Rien n’est encore définitif en ce qui concerne les candidats à la présidentielle mais il est certain que le nouveau président sera élu par défaut, ce qui soulèvera la question de sa légitimité à son poste. François Hollande, candidat naturel de la gauche, s’est désisté pensant passer le relais à son premier ministre, longtemps favori, qui a été battu.

Le candidat socialiste élu, Benoît Hamon, ne réunit sur son nom que la gauche du parti laissant les libéraux orphelins d’un candidat. Il aura beaucoup de mal à rattraper en quelques semaines le retard sur ses concurrents et rassembler toute la gauche. Sa montée dans les sondages ne fait qu’illusion car il neutralise uniquement Jean-Luc Mélenchon.

Le candidat de la droite, Alain Juppé, qui a fait la course en tête pendant plusieurs mois s’est fait coiffé au poteau. Nicolas Sarkozy, qui avait le soutien de la majorité de son parti a été éliminé dès le premier tour par les centristes et les électeurs de gauche qui ont pris part au scrutin avec le seul objectif de lui barrer la route.

Si François Fillon persiste à maintenir sa candidature, alors tout devient possible pour Marine Le Pen car les électeurs de droite refuseront de cautionner un jeune débutant venu de nulle part ou un jeune gauchiste téméraire. Le scandale Fillon change le cours de la présidentielle.

Le problème de l’utilisation à sa guise de sa dotation pour financer des attachés parlementaires ne regarde que lui. C’est un droit qui lui est donné et il est seul juge du choix et de la qualité du travail de ses collaborateurs dès lors qu’il respecte les règles, même s’il s’agit de sa femme et de ses enfants.

Il n’est pas question de s’ériger en juge sur la validité des emplois puisque la justice est saisie et que, par postulat, elle est indépendante et juste.

Mais plus d’un million d’euros a été perçu par François Fillon, certes légalement, mais le montant exorbitant fait désordre. En revanche est détestable le fait qu’en période de chômage accru pour les jeunes, Fillon n’ait pas pensé à offrir, avec le même budget, quatre postes d’attachés à de nouveaux diplômés et deux postes à la Revue des deux mondes.

D’ailleurs si l’on en croit les statistiques, 400 emplois de jeunes auraient pu être créés par ceux des parlementaires qui ont préféré employer un membre de leur famille. Fillon aurait donné ainsi l’exemple vis-à-vis de l’opinion française et aurait justifié du même coup la nécessité d’une rigueur économique temporaire.

Le maintien de la candidature de François Fillon est son droit absolu puisqu’il a été élu avec une grande marge mais le droit cohabite souvent mal avec l’efficacité électorale. Il est déjà décrédibilisé même si la justice ne s’est pas encore prononcée.

Ses amis et les militants des Républicains sont solidaires et, à l’unanimité, ont confirmé le 1er février sa candidature. C’est un grand geste respectable de solidarité à son égard qui risque cependant d’être stérile car il met les Français face à un choix final restreint, Marine Le Pen certainement, et Emmanuel Macron très probablement.

L’absence au deuxième tour d’un véritable candidat de la droite républicaine fausse l’élection et entraîne la France dans l’inconnu, entre un fougueux débutant politique inexpérimenté et une partisane de la droite nationale sectaire et raciste.

Elle vient d’ailleurs d’exhumer les grands classiques du FN chers à son père en faisant un détour par Macron pour cibler un Juif : « Macron est sous influence de Drahi et de la finance internationale ». L’antisémitisme est ancré dans ses gènes.

De toute façon, à ce stade, la campagne est faussée. On ne parle plus de programmes mais de Pénélope qui fait vraiment l’effet d’une victime. Elle a été embarquée malgré elle dans une opération financière sans s’en rendre compte vraiment. Elle faisait confiance à son époux et est la seule innocente de cette mésaventure.

Elle n’a rien demandé, elle n’a rien organisé et se mue dans un silence coupable parce qu’elle craint qu’une de ses paroles ne soit utilisée contre François Fillon. La seule critique qui peut être faite au candidat : ne pas avoir vite désamorcé l’accusation contre Pénélope pour la mettre hors de cause parce qu’à l’évidence, elle s’est trouvée mêlée malgré elle dans cette affaire d’hommes.

François Fillon avait convaincu les Français qu’avec probité et honneur, il pouvait changer la France pour en faire la « plus grande puissance européenne » en mettant la « liberté » au cœur de sa campagne, et en déclarant la guerre à la fois contre la pauvreté et contre l’islam radical.

Son programme ne résiste plus aujourd’hui à la vindicte populaire. On ne l’écoute plus. Fillon est vraiment en difficulté parce que même ses partisans doutent à présent et que l’ensemble des parlementaires LR craignent surtout pour leur poste.

Les hommes politiques ont le défaut de ne jamais tirer les leçons des dérives de leur collègue. Cahuzac avait démenti avant de reconnaître les faits. Fillon n’a pas pris le temps de la réflexion, une ou deux journées, avant de mesurer l’étendue de son dossier d’accusation sur lequel il n’avait plus prise et avant d’attaquer les médias.

Si on lui avait conseillé de reconnaître d’emblée sa maladresse en offrant immédiatement de rembourser l’Assemblée nationale, sans entrer dans une discussion encombrante, alors il aurait été presque absous et son geste aurait eu de la grandeur. L’affaire aurait été vite classée.

Or ses proches continuent à se noyer dans les méandres de justificatifs peu crédibles et à accuser les mauvais coupables, l’Élysée et la gauche alors que François Hollande n’est pas candidat et que les socialistes sont tellement dans le trou que ce genre de manipulation ne les aiderait jamais à émerger.

Fillon refuse de voir l’origine des accusations parmi ceux qui sont près de lui et qui ont juré de le faire tomber : « Protège-moi de mes amis, de mes ennemis je m’en charge ».

Rachida Dati l’avait menacé : « Si Fillon donne sa circo à NKM, ce sera la guerre, et, faites gaffe, j’ai des munitions, je vais lui pourrir sa campagne ». En effet, en 2002 elle fut conseillère au cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, ce qui lui a donné accès à des dossiers confidentiels.

Déjà, par un tweet de 2014, elle avait menacé Fillon de manière très claire qui rappelle les accusations d’aujourd’hui.

Même s’il ne faut plus tenir compte des sondages qui se trompent souvent ou toujours, ils donnent le ton pour confirmer l’élimination de Fillon au profit d’Emmanuel Macron, ou pire selon les derniers sondages, du gauchiste Benoît Hamon.

Quelle tristesse ou plutôt quel drame si les Français n’avaient que ce choix entre les deux extrêmes ! Il appartient aux instances des Républicains de désigner rapidement un nouveau candidat qui pourrait redonner confiance à son camp, mais un vrai doté d’un bagage politique et d’une expérience ministérielle.

Certes Alain Juppé a exclu de prendre la place de Fillon mais il ne s’agit que d’une posture pour ne pas être accusé de tirer contre son camp. Il attend qu’on le sollicite, qu’on le prie pour ne pas donner l’impression qu’il a organisé seul sa candidature.

Les amis de Nicolas Sarkozy souhaiteraient aussi son retour mais sa crédibilité est atteinte après avoir été sévèrement battu dans la primaire. En ayant perdu Sarkozy, le parti manque d’un dirigeant charismatique et il ne peut se permettre de désigner un second couteau qui le mènerait droit à l’échec.

Les principaux bénéficiaires de la bombe Fillon sont l’insurgé politique contre le système établi du parti, Emmanuel Macron, et la populiste Marine Le Pen, et d’une certaine manière Benoît Hamon qui récupérerait toutes les voix par défaut.

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