre de parlementaires. 300 députes dont 100 élus à la proportionnelle nationale suffiraient largement. Mais il faut aller au-delà.

Il faudra revenir sur la réforme Chirac-Jospin en séparant le calendrier de la présidentielle de celui des législatives.

Des législatives à mi-mandat auraient tout leur sens et réhabiliteraient une cohabitation qu’appréciaient les citoyens mais que les politiques récusaient principalement par paresse.

Revenir à un septennat renouvelable une fois garantirait la non concomitance des deux élections majeures.

Cela serait sans doute de nature à revitaliser notre système électoral.

Bien d’autres mesures sont à envisager notamment en matière de limitation des micros partis, mais cela est un autre débat.