Fin de la campagne
La campagne électorale touche à sa fin et c’est tant mieux.
Non pas que je pense que notre avenir proche est clair. Tous les scénarios sont possibles et personne ne peut prédire avec certitude l’identité de notre prochain gouvernement.
Car nombre d’électeurs ne savent pas eux-mêmes encore quel papier ils choisiront de mettre dans l’urne.
Pour autant, la campagne, malgré des moments peu glorieux, a apporté des surprises que seule une vraie démocratie peut en apporter, et a également soulevé de vraies questions que de nombreux pays occidentaux devraient aussi se poser.
Israël est une démocratie parlementaire avec un système électoral de représentation à la proportionnelle. Le parlement, la Knesset est formée d’une seule chambre composée de 120 députés élus par liste et non pas par circonscription géographique. De la majorité est issu le gouvernement et le Premier ministre.
Tant que le pays était dirigé par 2 grands partis, le système permettait de faire émerger une claire majorité. Mais au fil des ans les opinions se sont éparpillées, des partis sectoriels se sont renforcés et avec eux leur capacité à paralyser des gouvernements ne bénéficiant désormais plus de claire majorité pouvant appliquer la politique pour laquelle ils avaient été élu.
Si la proportionnelle assure une plus juste représentation de la variété d’opinions dans une société, elle a montré aussi ses limites à assurer la bonne marche d’un gouvernement et surtout à protéger l’intérêt général désormais relégué au second rang.
C’est ainsi que l’un des sujets majeurs de cette campagne a été l’enrôlement des ultra-orthodoxes. L’armée ou le service civil sont obligatoires en Israel et les trois années de guerres ininterrompues et inachevées ont largement épuisé celles et ceux qui se sont battus pour le pays.
Malgré de nombreux appels du chef d’état-major quant à la nécessité vitale de recrues supplémentaires, les partis ultra-orthodoxes membres de la coalition gouvernementale se sont farouchement opposés à toute forme de contribution au pays qui pourraient exposer leur base électorale au reste de la société israélienne et risquer, selon eux, de les éloigner de leur mode de vie.
Au-delà de la pression exercée sur le gouvernement et sur le risque posé à l’armée, c’est la question de l’identité nationale et de la cohésion sociale autour de laquelle s’est articulée la campagne.
C’est pourquoi la création du parti Hatsibour Haharedi est un phénomène majeur. Ce parti dirigé par Moti Leitner, et chose novatrice pour un parti ultra-orthodoxe, composé également de femmes, prône l’intégration de cette population dans la société israélienne tout en conservant son mode de vie. Que ce soit dans le service militaire ou civil, dans le marché du travail, ce parti revendique une participation aux destinées du pays et à la représentation d’une population à laquelle les moyens de s’émanciper seraient prodigués dans le respect de leur mode de vie. Ce qui signifie en soi une réforme de l’éducation et la possibilité d’apprendre des matières autres que religieuses pour pouvoir accéder aux études supérieures et ainsi au marché du travail.
Ce parti est évidemment décrié par les 2 grands partis ultra-orthodoxes qui voient d’un mauvais œil leur monopole menacé. Il a également dû subir de fortes pressions du Likoud, le parti de Benyamin Natanyahou, pour qu’ils se retirent de la course électorale afin d’assurer aux 2 partis traditionnels de remporter l’intégralité du vote ultra-orthodoxe et ainsi assurer une coalition avec Netanyahou.
Le chef de ce parti a rejeté toutes les pressions en expliquant justement que son parti dépasse une simple question de politique et vise à réformer en profondeur et dans la durée la société ultra-orthodoxe.
Lorsqu’on parle du segment de population ultra-orthodoxe on se doit d’évoquer également une autre minorité importante, les arabes israéliens. Ceux-ci ont eu jusqu’à présent une représentation répartie entre les partis arabes sectoriels et certains grands partis comme le parti travailliste (Avoda, désormais Les Démocrates sous la direction de Yair Golan). Les partis arabes traditionnels, communistes et islamistes ont siégé depuis toujours au sein de la Knesset, parlement israélien, tout en souhaitant la disparition du pays dont les impôts paient leur salaire. Mais la plus grande tragédie a été qu’ils ont toujours été plus occupés à s’inquiéter du sort des Palestiniens (sous contrôle de l’Autorité Palestinienne et du Hamas à Gaza) sans jamais œuvrer à l’intégration des Arabes israéliens. Un problème d’ailleurs propre aux partis sectoriels qui considèrent leur population acquise et à laquelle il n’est besoin de rendre compte.
Puis est arrivé Mansour Abbas, qui, sous le conseil de Benyamin Netanyahou s’est retiré de la liste jointe arabe pour former son propre parti, Raam. Et pour ces élections, à se choisir comme colistier, un Juif, ancien directeur de la Police israélienne. Mais comme tout est toujours simple dans ce pays, le parti Raam est une émanation des Frères Musulmans qui pour autant a reconnu le caractère juif d’Israël et a encouragé les arabes israéliens à entreprendre un examen de conscience quant à leur positionnement dans la société israélienne. Mais qui malgré toutes ses condamnations du massacre du 7-Octobre (qui a également touché des arabes israéliens, des bédouins et des Druzes) n’a pas reconnu officiellement le Hamas comme une organisation terroriste. Ce qui l’empêche de former une alliance avec les partis sionistes du bloc d’opposition à la coalition gouvernementale qui a énoncé au titre de ses principes formels la reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste.
Autre parti émergent intéressant, Amcha Israel, le peuple d’Israel, idéologiquement plus proche du Likoud traditionnel mais voulant proposer une autre alternative justement après le 7 octobre tout en reconnaissant une certaine valeur au gouvernement. Le colistier du leader Ofer Winter est un arabe israélien ayant servi dans une unité combattante de Tsahal, Yossef Haddad. De même qu’une franco-israélienne dont le fils est tombé au combat lors de la guerre à Gaza, Laly Derai.
Venant chercher un électorat ayant voté pour la coalition gouvernementale aux élections précédentes, le Likoud a usé de tout son poids pour contraindre ce parti à se retirer des listes. Sans succès.
Et qu’en est-il du public plus large éreinté après 3 ans de guerres inabouties et incessantes, de pressions internationales, de coût de la vie en hausse, de répercussions majeures sur la santé mentale face à tous les traumatismes que nous avons tous traversés ?
Si tous reconnaissent le caractère historique de ces élections, beaucoup demeurent indécis.
Nombreux sont ceux qui ont voté pour la coalition gouvernementale aux élections précédentes mais dont la confiance a été érodée après des promesses de victoires totales toujours inaccessibles, un coût de la vie élevé et surtout une disparité entre la contribution des citoyens du pays normalement soumis aux mêmes devoirs.
Et puis surtout si tout le monde parle d’union nécessaire à la cohésion sociale et pour éviter le chaos pré 7 octobre qui a vu la société se déchirer, la campagne a été le théâtre de slogans clivants, d’affiches destinées à effrayer le public en présentant les adversaires comme des ennemis d’Israel.
Bref, une union excluant une partie de la société.
Et pourtant.
Pourtant Israël est composé de gens incroyables, qui ont su faire fi de leurs divisions au lendemain même du 7 octobre pour venir en aide aux populations du sud puis du nord qui ont du être hébergées tandis que leur domicile était détruit ou encore attaqué, qui se sont cotisés pour apporter des aides financières aux familles qui avaient tout perdu, qui ont organisé les célèbres barbecues pour les soldats qui étaient au front, qui se sont portés volontaires pour conduire en voiture les réservistes qui laissaient leur voiture à leur conjoint, les grand mères qui ont formé un groupe d’entraide pour babysitter les enfants de parents réservistes, les femmes qui ont cuisiné des repas pour les soldats, pour ceux qui n’avaient plus rien, ceux qui ont fait des centaines de cartons munis de biens de première nécessité pour soulager l’armée qui devait faire face à un enrôlement dépassant la normale. Et puis tous ceux qui venaient chaque jour, chaque semaine soutenir et tenter d’apporter du réconfort aux familles endeuillées et aux familles d’otages. Et puis nos soldats qui ont combattu épaule contre épaule, venant de tous horizons géographique, religieux, ethnique, laissant les disputes de politiciens derrière eux, unis face au danger existentiel qui menace Israel dans son ensemble.
Oui ce peuple a montré plus de maturité et d’intelligence que nombre de politiciens.
Et s’il est une chose dont je suis convaincue c’est que c’est à nos dirigeants de nous mériter et non l’inverse.
C’est pourquoi j’espère que mon prochain gouvernement saura mettre l’intérêt du peuple d’Israel, dans toute sa diversité, au cœur de ses priorités et que les calculs politiques ne l’emporteront pas sur le bien commun.
Il est toujours possible d’emprunter un chemin bénéfique pour tout le monde.
