A l’occasion de la visite de François Hollande dans le royaume, la France et le Maroc ont signé samedi 19 septembre une déclaration conjointe relative à la coopération en matière de formation d’imams à l’institut Mohammed-VI, ouvert en mars à Rabat.

D’après cet accord cette formation devra promouvoir « un islam du juste milieu » conforme aux « valeurs d’ouverture et de tolérance », mais aussi « pleinement ancré dans les valeurs de la République et de la laïcité ».

Le ministre Marocain des Habous et des Affaires islamiques, M. Ahmed Toufiq, a qualifié cet accord « d’événement diplomatique important ».

La formation des imams et des aumôniers est un préalable pour lutter contre l’islam radical

Nous savons tous que la formation des imams et des aumôniers est un préalable pour lutter contre l’islam radical. La question n’est pas de savoir si le Maroc est ou n’est pas capable de former des imams mais pourquoi la France ne forme pas elle-même ses imams comme le fait l’Allemagne ?

Former des imams à l’étranger est une grave erreur de la République car la France a une spécificité : la laïcité. Comment des pays où la religion est religion d’Etat peuvent expliquer cette notion si républicaine ? Comment exiger que ces imams soient indépendants lorsque nous lisons que cette formation de trois ans sera prise en charge par le Maroc ?

Le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) a maintenant à sa tête Anouar Kbibech, Président du Rassemblement des musulmans de France (RMF), de sensibilité marocaine. J’ai rencontré à plusieurs reprises cet homme qui prône le dialogue inter-religieux mais je m’interroge sur les raisons qui l’ont poussé à cet accord. M. Kbibech déclarait au journal « le Point » en juin dernier : « Je suis issu du monde de l’entreprise : le pragmatisme, la culture du résultat, voilà ce que je souhaite impulser ».

Le Président du CFCM va-t-il avoir une « culture de résultat » en formant les imans au Maroc ? Rien n’est moins sûr.

Dans le même article, le journaliste cite M. Kbibech : «  Il faut des voix religieuses qui portent pour dire aux jeunes musulmans de France : n’allez pas en Syrie. Votre jihad, c’est de relever les défis qui sont ici. » Le Président du CFCM a raison, les jeunes musulmans doivent relever les défis de l’islam en France, mais ces jeunes doivent être aidés pas les imams. Un imam formé au Maroc peut-il  relever les défis en France ? Permettez-moi d’en douter.

Alors que devons-nous faire ?

  • L’islam de France doit réviser sa politique de formation des imams

« L’islam n’est plus la religion des « immigrés » et des « anciens colonisés », c’est la foi de plusieurs millions de citoyens français » Imam Chalghoumi

L’imam de Drancy Hassen Chalghoumi nous donne quelques pistes lorsque dès 2010 à l’occasion de la sortie de son livre « Pour l’Islam de France » il appelle les fidèles à cultiver foi musulmane et attachement à la République. Ainsi il déclare à l’Express en septembre 2010 : « La priorité, c’est de former des imams français ; Des gens nés ici, qui ont retenu les leçons de l’école républicaine et qui sont attachés à leur patrie.

  1. Chalghoumi est décrié par les instances musulmanes de France et cela est une erreur du CFCM car ce Conseil aurait beaucoup intérêt à écouter les positions de cet imam qui tout en ayant une rigueur théologique souhaite que l’Islam en France soit un Islam de France et non de l’étranger.
  2. Le gouvernement doit aider les musulmans à former ses imams en France.

Le seul endroit où l’on pourrait véritablement penser à une formation des imams sans toucher à la loi de 1905 serait Strasbourg où la loi sur le Concordat est en vigueur.

A ceux qui vont me dire que la loi de 1905 n’autorise pas l’Etat à se mêler des affaires religieuses je souhaite rappeler quelques évidences.

Depuis 1961, la loi autorise les départements et les communes à garantir les emprunts contractés par des associations pour la construction d’édifices cultuels dans les agglomérations en voie de développement]] ; ce dispositif a été étendu par la jurisprudence à l’ensemble des communes. Il ne s’agit pas ici d’une subvention ; en cas de défaillance financière du maître d’ouvrage, la collectivité prend à sa charge le paiement des annuités d’emprunt. Cependant, une majorité d’associations musulmanes ne font pas appel à cette garantie d’emprunt, considérant que cela contrevient à la loi islamique.

L’aide-mémoire du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Vatican, signé en 1921 par le cardinal secrétaire d’État Pietro Gasparri, prévoit que le Vatican consulte le gouvernement français sur les nominations d’évêques[]]. Le nonce apostolique à Paris soumet donc les nominations d’évêques de plein droit, et d’évêques coadjuteurs au ministère des affaires étrangères[]. Les objections du gouvernement ne peuvent avoir qu’un caractère politique et non religieux[].

Fonctionnaire rémunéré par l’État en tant qu’« aumônier en chef du culte catholique placé auprès du chef d’état-major des armées »[], l’évêque aux armées est « nommé par le Saint-Siège en accord avec le gouvernement français »[]. Les évêques d’Alsace-Moselle sont nommés par le gouvernement en vertu du régime concordataire français.

L’Etat doit reconnaître l’islam comme culte au même titre que le protestantisme, le catholicisme et le judaïsme.

En conclusion je pense que cet accord est une erreur car si le but de la République est de créer un « islam français », on ne peut pas passer par des pays étrangers pour former des imams alors que nous souhaitons des imams français ouverts sur la société.

Eric Gozlan