L’offre consumériste d’une société en perpétuelle négation d’elle-même frustre une jeunesse jetée à la rue par le chômage et la récupération idéologique.

L’exaltation du « sentiment » comme étalon de la réalité des peuples (on ne se fie plus aux températures réelles mais au « ressenti » de froid ou de chaud) organise un véritable marché émotionnel dans lequel la « spiritualité » est un salmigondis de recherche effrénée de bien-être et de plaisirs triviaux, trivialisés, qui n’ont rien à voir avec l’épanouissement personnel.

Parallèlement à cela, un discours moralisant sur le « respect » environnemental qui au passage diffuse la vision d’un Adam sans cesse vautré dans sa glaise, celui de la « différence » qui la nie en la normalisant, et celui de la « tolérance » qui n’arrange que ceux qui en touchent les dividendes politiques, instille une culpabilité qui déforme la « honte » biblique qui n’est plus la prise de conscience de ses propres limites par le refus du dévoilement sans libre consentement, mais le reproche permanent que Soi adresse à l’existence de l’autre.

L’obsession de la transparence qui apparaît comme légitime quand il s’agit de rendre compte des fonds publics, tourne au cauchemar quand il s’agit de laisser l’Etat décider qui sera le parent de qui, que croire et en qui, et à quel âge on doit décider de « devenir » le sexe de son choix.

Le puritanisme libertaire consiste à faire passer la débauche pour de l’émancipation et la négation d’Israël pour de la neutralité républicaine.

Accessoirement, on n’ose pas imaginer que les fruits électoraux d’un attentat de grande ampleur sont davantage souhaitables pour les pouvoirs en place ne jugeant qu’au terme de leur appendice nasal plongé dans les statistiques, que ceux d’une croissance créée par un travail mieux rémunéré, accessible à tous, et libéré de l’administration étatique et syndicale et qui engage un bouleversement des us et privilèges.

Quant à la jeunesse, elle est régulièrement trompée et encore une fois envoyée au casse-pipe, aujourd’hui contestataire par des mouvements minoritaires qui en font la viande de leur alimentation quotidienne.
Que reste-t-il des manifs monstres au lendemain des massacres en France ? Rien.

De sordides affaires de mœurs entre apparatchiks dénués d’intelligence politique et de convictions, un Parlement qui ne sert plus qu’à édicter des réglementations tatillones à coup de commissions d’enquêtes dont les conclusions restent dans les tiroirs, et des grappes de manifestants encensés par des médias populaires vendus à leurs annonceurs et soumis à une autocensure idéologique unique dans le « monde libre » et basée sur le copinage éditorial, le désinvestissement de la finance française dans la pensée et l’intelligence, et les certitudes ringardes d’une France voûtée sur ses Trente glorieuses.

C’est pourquoi la société devient foncièrement anti-humaine sous le couvert du progrès social qui depuis les années 1968-69, années de Cohn Bendit d’un côté et de Jan Palach de l’autre, a été découplé du progrès économique et est devenu le domaine réservé des happy-few retraités de la Révolution.

Elle rejette ceux pour qui elle a créé son Front populaire, devenu « National » à la faveur de l’embourgeoisement et des retournements de sa conscience :  le déformé, le malade, le mourant et le faible en prétendant le défendre. Elle méprise l’enfant à tel point qu’il est davantage un client qu’un avenir. Une marchandise pour parents en mal d’unité familiale et surtout de pérennité affective et terrestre. Un « apprenant » scolaire, un instrument d’expérimentation pédagogique.

La promesse d’un enfant qui vous survivra, vous réparera, vous guérira et sera votre éternité, d’autant plus que vous l’aurez choisi sur plan, en temps et en date, sur catalogue, est la plus grave tromperie de la modernité. Son irruption doit être planifiée. Ce n’est plus à la famille d’en préparer le lit et le couvert, mais à la société de le « prendre en charge », de « soulager » la tâche éducative. Nous fonctionnons par cellules, entre celles pour le dégrisement, celles pour l’éducation, celles pour la purification psychologique des scories du traumatisme.

Le citoyen doit être propre, silencieux et sans affect ni douleurs gênantes pour la longue marche vers le progrès. La violence est tolérable si elle ne fait ni bruit ni salissures.

La promesse d’un « réenchantement » humaniste du réel par l’imposition de lois punissant les méchants, les associaux, les réfractaires à la pensée unique et les contrevenants à la lutte des classes, des sexes et des générations d’une fessée, et créant un boulevard verdoyant et piétonnier pour les bons et les tranquilles en est un autre.

La promesse que le savoir est accessible sans apprentissage, de façon ludique, unique, comme le terme de « culture générale » équivaut à l’alphabétisation de base, que plus personne ne sera exclus du monde grâce à une technologie à laquelle ne manque plus que le toucher et l’olfaction pour remplacer définitivement la présence humaine en est un troisième.

Moins du tiers des élèves pauvres de l’école publique est aujourd’hui encouragé à réussir et à entrer dans la compétition scolaire. Pire : C’est le « savoir » qui est « mis à portée » du « grand public » par l’érosion de ses contradictions et le gommage de ses difficultés.

Il est alors naturel que les juifs, qui sont à la fois identité, peuple, foi et langue, et donc l’ADN de la culture occidentale, soient indésirables, y compris dans la théologie chrétienne moderniste : on ne supporte généralement pas trouver du consistant et du dur dans un jambon beurre consommé pour être mastiqué sans effort et avalé vite et sans goût à prix bas.

Israël résiste à l’ambition utilitariste de l’esprit pragmatique. Non seulement il est un Etat du moyen-Orient qui n’est pas une ancienne colonie en tant qu’Etat juif, mais il n’avait jusqu’à présent ni gaz ni pétrole.

La donne change. Cela, de fait, le rend plus redoutable pour les uns, plus désirable pour les autres, plus haïssable pour les troisièmes. Il devient non seulement un ennemi mais un partenaire pour le « monde arabe ». Au grand dam de l’Europe divisée par la question russe, Israël s’affirme comme le seul recours fiable des pays sémites sunnite contre l’hégémonisme iranien.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement Netanyahu la joue fine sur ce plan-là. La marge d’action est infinitésimale.

La profonde irrationalité de la décision politique et diplomatique rejoint l’obsession de la « neutralisation » idéologique par consensus.
C’est sans doute le contraire vers quoi s’orientent les peuples touchés, eux, « dans leur chair », leur spiritualité, et aussi à leur portefeuille.

C’est que l’expression discutable mais non sans fondement de « racines chrétiennes de l’Europe » implique qu’on en reconnaisse aussi son terreau juif, sûrement très délayé mais dont on voit dans le tremblement de terre qu’a constitué pour le Continent la renaissance d’un Etat juif (qui n’est plus le Royaume hérodien d’antan), à quel point il reste la marque d’une faille autant religieuse que culturelle et sémantique.

Comment se fait-il que la seule évocation des mots « juif », « judaïsme » et « Israël », sont, en Europe, les motifs des passions les plus exacerbées, les pires comme aussi les meilleures ?

Sans doute parce qu’ils révèlent à quel point le destin, l’identité, la résurgence et même la pérennité du seul peuple survivant de l’antique Mémoire, et survivant des plus profondes profondeurs, et des mélanges culturels les plus féconds et qui présentent aussi tous les risques et les chances de l’exogamie, sont constitutifs de l’âme européenne encore divisée entre son Est et son Ouest, son Nord et son Sud. Lesquels s’étendent bien au-delà de ses frontières topographiques et sont aujourd’hui enfoncées.

Israël demeure aujourd’hui le terrain où l’Occident n’est rien sans l’Orient et où l’Orient étouffe sans l’Occident. L’alyah grandissante de juifs de tous pays, et de pays progressivement libérés ou éructant d’intolérance est doublée de l’immigration de chrétiens « originels » qui supportent en Babylonie, en Egypte, en Ethiopie ou en Perse, le sort que leurs prédécesseurs juifs ont connu.

Au fond, rien de nouveau aujourd’hui. Rien de nouveau. Sauf peut-être un Etat juif, lui-même encore en bas âge, qui fait face, si jeune, à une nouveauté : l’accroissement des communautés chrétiennes de toutes confessions et de tous rites, et une pression quasi générale des nations de plus belle tentées par le pétrole et les énergies abondantes bon marché qui implique des concessions et des complaisances aveuglantes et sacrifiantes pour l’avenir.

Rester ouvert et pluraliste dans un monde qui vous rétrécit et vous pousse à l’exclusivisme religieux et idéologique. Une gageure.

La liberté de penser et de circuler, d’exister et de croire, de faire ou de ne pas faire, n’est pas référendaire. C’est une liberté basée sur un sens du Bien commun. Que vaut-il quand « la morale » devient une « déontologie » individuelle, le « respect » une injonction aléatoire et univoque, et le « religieux » le signe d’une raideur groupusculaire et d’un parti-pris optionnel réduit au port d’un chiffon ou d’un accessoire corporel ?

Que vaut le « dialogue » quand il est une litote de la faiblesse éducative et de l’interdit de sévir et de redresser sous peine de retomber dans ce que la France bégayante et déculturée a commémoré ces derniers jours pour son «plus jamais ça» anti-esclavagiste ?

Les guerres actuelles ne sont pas celles de la Religion contre la Raison, ni de l’Islam contre le monde, ni des croyants contre les non-croyants. Elles sont des guerres de la force violente contre la molle faiblesse. Entre les deux, seule une conscience éclairée par la droiture peut résister et rendre à l’ennemi sa pleine humanité. Si tant est que l’ennemi soit humain, au sens divin, ou veuille le redevenir. A commencer par soi-même.