Depuis toujours l’Aliyah symbolise la montée spirituelle du Juif vers l’Orient. Mais l’idéal sioniste n’est plus l’unique motivation pour faire le grand saut, et ceux qui cherchent un meilleur cadre de vie économique et sécuritaire pourraient être tentés de se tourner vers l’Ouest.

Le dilemme posé aux Français de confession juive est sérieux : faut-il rester en France ou partir en Israël ? Faire ses courses sous protection militaire ou avoir peur de révéler son judaïsme ? Une situation tendue qui engendre de nombreux départs. En effet, depuis 2012, l’Aliyah a triplé et la France est devenue le premier contingent de nouveaux israéliens, et les attentats récents ne feront en aucun cas diminuer cette tendance.

Si la France ne se videra évidemment pas de ses quelque 600.000 juifs estimés, 2015 annonce déjà 15.000 départs vers Israël, qui souhaite intégrer plus de 100.000 juifs en 5 ans, sans compter ceux qui choisissent les Etats-Unis, l’Angleterre ou l’Australie.

Un soldat français posté dans une rue en raison du plan vigipirate "Attentat" (Crédit : JOEL SAGET / AFP)

Un soldat français posté dans une rue en raison du plan vigipirate « Attentat » (Crédit : JOEL SAGET / AFP)

Et pourquoi ne pas envisager une autre alternative à l’Aliyah en Israël ?

Que vient faire l’immigration au Québec dans cette réflexion ?

Figurez-vous que Montréal est la ville au monde qui attire le plus de français (juifs comme non-juifs) à la recherche d’un équilibre entre cadre de vie sécuritaire, coût de la vie abordable et perspectives d’avenir intéressantes. Et ça n’est pas un hasard, Montréal est classée deuxième ville au monde pour sa qualité de vie selon The Economist.

Voici donc un regard sur le Canada, par un français de Montréal…

Le Canada, pays d’immigration, mosaïque culturelle

Le Canada, 20 fois la France pour seulement 35 millions d’habitants, attire 250.000 d’immigrants par an.

Un Canadien sur cinq est né à l’étranger et Toronto, capitale économique du pays, est, selon l’UNESCO, la ville la plus multiethnique au monde. Vancouver, entre le Pacifique et la montagne, est surnommée « Hongcouver » en raison de son importante communauté asiatique.

Montréal, elle, est unique : capitale culturelle et agglomération de
4 millions d’habitants, elle est à mi-chemin entre culture européenne et nord-américaine.

Montréal, exception culturelle… et multi-culturelle

Tout d’abord Montréal n’est pas parfaite ! L’urbanisme y est une mauvaise blague : impossible de sortir du charmant Vieux Port sans constater un immense bloc de béton d’une laideur incomparable.

La ville aux milles clochers est aussi celle aux mille nids de poule ; l’image de quatre cols bleus réunis autour d’une pelle n’inspire pas les caricaturistes pour rien.

Difficile de ne pas remarquer ces voitures de police placardées de slogans syndicaux et le franglais écorché que l’on peut entendre est à faire sursauter le Bernard Pivot qui dort en vous.

Les quartiers se suivent et ne se ressemblent pas. Les grattes ciels du centre-ville contrastent avec les rues pavées du Vieux Port. Les bars pullulent dans les quartiers hipsters de Mile-End et du Plateau, très fréquentés par la communauté française.

Le Marché Jean-Talon est le plus grand à ciel ouvert du continent et le Mont-Royal offre la tranquillité au bord d’un lac.

Montréal a été marquée par des vagues d’immigration. Ashkénazes, polonais, italiens, grecs, libanais… Ceux qui sont venus chercher une vie meilleure ont laissé leurs traces, comme en témoigne la « charcuterie hébraïque Schwartz », fondée au siècle dernier. Montréal, c’est la ville aux mille cultures.

Montréal au rythme des saisons et des festivals

Oui, l’hiver est froid, et j’aurais préféré que Jacques Cartier découvre le Canada plus au sud !

Mais n’exagérons pas : quand mes amis de France me demandent « Comment tu fais l’hiver ? », ils nous imaginent cloîtrés chez nous pendant 6 mois. C’est vrai que à -15°C, Paris ou Marseille seraient désertées, mais ici, l’hiver, on en profite !

Avec un beau ciel bleu la plupart du temps, les familles sortent : luge, ski, raquette, chien de traineau ou motoneige, les activités à proximité sont nombreuses.

Par ailleurs, Montréal accueille des festivals toute l’année. L’Igloofest est mon favori de l’hiver : des weekends de « rave partys » nocturnes en plein centre-ville !

L’été, il fait chaud, et on profite des festivals parmi les plus célèbres au monde dont Juste pour Rire, les Francofolies ou le festival de Jazz. De Stromae à U2, il y en a pour tous les goûts !

Pendant la semaine de la course annuelle de F1, les rues se transforment en vitrines de Ferrari.

Et si l’envie d’une escapade vous prend, une heure de route suffit pour se retrouver en pleine montagne ou dans un chalet au bord d’un lac.

Ma saison préférée ? L’automne… pour ses magnifiques couleurs, et il y fait ni trop chaud, ni trop froid. Parfait pour les amoureux de la nature.

La vie juive et l’antisémitisme

Porter sa kippa dans la rue, ou au travail, dans la fonction publique comme dans le privé, est un droit.

La communauté juive de Montréal, la seconde au pays avec ses 90.000 membres, est organisée autour de la Fédération « Combined Jewish Appeal » dont l’imposant siège social abrite de nombreuses institutions juives telles que le congrès séfarade ou l’agence Ometz, qui propose notamment un soutien aux nouveaux arrivants.

Un centre culturel organise des festivals yiddish et séfarade et on y trouve même un centre sportif.

La majorité des juifs montréalais sont ashkénazes. 40.000 survivants de l’Holocauste sont passés par Montréal. Le tiers des juifs montréalais est d’origine marocaine et il existe aussi une petite communauté irakienne, iranienne, libanaise et égyptienne. Jusqu’aux années 60 et avant l’arrivée des juifs du Maroc, l’école publique francophone n’était réservée qu’aux catholiques, cela qui explique pourquoi beaucoup d’ashkénazes sont anglophones.

Les écoles juives elles, sont bilingues, et les synagogues sont de toutes les orientations religieuses. La plus ancienne communauté, la « Spanish & Portuguese », date de 1768.

Les communautés sont concentrées dans plusieurs quartiers équipés de « Érouv » pour ceux qui observent le Shabbat.

À Côte Saint Luc, composée à 75% de population juive, on célèbre publiquement Yom Haatsmaout et de grandes ménoras sont visibles sur les carrefours.

Mais il ne s’agit pas de dresser un portrait parfait : Montréal ne fait pas exception et le nouvel antisémitisme, souvent teinté d’antisionisme et d’islamisme, y existe.

Ainsi la Concordia University Student Association a voté en faveur d’un boycott Israël (vote cependant symbolique n’affectant pas les décisions universitaires). Chez les militants pro-boycott, certains rejetaient l’idée même d’un débat avec des académiques Israéliens et beaucoup, notamment de confession musulmane, étaient motivés par des préjugés antisémites. Récemment, un réseau de financement du Hamas a été démantelé et la secte juive antisioniste Neitourei Karta compte quelque centaines de membres.

Cependant, le nombre d’actes antisémites au Québec est l’un des plus bas en proportion au Canada, et il n’y a aucune comparaison avec la violence que l’on a vue en France.

Heureusement, des associations telles que Mémoire et Dialogue, qui rapproche juifs et musulmans, font la promotion d’un « vivre ensemble », qui est le fondement de la constitution Canadienne. Au pays de la Charte des Droits et Libertés, porter sa kippa dans la rue, ou au travail, dans la fonction publique comme dans le privé, est un droit.

Processus d’immigration

La sélection est rigoureuse, tout est évalué : nombre d’enfants, âge, expérience professionnelle, diplômes, connaissances linguistiques. Pas de traitement de faveur et peu importe le pays d’origine, le Canada choisi des immigrants qui sauront contribuer à l’économie.

Le Québec sélectionne 50.000 immigrants francophones chaque
année
, une opportunité pour les français, mais il faut s’armer de patience : comptez environ 2 ans de démarches et 1500 à 2000 euros à débourser par personnes.

Perspectives d’avenir : santé, éducation, économie et logement

Un loyer à Montréal est aujourd’hui deux fois moins cher qu’à Paris.

Les soins de santé sont pour la plupart gratuits mais la pénurie de personnel médical se fait sentir et les listes d’attentes peuvent être longues. Trouver un médecin de famille s’avère le parcours du combattant et les soins dentaires sont particulièrement chers.

Côté études, Montréal est classée 8ème meilleure ville au monde pour étudier. Les universités anglophones McGill et Concordia ainsi que l’université francophone de Montréal et l’UQAM se partagent plus de 200.000 étudiants.

Polytechnique et HEC Montréal ont une solide réputation et McGill est classée parmi les 20 meilleures universités au monde selon le prestigieux classement QS.

Bien qu’en ralentissement, l’économie est stable. Le taux de chômage de 7.5% au Québec (6.6% au pays) attire de nombreux jeunes diplômés d’Europe et le salaire annuel moyen est de 43.000$ (31.200€) au Québec et 47.300$ (34.300€) au Canada. Les logements sont abordables : un loyer à Montréal est aujourd’hui deux fois moins cher qu’à Paris.

Montréal, dont l’économie est diversifiée, est reconnue dans les secteurs de l’aéronautique, des télécommunications, du génie civil, des hautes technologies, des jeux vidéo, de l’électronique et de l’imprimerie.

Les entreprises les plus connues sont Hydro-Québec, Bombardier, CGI, Domtar, Power Corporation, SNC-Lavallin et même la compagnie française Ubisoft qui y possède ses plus importantes installations au monde.

Conclusion

Après 15 ans au Canada et en Israël, je sais que l’expatriation est un choix personnel et difficile alors j’espère avoir pu donner une image juste de l’alternative québécoise, ses avantages et inconvénients.

Si vous désirez explorer cette option, je vous recommande les blogs immigrer.com et pvtiste.net qui donnent de précieux conseils.

Si votre choix est de rester en France, c’est tout à votre honneur. J’espère que vous vous joindrez à celles et ceux qui bâtissent des ponts entre les communautés : jamais le pays n’en a eut autant besoin.

Si vous décidez de partir, ne faites rien dans la précipitation. Gardez la tête froide, votre avenir est en jeu et un départ mal planifié peut coûter cher. Je ne décourage personne de faire son aliyah (vous aurez compris que le titre de ce billet n’est qu’un jeu de mots).  Israël est un pays magnifique, mais ça n’est pas la seule option pour vivre épanoui en tant que juif, et non, on n’y est pas nécessairement plus en « sécurité ».

Aucun endroit ne vous donnera le beurre et l’argent du beurre, alors comparez, et si le destin vous amène au Québec, vous y serez les bienvenus !