En ouvrant les yeux ce matin, j’ai vu le ciel bleu, entendu les oiseaux pépier dans le jardin et je me suis dit que ce serait une belle journée qui s’annonçait.

Puis j’ai allumé la radio.

C’est le coeur lourd que je me suis rendue dans un collège parisien où je devais rencontrer des 6ème.

Quel que soit celui de mes livres qu’ils aient lu, mes jeunes lecteurs en viennent toujours à me poser des questions sur mes thèmes d’écriture: Pourquoi écrivez-vous sur les Juifs, Madame. Pourquoi vous parlez du racisme et de l’antisémitisme ? Est-ce que vous pensez pouvoir changer le monde en écrivant ?

Aujourd’hui donc, quand une élève au visage angélique, blonde, yeux bleu azur, m’a demandé d’une petite voix fluette ce que je pensais des attentats du Bataclan, j’ai poussé un profond soupir. Je me suis dit qu’ils n’étaient sans doute pas au courant des évènements du matin à Bruxelles et que je leur tairai. J’ai donc parlé, comme j’ai l’habitude de le faire, de la monstruosité, de la lâcheté, de la barbarie de tels actes…

Elle hochait la tête tout doucement, sans se déparer de son sourire.

A la fin de la rencontre la documentaliste m’a dit :
– Vous savez, la petite qui vous a posé la question… Elle m’a d’abord demandé si elle pouvait le faire.
– Oui, et alors ?
– Parce que sa maman est morte au bataclan. Ses parents y étaient ensemble ce soir-là. Son père a dû lâcher la main de sa femme et l’a perdue. Ce n’est que quatre jours plus tard qu’ils ont su qu’elle avait été tuée. Leurs deux enfants sont chez nous au collège. La petite en 6ème et le grand en 3ème….

Foutue journée donc !